‹ De l'intelligence (volume 3)Chapitre 20 sur 112 · Brierre de Boismont, 76iJ · texte numérisé non relu

Brierre de Boismont, 76iJ

(c ment à celle qu'il avait vue dans la gravure. « L'illusion persista deux minutes '. » Gœtlie pouvait à volonté se donner l'illusion complète : « Lorsque je ferme les yeux, dit-il, et que je « baisse un peu la tête, je fais apparaître une « fleur au milieu du champ de la vision ; cette « fleur ne conserve pas sa première forme, elle « s'ouvre, et, de son intérieur, sortent de nonce velles fleurs, formées de feuilles colorées et « quelquefois vertes. Ces fleurs ne sont pas na- « turelles, mais fantastiques, cjiioique symétri- « ques comme des rosettes de sculpteurs. Je ne « puis fixer une forme, mais le développement a de nouvelles fleurs continue aussi longtemps « que je le désire, sans variation dans la rapidité

1. Trailè des Maladies mentales, par Griesinger, traduit par Doumic, page 104.

« Quelques observateurs peuvent volontairement provoquer leurs hallucinations ; c'est-à-dire que des idées existant à l'état de conscience et qu'ils fixaient vivement, faisaient entrer en actions les fonctions sensorielles. Un individu qui avait des hallucinations de l'ouïe avait remarqué qu'il pouvait lui-même provoquer les voix , il disait ensuite que cela l'aidait en partie à reconnaître son erreur M. Sandras parle

d'hallucinations qu'il a eues lui-même dans une maladie , pendant laquelle il prenait ses propres pensées et ses désirs pour des voix. Ces voix lui répondaient à ses questions mentales comme une deuxième personne, mais toujours daus le sens de ses désirs. »

« Nous considérons les phénomènes de l'imagination comme étant une des fonctions des appareils sensitifs internes, et qui diffère des autres seulement par l'intensité. >)

CIIAP. I. NATURE ET RÉDUCTEURS DE L'IMAGE. 99

« (les cliangements. La même chose m'arrive « quand je me représente un disque nuancé. Ses a différentes couleurs subissent des changements a constants qui s'étendent progressivement du (c centre à la circonférence, exactement comme « les changements du kaléidoscope moderne. » — Enfin, non-seulement en pleine santé, mais encore avec l'exercice complet et par l'exercice même de la volonté, des hallucinations, c'est-àdire des projections dans le dehors de la simple image mentale, ont été produites. « Un aliéniste (c allemand, le Dr. Brosius de Bendorf, raconte « avoir produit à volonté sa propre image qui (C posa devant lui pendant quelques secondes, a mais qui s'évanouit immédiatement quand il « essaya de reporter sa pensée sur son existence « personnelle ' . »

Ces cas extrêmes montrent par leur exagération la nature de l'état normal. De même qu'en disséquant des estomacs hypertrophiés on a pu démêler la disposition des fibres musculaires, invisibles dans les estomacs sains, de même en

\ . Annales médico-psychologiques^ Ibid. — J'ai eu moi-même, à la vérité dans un rêve, une vision semblable (qov. 1869). A la suite d'un songe trop long pour être raconté, ma propre figure m'est apparue, assise dana un fauteuil, près d'une table , avec une robe de chambre blanche à raies noires ; elle s'est tournée vers moi, et l'effroi a été si grand que je me suis réveillé en sursaut.

considérant ces illusions prolongées pendant des secondes, des minutes, parfois davantage, on constate l'illusion fugitive ({ui accompagne les images ordinaires, mais qui est si rapide, si courte, si instantanée, que, directement, nous ne pouvons l'isoler et l'observer. — Elle n'en est pas moins réelle, et la simple analyse des mots que nous employons pour désigner l'image témoigne de la double opération qui la forme. Nous disons que cette image, fantôme de l'ouïe ou de la vue, saveur ou odeur apparente, qui nous semble située à tel endroit de nos organes ou du dehors, nous semble à tort avoir cette situation, qu'elle n'est point dans le dehors, mais intérieure. Cette phrase même indique la reconnaissance et la correction d'une erreur, partant une erreur préalable ; au premier moment nous nous étions trompés, puisqu'au second moment nous découvrons que nous nous étions trompés. Les deux opérations, qui sont l'illusion et son redressement, sont si promptes qu'elles se confondent en une seule. Mais supprimez le redressement; la première, qui est l'illusion, subsistera seule, et sa persistance inaccoutumée après la dissolution du couple manifestera sa présence fugitive dans le couple intact.

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