‹ De l'intelligence (volume 3)Chapitre 21 sur 112 · IV. Cela nous conduit à considérer des cas où · texte numérisé non relu

IV. Cela nous conduit à considérer des cas où

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le redressement ne puisse se faire. Ce qui le produit d'ordinaire, c'est la présence d'une sensation contradictoire. Quand le joueur d'échecs imagine à deux pas, en face de lui, un échiquier noir et blanc, et qu'un instant après ses yeux ou verts lui donnent à la même distance et dans la même direction la sensation d'un mur gris ou jaune, la sensation et l'image ne peuvent subsister ensemble. Quand le romancier imaginait dans sa bouche le crépitement de l'arsenic mâché et « cet afPreux goût d'encre», que laisse le poison, si, un instant après, il avait sur la langue une gorgée de vin ou un morceau de sucre, la sensation réelle et la sensation imaginée s'excluaient l'une l'autre, et l'illusion momentanée causée par l'image disparaissait sous l'ascendant de la sensation. C'est ainsi que le plus souvent l'erreur fugitive, attachée pour un instant à la présence de l'image, disparaît presqu'au même instant et sans intervalle appréciable par le choc antagoniste de la sensation réelle. — Cherchons donc un cas dans lequel la sensation disparaisse et soit comme absente ; on en trouve un dans la rêverie qui précède le sommeil'. Les sensations produites en

I. Maury, Annales de la Société médico-psychologique^ 3« série, tom. III, 161. — Et Du sommeil et des rêves, 3' édition, chap. iv. — M. Maury a montré le premier, par une série d'expériences Lien suivies, la proche parenté de la sensation, du souvenir, de l'image, et de l'hallucination ,

nous par le monde extérieur s'efTacent alors par degrés ; à la fin elles semblent suspendues, et les images, n'étant plus distinguées des sensations, deviennent des hallucinations complètes. M. Maury, en se faisant éveiller de temps en temps, a pu en noter un grand nombre : par exemple, une fois il est brusquement rappelé à lui : « Je venais de (c voir très-distinctement, dit-il, mon nom sur c( une feuille de papier blanc, éclatante comme « le plus satiné des papiers anglais. » Il se remet dans sa bergère. « Ma tête s'affaissait à peine « que mon hallucination était déjà revenue; mais « cette fois ce n'était plus mon nom que j'avais lu; :c c'étaient des caractères grecs, des mots mêmes, K que j'épelais machinalement et presque par un « remuement des lèvres. Plusieurs jours de suite, « j'eus, soit dans mon lit, soit dans mon fauteuil, « des hallucinations semblables ou des rêves vé- « ritables, dans lesquels je lisais des caractères « orientaux. Cette lecture fugitive de quelques « mots était toujours accompagnée d'un sentice ment de fatigue dans les yeux.... Une fois surce tout, je vis des caractères sanscrits, disposés cf en colonnes suivant la classification des gram- « mairiens, et ces lettres avaient un relief et un c( brillant qui me fatiguaient. Notez ici que j'avais, « depuis quelques jours, lu beaucoup de gram- « maires de langues asiatiques et que la fatigue

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« de mes yeux était en partie l'effet de cette « lecture prolongée. » Non-seulement ici nous voyons l'image qui est devenue hallucination \ mais nous la voyons en train de devenir telle. Nous pouvons assister au retranchement progressif de la sensation qui la contredisait, à la suppression du redressement qui la déclarait intérieure, à l'accroissement de l'illusion qui nous fait prendre le fantôme pour un objet réeP.

Je connais cet état par mon expérience propre, et j'ai répété l'observation un très- grand nombre de fois, surtout pendant le jour, étant fatigué, et assis dans un fauteuil; il me suffit alors de boucher un œil avec un foulard; peu à peu le regard de l'autre œil devient vague, et cet œil se ferme. Par degrés toutes les sensations extérieures s'effacent, ou du moins cessent d'être remarquées ; au contraire, les images intérieures, faibles et rapides pendant la veille complète, deviennent intenses, distinctes, colorées, paisibles et durables ; c'est une sorte d'extase accompagnée de détente générale et de bien-être. Averti par une expé-

1. Brierre de Boismont, ibid. 160. ]\Ille R., après une série d'hallucinations, « caractérise très nettement l'état dont elle est sortie. Elle ne peut, me dit-elle, mieux le comparer qu'à un mauvais rêve, » — Beaucoup' d'hallucinés font, après leur guérison, des déclarations semblables. — L'analogie du rêve et de l'hallucination est certaine. Voyez Maury, ibid.^ chap, vi,

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