‹ De l'intelligence (volume 3)Chapitre 29 sur 112 · Brierre de Boismonl, Wld. 33. Récit de Nicolaï · texte numérisé non relu

Brierre de Boismonl, Wld. 33. Récit de Nicolaï

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(lémicicii Nicolaï venait d'avoir de grands chagrins, et l'une des deux saignées qu'on lui faisait tous les ans avait été omise. « Le 24 fé- « vrier 1791, dit-il, à la suite d'une vive alter- « cation, j'aperçus tout d'un coup, à la distance « de dix pas, une figure de mort... L'apparition a dura huit minutée. A quatre heures de l'après- (c midi, la même vision se reproduisit... A six « heures, je distinguai plusieurs figures qui n'acc valent aucun rapport avec la première... Le « lendemain, la figure de mort disparut ; elle fut c( remplacée par d'autres figures représentant c( parfois des amis, le plus souvent des étran- « gers... Ces visions étaient aussi claires et aussi « distinctes dans la solitude qu'en compagnie, le « jour que la nuit, dans les rues que dans ma a maison ; elles étaient seulement moins fréquenc( tes quand fêtais chez les autres. » C'étaient des hommes et des femmes qui marchaient d'un air affairé, puis des gens à cheval, des chiens, des oiseaux; il n'y avait rien de particulier dans leurs regards, leurs tailles, leurs habillements ; « seulement ces figures paraissaient un peuplas a pâles que d'ordinaire'.» Au bout de quatre

1. M. Brierre de Boismont {ib, 240), cite le récit d'une autre personne qui pendant une pneumonie, eut des hallucinations semblables, eu gardant, comme îs^icolaï, toute sa raison.

« Quelquefois les ligures se montraient tout d'un coup ; mais le plus souvent elles ne se distinguaient que dans un

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semaines, leur nombre augmenta; elles commencèrent à parler entre elles, à lui adresser la parole, et le plus souvent de petits discours agréables. Il distinguait fort bien ces hallucinations involontaires des images volontaires. Quand certaines figures de sa connaissance avaient ainsi passé devant lui, il essayait mentalement et de parti pris de les reproduire. « Mais, dit-il, tout en voyant distinctement dans « mon esprit deux ou trois d'entre elles, je ne « pus réussir à rendre extérieure l'image inté- « rieure... Au contraire, quelque temps après, je « les apercevais de nouveau quand je n'y pen- « sais plus. » — C'est que le réducteur spécial manquait dans l'hallucination ; au contraire il agissait dans l'attention ordinaire et par cela seul que cette attention était ordinaire. Dans le premier cas, l'image qui surgissait d'elle-même, spontanément, sans liaisons ni précédents visibles, avec une puissance toute personnelle et automatique, annulait le réducteur spécial: dans le second cas, l'image qui surgissait par un effort du groupe équilibré d'idées et de désirs que

second temps, comme si elles eussent traversé un nuage avant de se faire voir dans tout leur éclat. Chaque figure restait visible cinq ou six secondes, puis disparaissait en s'afl'ai- Llissant par degrés, jusqu'à ce qu'il ne restât plus qu'une vapeur opaque, sombre, au milieu de laquelle se dessinait immédiatement une autre fiu:ure. »

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nous appelons nous-mêmes, laissait le réducteur spécial faire sou office. — Au bout de deux mois environ, pour suppléer à la saignée omise, on appli({ua des sangsues au malade, et il vit les sensations normales reparaître, non pas subitement, mais par portions et par degrés. « Durant « l'opération, dit Nicolaï, ma chambre se remet plit de figures humaines de toute espèce. Cette a hallucination dura sans interruption de onze « heures du matin à quatre heures et demie, (c époque à laquelle ma digestion commençait. « Je m'aperçus alors que les mouvements des a fantômes devenaient plus lents. Bientôt après « ils commencèrent à pâlir \ à sept heures, ils c( avaient pris une teinte blanche^ leurs mou- « vements étaient très-peu rapides, quoique « leurs formes fussent aussi distinctes qu'auc( paravant. Peu à peu ils devinrent plus vac< poreux y parurent se confondre avec l'air. « tandis que quelques parties restèrent encore a visibles, pendant un temps considérable. A huit « heures environ, la chambre fut entièrement « débarrassée de ces visiteurs fantastiques, x- Quand, dans le sommeil, au milieu d'un rêve intense, nous sommes subitement réveillés, nous éprouvons une impression plus courte, mais semblable. J'ai vu souvent alors, pendant un instant fugitif, l'image pâlir, se défaire, s'évapo-

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rer; quelquefois, en ouvrant les yeux, un reste de paysage, un pan de vêtement semblait encore flotter sur les chenets ou sur le fond noir de l'àtre. — De même, dans la guérison de Nicolaï, les portions de mur ou de meubles couvertes par les fantômes réussissent peu à peu à faire leur effet normal. La sensation qu'elles doivent exciter en ébranlant le nerf, et de là l'encéphale, n'est plus paralysée. Cette sensation reprend d'abord une portion de son énergie et lutte à forces égales contre l'image ; car, si le fantôme est encore présent, il est vaporeux, et le meuble ou le mur est entrevu vaguement derrière lui. Bientôt un fragment de la sensation reprend toute sa prépondérance; une jambe ou une tête de fantôme disparaît, par la réapparition du morceau de meuble qu'elle cachait. Puis, la sensation tout entière se trouve restaurée et complète, les fantômes se sont évanouis , il n'en reste plus que l'image intérieure capable de fournir à la description.

On voit ici très-nettement la liaison de la sensation et de l'image ; c'est un antagonisme, comme il s'en rencontre entre deux groupes de muscles dans le corps humain ; pour que l'image fasse son effet normal, c'est-à-dire soit reconnue comme intérieure, il faut qu'elle subisse le contre-poids d'une sensation; ce contre-

poids manquant, elle paraîtra extérieure. Pareillement, pour que les muscles gauches de la. face ou de la langue fassent leur effet normal, il faut que les muscles droits correspondants soient intacts; ce contre-poids manquant, la face ou la langue sont tirées du côté gauche ; la paralysie des muscles d'un côté amène de l'autre une déformation , comme l'affail^lissement ou l'extinction des réducteurs de l'image amène une hallucination.

Règle générale : Dans le même sens, et en général de sens à sens, les sensations normales se tiennent. On en a vu des preuves nombreuses dans les cas cités. Quand l'attention se reporte sur une sensation normale, c'est-à-dire quand cette sensation reprend sa prépondérance. ordinaire, il y a des chances pour que les autres sensations annulées reprennent aussi leur ascendant. Le malade que la clarté d'une bougie délivre à l'instant de ses illusions, le malheureux dont les voix se taisent lorsque la conversation devient intéressante , l'aliéné qu'une brusque affusion d'eau froide ramène à son bon sens, sont guéris pour un temps plus ou moins long par l'énergie plus ou moins durable restituée au réducteur spécial. Pareillement, dans une paralysie faciale, le visage déformé par la rétraction des muscles gauches reprend sa forme ordinaire, si

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l'application de l'électricité rend peu à peu leur force aux muscles droits.

Par une conséquence des mêmes principes, on obtient en d'autres cas la guérison par un procédé inverse : ce sont ceux où le malade est poursuivi, non pas d'hallucinations, c'est-à-dire d'images capables d'annuler la sensation normale qui devrait leur faire contre-poids, mais d'illusions, c'est-à-dire d'images provoquées par la sensation normale, et si fortes, si précises, si absorbantes, qu'une sensation extérieure effective n'aurait pas un plus grand ascendant. Il suffit souvent que le sujet soit dans un état d'excitation et d'attente pour qu'une sensation, qui, s'il était calme, serait accompagnée d'images médiocrement vives, communique aux images cette netteté et cette énergie extraordinaires \ (( Tout l'équipage d'un navire fut effrayé par le « fantôme du cuisinier qui était mort quelques c< jours auparavant. Tous le virent distincte- « ment. Il allait sur l'eau en boitant de la façon « tout à fait particulière à laquelle auparavant « on le reconnaissait; car une de ses jambes a était plus courte que l'autre. Un peu après, il

se trouva que ce cuisiuier si parfaitement re- « connu était un débris flottant d'un vieux na-

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