D' ^Nloore, The poiccr oj iJie soûl over the body
« vire naufragé. » Ces marins superstitieux, qui avaient présente et récente dans l'esprit l'image de leur camarade et de sa démarche, avaient tous eu, sans se concerter, la même illusion à l'aspect des mouvements inégaux de l'épave, et leur imagination avait trouvé pour bâtir un fondement dans une sensation.
Ce que la crédulité avait fait, la maladie peut le faire. On voit des aliénés qui léchant un mur croient sentir la saveur d'oranges délicieuses, ou qui mangeant un fruit sain le trouvent infect et empoisonné, qui, regardant une personne, la prennent avec persistance pour une autre, qui voient les meubles de leur chambre remuer, grandir, prendre une figure fantastique et effrayante *. Dans ce cas, il arrive souvent qu'en supprimant la sensation normale qui est le point de départ de l'illusion, on supprime l'illusion elle-même, et le réducteur spécial se rencontre non plus dans la prédominance, mais dans l'absence de toute sensation^. «D..., âgé de soixante « quinze ans, sain d'esprit, rentre un jour chez c( lui, effrayé de mille visions qui le poursui-
1 . Brierre de Boismont, 777, ibid. — C'est le cas de don Quichotte : la sensation de deux grands tourbillons de poussière provoque en lui l'image, et par suite, la sensation de deux armées.
2. Grriesinger, Traité des maladies mentales, 103. Divers exemples.
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« vent. De quelque coté qu'il regarde, les objets « se transforment en spectres qui représentent « tantôt des araignées monstrueuses qui se diri- « gent vers lui pour boire son sang, tantôt des « militaires avec des hallebardes. On le saigne « au pied : les visions persistent accompagnées c( d'insomnies opiniâtres ; on lui applique un ban- « deau sur les yeux: aussitôt elles cessent, et rec( viennent dès qu'on ôte le bandeau, jusqu'à ce « que le malade le garde sans interruption pence dant toute une nuit et une partie du jour. A « partir de ce moment le malade ne vit ces fana tomes qu'à de longs intervalles, et au bout de « quelques jours, ils disparurent complètement. « Le malade n'a pas eu de rechute. » Ici, au lieu de fortifier le réducteur spécial, on a supprimé l'excitateur spécial, et obtenu le même succès par un moyen opposé.
Dans une observation très-curieuse faite par le D'' Lazarus sur lui-même, on voit non moins nettement comment la sensation excitatrice, tour à tour présente et absente, provoque et supprime tour à tour l'illusion. « Par une « après-midi bien claire, j'étais sur la terrasse a du Kaltbad au Rigi, cherchant à distinguer à (c l'œil nu le Waldbruder, un rocher qui s'élance « du milieu du gigantesque mur des montagnes « environnantes, au sommet desquelles on aper-
« çoit comme une couronne les glaciers dcTitlis, c< d'Uri-Rotlisiock, etc. Je regardais tour à tour « avec l'œil nu et avec la lunette d approche ; je « le reconnaissais très-bien avec la lunette, mais « je ne pouvais le distinguer avec l'œil nu. Pence dant une durée de six à dix minutes, j'avais c( tendu mon regard vers les montagnes dont la « couleur, selon les diverses altitudes et pro- « fondeurs, flottait entre le violet, le brun et le c( vert sombre, et je m'étais en vain fatigué lorsce que je cessai et m'en allai. Au même instant, ce je vis (je ne puis me rappeler si c'est avec les c( yeux ouverts ou fermés) un de mes amis c( absents, comme un cadavre, devant moi. — Je ce dois remarquer ici que, depuis beaucoup d'ancc nées, j'avais l'habitude de noter par écrit tout ce groupe de représentations qui, en songe ou ec pendant la veille, surgissait avec une force, ce une précision, une netteté particulières et s'imc( posait à moi avec cette sorte de vivacité qui ce fait considérer une telle représentation comme (c un pressentiment. Je dois de plus faire obserce ver que jamais je n'ai eu le bonheur de voir ce un de ces pressentiments s'accomplir, quoique ce souvent les miens fussent aussi soudains, aussi (( clairs, aussi inexplicables en apparence qu'on ce peut le souhaiter. En outre, ce qui se cornée prend très-bien chez un psychologue, j'ai con-
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« tracté riiabitude de remonter en arrière après « ces incidents et de suivre à partir d'eux tout « le courant des représentations antécédentes, a Assez souvent j'ai réussi à expliquer par les « lois connues de l'association des idées, com- « ment le pressentiment avait pu s'insérer dans « la série des pensées que j'avais alors.
« Dans l'occasion dont il s'agit, je me fis donc « aussitôt cette question : Comment en suis-je « venu à penser à mon ami absent? — Quelques a secondes s' étant écoulées, je ressaisis le fil de (( mes pensées qui avait été rompu par ma re- « cherche du Waldbruder, et, avec la plus grande « facilité, je trouvai que l'idée de mon ami, par « une nécessité très-simple^ avait dû s'intro- « duire dans la chaîne de mes pensées. Le sou- « venir que j'avais eu de lui se trouvait ainsi exce pliqué naturellement. — Mais il y avait en plus « cette circonstance qu'il m'était apparu comme « un cadavre. Pourquoi cela? — En ce moment, « soit pour mieux réfléchir, soit parce que mes « yeux étaient fatigués, je fermai les yeux, et « tout d'un coup je vis tout le champ de ma « vue, sur une étendue considérable, couvert de « la même couleur cadavérique, le gris j années vert. Aussitôt je considérai cela comme le ce principe de l'explication cherchée, et j'essayai ce de me représenter aussi d'autres personnes.
« par la mémoire. Et de lait, celles -ci égalece ment m'apparureiit comme des cadavres; de- « bout, assises, comme je les voulais, elles avaient « aussi une couleur de cadavre. Toutes les perce sonnes que je voulais voir ne m'apparaissaient ce pas à l'état de fantômes sensibles ; de plus, les c( yeux ouverts je ne voyais plus les fantômes, c< ou du moins je ne les voyais que s'évanouisc( sant et indéterminés de couleur. — Je cherchai c( alors comment les fantômes des personnes se ce comportaient par rapport au champ visuel ence vironnant et semblablement coloré , par quoi ce étaient tracés leurs contours, si le visage et les ce portions habillées étaient différents. Mais il ce était déjà trop tard, ou bien l'influence de la ce réflexion et de l'examen était trop puissante ; ce tout pâlit subitement, et le phénomène subc( jectif qui aurait pu durer encore quelques mice nutes avait disparu. — On voit clairement qu'ici ce un souvenir interije surgissant selon les lois ce de l'association s'était uni avec une sensation ce consécutive de la vue. L'excitation excessive ce de la périphérie du nerf optique, je veux dire « la longue sensation préalable que mes yeux ce avaient eue en contemplant la couleur de la ce montagne, avait provoqué par contre-coup une ce sensation subjective et durable, celle de la couce leur complémentaire ; et mon souvenir incor-
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« pore à cette sensation subjective était devenu « le fantôme à teinte cadavérique que j'ai dé- «crit*. )> On constate dans ce cas singulier l'eflet maladif de la sensation. Présente, elle accroissait la force et la netteté d'une vague représentation ordinaire jusqu'à en faire un fantôme sensible. Absente, elle diminuait la force et la netteté de ce fantôme sensible jusqu'à le ramener à l'état ordinaire, c'est-à-dire à l'état de vague représentation.
Ainsi dans tous les procédés par lesquels on combat l'exagération des images, il ne s'agit jamais que de rétablir un équilibre, non pas celui d'une balance où les deux plateaux sont de niveau, mais celui d'une balance où l'un des plateaux est plus bas que l'autre. A l'état normal de veille, le premier, qui contient les sensations proprement dites, est le plus pesant ; le second plateau, moins pesant contient les images proprement dites. Au premier instant, à l'état normal, les deux plateaux sont sur la même ligne ; mais tout de suite le premier, plus pesant, emporte l'autre, et nos images sont reconnues comme intérieures. Parfois, dans la maladie, un poids passe du premier plateau dans le second ; alors c'est le second qui emporte le premier, et nous avons une