CH. II. RENAISSANCE ET EFFACEMENT DE L'LMAGE
sance; toutes les autres deme reiit inachevées ou nulles, selon les lois de l'effacement. — Incessamment, en vertu de cette double loi, des groupes d'aptitudes efficaces deviennent inefficaces, et les images tombent de l'existence réelle à l'existence possible. Ainsi, la mémoire humaine est un vaste bassin où l'expérience journalière déverse incessamment divers ruisseaux d'eaux tièdes ; ces eaux plus légères restent à la surface, recouvrant les autres; puis, refroidies à leur tour, elles descendent au fond par portions et par degrés, et c'est l'afflux ultérieur qui fait la nouvelle superficie. Parfois tel ruisseau, plus gonflé et tombant de plus haut, réchauffe jusque dans les bas-fonds d'anciennes couches inertes ; elles remontent alors à la lumière ; le hasard de l'afflux et les lois de l'équilibre ont échaufTé telle couche pour la mettre au-dessus des autres. La forme du bassin, les accidents de la température, les diverses qualités de l'eau, parfois même les secousses du sol y coutribuent encore, et divers exemples authentiques montrent tantôt des couclies profondes ramenées tout d'un coup et tout entières à la surface, tantôt des couches superficielles plongées tout d'un coup et tout entières à fond.
C'est que les images, ainsi qu'on le verra plus lard, ont pour conditions certains états de l'eucé-
phale; dès lors on comprend cpi'une altération, un alïlux, un appauvrissement du sang, un changement quelconque de la substance cérébrale puisse empêcher ou rétablir l'éveil de certains groupes d'images. « Je descendis' le même jour, dit sir a Henry Holland, dans deux mines très-profon- « des des montagnes du Hartz, et je restai plu- « seurs heures sous terre dans chacune des c( deux. Étant dans la seconde mine et épuisé « de fatigue et d'inanition, je me sentis abso- « lument incapable de parler davantage avec « l'inspecteur allemand qui m'accompagnait. c( Tous les mots et toutes les phrases allemandes « avaient déserté ma mémoire; c'est seulement « après que j'eus pris de la nourriture et du a vin et que je me fus reposé quelque temps « que je les retrouvai. » — Des accidents semblables ne sont point rares après les fièvres cérébrales ou les grandes pertes de sang. Une dame, dit Winslow^, après une large hémorragie utérine « avait oublié où elle demeurait, a qui était son mari, combien de temps elle « avait été malade, le nom de ses enfants et a même son propre nom. Elle ne pouvait dési- « gner aucune chose par la vraie dénomination^ « et, en essayant de le faire, elle commettait les
1, Winslow, on Obscure Diseases, 345. — 2. Ibid.^ 344.
cil. II. RENAISSANCE ET EFFACEMENT DE L'IMAGE. 17b
« plus singulières méprises. Avant sa maladie, (c elle avait eu l'habitude de parler français au a lieu de parler anglais. Mais alors elle sembla « avoir perdu toute connaissance du français; K car, lorsque son mari lui parlait dans cette « langue, elle ne paraissait pas comprendre le « moins du monde ce qu'il disait, quoi qu'elle a put converser en anglais sans difficulté. » Au bout de sept ou huit semaines ces lacunes de mémoire se remplirent un peu et, au bout de quelques mois, elles étaient tout à fait comblées. Pareillement un gentleman cité par Abercrombie', ayant reçu un coup sur la tête,' perdit tout d'un coup la connaissance du grec, tous ses autres souvenirs demeurant intacts. — La défaillance porte quelquefois sur une période de la vie antérieure. « Un clergyman^, sortant d'une a attaque d'apoplexie, avait perdu le souvenir « de quatre années et de quatre années seule- « ment. 11 se rappelait parfaitement tout ce ce qui avait précédé cette période. Il guérit « par degrés. » Un autre malade, qui était venu à Edimbourg depuis dix à ^ouze ans, ne se rappelait plus rien de cette portion de sa vie ; au contraire la portion antérieure qu'il avait passée dans un autre pays lui était très-présente»