Ibid
178 LlVllE II. LES IMAGES.
« écrite et toutes les fois que les mêmes mots (c écrits frappaient ses yeux, il les comprenait « parfaitement *. »
Cette suppression des aptitudes ordinaires fait comprendre la résurrection d'aptitudes perdues. Telle disposition organique nouvelle peut être défavorable aux premières; pareillement, telle disposition organique nouvelle peut être favorable aux secondes. Les premières cessent d'être
1. Autres faits analogues dans le Dict. d'Hist. Naturelle^ publié par M. Guérin, article de Griraaud de Gaux. (Duval Jouve, Logique, p. 159.)
« Un homme de soixante ans et bien portant laisse se fermer un ulcère qu'il avait depuis longtemps à la jambe. Bientôt il ressentit une attaque d'apoplexie légère, suivie de la perte de la mémoire des mots, puis de la langue française. Ce qu'il y a d'étonnant c'est qu'il se rappelait trèsbien la langue piémontaise.
A son départ pour la Grèce, un de nos savants fut renversé de sa voiture par une violente secousse ; une boîte, peu lourde pourtant, lui tomba sur la tête ; il ne s'en suivit ni douleur, ni plaie des téguments; mais le blessé oublia totalement le pays d'où il était sorti, le but de son voyage, le jour de la semaine, le repas qu'il venait de faire, toute l'instruction qu'il avait acquise. Eniin il avait oublié le nom de ses parents, de ses amis, il ne se rappelait que le sien, celui de ses enfants, et le symbole de la trinité. Il remonta en voiture pour se faire soigner, et, au bout d'un« demi-heure de cahots par un chemin très-pierreux, guérit tout à coup. » 162. « Les uns oublient les noms propres; d'autres, comme le docteur Broussonnais, les substantifs. Dietrich a conservé l'histoire d'un individu qui avait oublié la moitié des mots et se rappelait les faits. On en a vu oublier entièrement une langue étrangère, les faits historiques, ou les dates, etc., et se souvenir de tout le reste. »
cil. II. RENAISSANCE ET EFFACEMENT DE L'iMAC.E. 179
actives comme un nerf soudainement paralysé; les secondes redeviennent actives comme un nerf paralytique soudainement électrisé. On en a vu un cas chez cette jeune fille ignorante qui, dans son délire, récitait des morceaux de grec et d'hébreu rabbinique, chez cette servante , qui, prise de fièvre chaude, parlait le gallois que, bien portante, elle n'entendait pas'. « Un homme, dit Abercrombie^ né en France, « avait passé la plus grande partie de sa vie « en Angleterre, et, depuis plusieurs années, « avait perdu entièrement l'habitude de parler ce français. Ayant été placé entre les mains de « M. Abernethy à la suite d'une blessure à la « tête, il parlait toujours français. » En d'autres cas la même reviviscence a été observée pour d'autres langues. « Un célèbre médecin de mes « amis, dit encore le même auteur, m'apprend « qu'ayant un jour la fièvre, mais sans aucun « délire, il répéta de longs passages d'Homère, « chose qu'il ne pouvait faire, étant bien porte tant. » Un autre, qui, en santé, était fort mal doué pour la musique et avait presque oublié la langue gaélique, chantait, étant malade, des chansons gaéliques, et cela avec une grande précision, quoique la mélodie fût difficile, et qu'au-
l. Abercrombio, Inquiry, etc., 141, 143.
paravaiit il fut tout à l'ait incapable de les chanter.
A présent concevons dans le même individu deux états distincts comme ceux que l'on vient de décrire. Supposons que dans le premier tel groupe d'images, dans le second tel autre groupe d'images puisse seul se réveiller, ce qui doit se produire si dans les deux états la disposition organique générale est différente, et si cette différence est nettement tranchée. L'individu aura deux mémoires, la première ne rappelant que les événements du premier état, et la seconde ne rappelant que les événements du second état'. Une jeune dame américaine-, dit Macnish, au bout d'un sommeil prolongé, perdit le souvenir de tout ce qu'elle avait appris. Sa mémoire était devenue table rase. Elle fut obligée d'apprendre de nouveau à épeler, à lire, à écrire, à calculer, à connaître les objets et les personnes qui l'entou-
1 . «Chez les individus qu'on hypnotise deux fois, nous voyons survenir, au réveil , l'oubli complet des pensées et des actes artiiiciellement produits, tandis qu'ils en retrouvent le souvenir distinct, quand ils rentrent dans l'état artificiel. M. Braid affirme avoir eu des sujets très-intelligents, qui se rappelaient avec une exactitude minutieuse ce qui s'était passé, six années auparavant, dmant leur sommeil, et qui en faisaient le récit toutes les fois qu'on les hypnotisait, tandis (ju'ils n'en avaient aucun souvenir quand ils étaient éveillés. »
(De la Folie artificielle par le D"" Tuke, Annales médicopsychologiqucs^ k' série, tom. YI, p. 271).