CIL II. RENAISSANCE ET EFFACEMENT DE L'IMAGE
tions et des contradictions monstrueuses. — Sans doute, quoique, chez les somnambules, les personnes hypnotisées et les extatiques, des contrastes semblables opposent la vie ordinaire à la vie anormale, leurs deux vies ne sont point nettement ni entièrement séparées -, quelques images de l'une s'introduisent toujours ou presque toujours dans l'autre; et la supposition que nous avons faite reste, quand il s'agit de l'homme, une simple vue de l'esprit. — Mais dans les animaux, elle rencontre des cas où elle s'applique avec exactitude ; tel est celui des batraciens et des insectes qui subissent des métamorphoses. L'organisation et le système nerveux, en se transformant chez eux, amènent tour à tour sur la scène deux et trois personnes morales dans le même individu : dans la chrysalide, dans la larve et dans le papillon, les instincts, les images, les souvenirs, les sensations et les appétits sont différents ; le ver à soie qui file et son papillon qui vole, la larve vorace de hanneton avec son terrible appareil d'estomacs et le hanneton luimême, sont deux états distincts du même être à deux époques de son développement, deux systèmes distincts de sensations et d'images entés sur deux formes distinctes de la même substance nerveuse. — Si un sommeil pareil à celui de la chrysalide nous surprenait au milieu de notre
vie et si nous nous réveillions avec une organisation et une machine nerveuse aussi transformées que celle du ver devenu papillon, la rupture entre nos deux personnes morales serait visiblement aussi forte chez nous que chez lui. — Le lecteur voit maintenant les suites infinies de cette propriété des sensations et des images que nous avons appelé l'aptitude à renaître; elle assemble en groupes nos événements internes, et, pardessus la continuité de l'être physique que constitue la forme permanente, elle constitue, par le retour et par la liaison des images, la continuité de l'être moral.