Mueller, Ibid., II
« couru dans une voiture dure. » — On constate moins aisément les sensations sul)jectives pour le goût et pour l'odorat. Si quelques malades se plaignent de sentir continuellement des odeurs infectes, il n'est pas certain que l'origine de leur sensation soit dans le nerf lui-même ; elle peut se trouver dans les centres nerveux. — Mais rien de plus fréquent dans le toucher que l'action spontanée des nerfs; il suffit de citer les névralgies proprement dites ; le jeu propre du nerf en l'absence de tout excitant appréciable éveille, maintient et réveille alors les plus vives et les plus diverses sensations de douleur.
C'est pourquoi, si l'état du nerf change, l'excitant a beau être le même, la sensation change de degré, ou même de qualité. Par exemple, si le nerf est devenu plus excitable, le moindre excitant développe en lui le plus grand jeu, et la sensation est d'une intensité terrible ; tel est le cas des malheureux qui ont une hyperesthésie des nerfs optiques, acoustiques, ou tactiles. Si, au contraire, le nerf est devenu moins excitable ou ne l'est plus du tout, les excitants les plus forts ne développeront en lui que des sensations faibles ou nulles ; ce qui arrive quand il est coupé, lié, engourdi par le froid, paralysé par une maladie. Si enfin le nerf est devenu autrement
excitable, son jeu, quoique provoqué par le même excitant, est différent, et la sensation n'est plus la même ; dans l'indigestion ou la fièvre, les aliments n'ont plus qu'un goût terreux ou amer. — En somme, la condition directe de la sensation, c'est l'action ou mouvement moléculaire du nerf; peu importent les événements du dehors, ou les autres événements intérieurs du corps vivant ; ils n'agissent que par l'intermédiaire de ce mouvement qu'ils provoquent; par eux-mêmes, ils ne font rien; on pourrait se passer d'eux. Il suffirait que l'action du nerf fût toujours spontanée comme elle l'est parfois ; si son action se produisait encore selon l'ordre et avec les degrés ordinaires, le monde extérieur, et tout ce qui dans notre corps n'est pas le système nerveux, pourrait être anéanti ; nous aurions encore les mêmes sensations, partant les mêmes images et les mêmes idées. Voyons donc de plus près cette action nerveuse, puisqu'il n'y a pas de sensation sans elle, et puisque, par elle seule, elle suffit à provoquer la sensation.
III. Quand un nerl sensitif entre en action, un mouvement moléculaire se propage tout le long de son trajet jusqu'aux centres nerveux '. Le