‹ De l'intelligence (volume 3)Chapitre 63 sur 112 · Mueller, Ibid. De la mécanique des nerfs sensilifs · texte numérisé non relu

Mueller, Ibid. De la mécanique des nerfs sensilifs

portions supérieures de leur trajet. Par la même raison, toute section, compression ou irritation d'un tronc nerveux provoque une sensation qui parait située dans les endroits où aboutissent les branches et les fibrilles terminales de ce tronc. Si, au moyen d'un tourniquet, vous comprimez votre bras jusqu'à le rendre insensible aux excitations du dehors, et si alors vous pressez le tronc nerveux entre les deux os du coude, vous éprouvez une vive sensation semblable à celle d'une commotion électrique et cette sensation vous parait située dans la main dont les nerfs sont engourdis. Tout le monde connaît l'illusion des amputés. « Elles persistent (c toujours et conservent la même intensité pente dant toute la vie; on peut s'en convaincre par « des questions adressées aux amputés longtemps « après qu'ils ont subi l'opération. C'est à l'époque « de l'inflammation du moignon et des troncs nercc veux qu'elles sont le plus vives ; les malades « accusent alors de très-fortes douleurs dans tout « le membre qu'ils ont perdu. Après la guérisonil « leur reste fréquemment pendant toute la vie un « sentiment de formication ou même de douleur « ayant en apparence son siège dans les parties « extérieures qui n'existent plus. Ces sensations ne « sont pas vagues, car l'amputé sent des douleurs <c ou le fourmillement dans tel ou tel orteil, à la « plante ou sur le dos du pied, à la peau, etc. Il

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« finit par s'y habituer et à la fin ne s'en aperçoit « plus-, cependant, dès qu'il y fait attention, il voit « la sensation aussitôt reparaître , et souvent il (c sent d'une manière très-distincte ses orteils, ses « doigts, la plante du pied, la main.» En plusieurs cas, après sept ans, douze ans et même vingt ans, la sensation était aussi nette qu'au premier jour. — On voit que, pour provoquer la sensation, l'action du nerf lui-même est accessoire; il n'est qu'un intermédiaire; si le mouvement moléculaire qui se propage sur tout son trajet est efficace, c'est parce qu'il provoque un autre mouvement moléculaire dans les centres nerveux ; pareillement l'action électrique qui court le long du fif du télégraphe n'a d'importance que parce qu'arrivée à son terme elle déplace l'aiguille du cadran.

Quel est ce mouvement moléculaire qui se propage tout le long du nerf conducteur? On l'ignore ; on sait seulement quelques-uns de ses caractères '. On constate que dans les nerfs sensitifs, quoique d'ordinaire il se dirige vers les centres, il peut se diriger aussi vers les extrémités. Implantez le bout de la queue d'un rat dans la peau de son dos, puis, la greffe étant terminée,

1. Vulpian, Ibkl. 102, Expt'riences d'Helmholtz. Ibid. 283, 287, expériences de Bert, et 290, expériences de Philipeaux ot Vulpian.

coupez la portion basilaire de cette queue environ à un centimètre de son origine ; après quelques mois, si l'on pince la queue greffée, l'animal souffre et se retourne pour mordre ; l'irritation du nerf qui, avant l'opération, marchait dans le sens centripète, marche maintenant dans le sens centrifuge. — On constate en outre que le mouvement moléculaire est le mcme dans un nerf moteur et dans un nerf sensitif. Car si on réunit bout à bout les fibres d'un nerf moteur comme l'hypoglosse et celles d'un nerf sensitif comme le lingual, d'un côté, très-visiblement, l'irritation du nerf sensitif se propage le long 'du nerf moteur et produit des contractions musculaires; de l'autre côté, très-probablement, l'irritation du nerf moteur se propage le long du nerf sensitif et provoque de la douleur. — On établit enfin « que toute excitation portée sur « un point quelconque de la longueur d'une fibre « nerveuse, se transmet immédiatement et simul- « tanément dans les deux sens, centripète et cen- « trifuge, » et l'on a quelques indications sur la vitesse de cette transmission K — La conclusion de tout ceci est que « les phénomènes intimes

1. D'après les expériences les plus récentes, elle est de 29 mètres par seconde dans les nerfs du corps humain. Elle varie avec la température ambiante, et n'est pas uniforme dans toute la longueur du nerf.

« provoqués par une excitation dans les fibres a nerveuses, sont certainement identiques, que « ces fibres soient motrices, sensitives ou sym- « pathiques. » Si l'effet final est différent , c'est que les fibres nerveuses sont en rapport les unes avec les muscles, les autres avec telle ou telle partie des centres nerveux ; de même des fils semblables et qui sont le théâtre de phénomènes électriques semblables, produisent, suivant l'appareil qui les termine, tantôt un coup de sonnette, tantôt un déplacement d'aiguille, tantôt le choc d'un bouton.

Il suit de là que la condition immédiate de la sensation se trouve dans les centres nerveux ; il s'y produit un mouvement moléculaire inconnu sans lequel la sensation ne peut naître et qui suffit à la faire naître. Et de fait c'est ce qui arrive dans un grand nombre de cas. Beaucoup de sensations naissent en nous sans l'intervention des nerfs, par la seule excitation des centres nerveux. Telles sont les hallucinations proprement dites, et l'on en a vu de nombreux exemples \ La plupart du temps, on ne peut alors ni constater, ni conjecturer aucune irritation du bout terminal, ou d'une partie quelconque du trajet du nerf. — J*ai décrit ces visions

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