‹ De l'intelligence (volume 3)Chapitre 64 sur 112 · Livre II, chap. i · texte numérisé non relu

Livre II, chap. i

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qui précèdent le sommeil, et qu'on peut observer sur soi-même ; en ce cas, on ferme les yeux, on écarte toutes les excitations du dehors, on pacifie tousses nerfs, et justement, dans cette immobilité universelle de tous les conducteurs qui d'ordinaire mettent l'encéphale en action, nos images faibles et vagues deviennent intenses et nettes ; elles se changent en sensations; nous rêvons, nous voyons des objets absents. Sauf l'absence des objets et l'inaction des nerfs, notre état est le même alors que dans la sensation ordinaire; l'encéphale agit donc alors comme dans la sensation ordinaire; et il agit seul, puisque les objets sont absents et les nerfs inactifs. — Qu'on l'excite seul et directement; des hallucinations, c'est-à-dire des sensations spontanées avec leurs images associées se produisent; c'est ce qui arrive quand l'encéphale est enflammé, quand il est irrité par le haschich. — D'ailleurs les observateurs ont enregistré plusieurs cas de malades en qui les nerfs étaient plus ou moins complètement détruits, quoique les hallucinations correspondantes fussent parfaites ^ Esquirol cite entre autres, « une Juive de trente- « huit ans, aveugle et maniaque, qui néanmoins « voyait les choses les plus étranges. Elle est morte

L Griesinger. Trailé des maladies mentales^ 101 et 102. Exemples nombreux.

ce subitement; j'ai trouvé les nerfs optiques atroce phiés depuis leur entre-croisement jusqu'à leur « entrée dans le globe de l'œil; certainement dans (( ce cas la transmission des impressions était im- (( possible. » — «Deux individus avaient perdu un (( œil par phthisie du globe, et les hallucinations « se produisaient chez eux aussi bien de ce côté (c que du côté sain. » — «Nous avons en ce moment (c à la Salpêtrière, dit Esquirol, deux femmes abcf solument sourdes qui n'ont d'autre délire que « celui d'entendre diverses personnes avec qui « elles disputent jour et nuit. » — A la rigueur on pourrait objecter que dans ces exemples la partie centrale et encore intacte du nerf est le point de départ de l'irritation ; mais cela n'est point vraisemblable; riiallucination est trop systématique; si elle provenait du nerf, il faudrait que ses diverses fibres entrassent en action dans l'ordre compliqué et avec le degré exact que l'excitant extérieur peut seul leur imposer. « Une irrita- « tion directe, dit Griesinger, peut bien, dans la « rétine déterminer des taches lumineuses, des «globes de feu, des images colorées, etc., mais « non des formes compliquées, un homme, une «maison, un arbre; elle peut bien, dans l'oreille, « déterminer des bourdonnements, des sons élc- « vés ou bas, mais non pas des mots formés ou « des mélodies. » — La distinction se marque

mieux encore dans les hallucinations qui suivent l'usage du microscope; j'en donne le détail d'après une lettre que m'écrit un des plus illustres micrographes, M. Robin. « J'ai remarqué, dit-il, « qu'après avoir longtemps regardé au microsc( cope, surtout à l'aide d'une lumière vive, les « figures des objets observés persistaient lorsque « je fermais les yeux. — Elles persistaient encore, a lorsque je dirigeais mes yeux sur la table d'ace cajou qui porte mes instruments, sur mon « carton à dessins qui est de teinte bleue grisâtre, « ou sur mon papier à dessins. — Elles persiscc taient pendant deux ou trois minutes environ, « en oscillant dans un cercle assez étroit; après « avoir diminué de grandeur, puis disparu, elles ce reparaissaient plus pâles ; après deux ou trois c( apparitions de plus en plus faibles, elles ne rec( paraissaient plus. — Elles disparaissaient plus c( vite lorsque je portais les yeux sur un papier c( blanc, que lorsque je les tournais ou les portais ce sur ma table d'acajou foncé. — Je les voyais grict sâtres comme sont les images des objets vus au t( microscope. Ces images sont l'ombre des objets c( qui se projette sur la rétine vivement éclairée ce autour d'eux dans tout le champ circulaire du ce microscope, comme les ombres chinoises de Ict ce lanterne magique.» A mon sens, ajoute M. Robin, ce n'est pas la rétine qui, en l'absence de

l'objet, continue et recommence à agir, « c'estle « centre cérébral de perception visuelle; » ayant agi une première fois, il rentre de lui-même en action deux ou trois fois encore. « Je ne crois (( pas que les extrémités externes des nerfs de sen- « sibilité ou organes d'impression puissent s'é- « branler spontanément de manière à transmettre a au centre perceptif la forme, la couleur, etc., «d'un objet; ce que peut faire au contraire le « centre de perception par son retour spontané à « un état antérieur d'activité, sous l'influence de « quelque congestion temporaire de ses vaisseaux, « comme en produit l'usage prolongé du micros- « cope, ou l'introduction des alcaloïdes de l'opium, a de la belladone, de l'absinthe. » En effet, les maladies de l'œil avec congestion rétinienne sans méningite ne ramènent pas sur la scène des images de ce genre, mais de tout autres ; pour éveiller celles-ci, il faut la méningite, l'ivresse de l'opium ou de l'absinthe, c'est-à-dire l'irjitation des centres nerveux. — En résumé, l'irritation des nerfs et l'irritation des centres nerveux se reconnaissent à des signes très-différents. « La prête mière qu'on peut appeler pseudesthésie des ex- « trémités périphériques se manifeste par des « étincelles, des éclats lumineux, des bruits, des « chatouillements » et autres sensations isolées qui ne font pas un système et ne correspondent à

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aucun ensemble j^ossible de caractères extérieurs. « La seconde qu'on peut appeler pseudesthésic « des centres perceptifs » se manifeste par des images survivantes ou ressuscitantes complètes comme celles du microscope, c'est-à-dire par des hallucinations ou sensations spontanées et organisées de couleur et de relief, de sons harmoniques et articulés, qui correspondent à un ensemble possible de caractères extérieurs.

IV. Nous arrivons donc à poser, comme condition suffisante et nécessaire de la sensation et partant des images, une certaine action ou mouvement moléculaire des centres nerveux, c'està-dire de l'encéphale; en effet, c'est là qu'aboutissent tous les nerfs sensilifs, soit directement comme les nerfs crâniens, soit indirectement comme les nerfs rachidiens, par l'intermédiaire des parties conductrices de la moelle'. — Il reste à chercher, parmi les diverses parties de l'encéphale, celles dont l'action est la condition nécessaire et suffisante de la sensation et des images. Les physiologistes emploient pour cela les vivisections, et à cet égard leurs expériences sont très-nettes. Voyons d'abord la pure sensation.

Si le lecteur veut regarder un encéphale prc-

1. Brown-Sequard, Journal de physiologie^ voyez ci- dessus, livre III, cil. ii, p. 257.

paré ou tout au moins les figures de quelque grand atlas anatomique, il trouvera qu'à sa partie supérieure la moelle épinière se renfle en un bulbe nommé moelle allongée ou bulbe rachidien, par lequel commence l'encéphale. Qu'on retranche à un anima] tout l'encéphale, sauf ce bulbe ; cet animal ' exécute encore une quantité de ces mouvements systématiques et automatiques qu'on appelle réflexes, et que produisent les divers segments de la moelle sans l'intervention de l'encéphale. Par exemple, il avale les aliments, les muscles de sa face se contractent encore d'une façon expressive, il articule des sons vocaux, il exécute tous les mouvements respiratoires; mais il n'est plus capable d'éprouver des sensations proprement dites. Il crie, m^ais mécaniquement ; il ne souffre plus. Soit une section transversale faite en avant du bulbe : « On isole par là le «bulbe et la moelle du centre encéphalique, « comme quand on enlève le cerveau et la pro- « tubérance annulaire ; c'est ce que je fais sur « ce rat. Je pince maintenant une patte ; vous « entendez un petit cri bref. Je recommence , « nouveau cri semblable. Je blesse maintenant «profondément le bulbe rachidien; je pince de « nouveau un membre postérieur, il y a des

l. Vulpian, ouvrage cité, 496, 510.

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« mouvements réflexes ; mais il n'y a plus de cri. . . . « Remarquez bien les caractères de ces cris que c< VOUS venez d'entendre, ce sont clcs cris réflexes ^ a bien difî'érents des cris qui sont des manifestaa tiens de douleur. » Il y a dans le bulbe, comme dans les divers segments de la moelle, une mécanique qui peut agir, soit directement par l'irritation des nerfs sensitifs qu'elle reçoit, soit indirectement par l'efl'et des sensations éveillées dans le reste de l'encéphale. Lorsque le reste de l'encéphale manque, elle agit encore, et le cri se produit, sans qu'une sensation l'ait provoquée. — Au contraire conservons de l'encéphale, nonseulement le bulbe rachidien, mais encore la partie suivante, la protubérance annulaire dans laquelle passent les faisceaux du bulbe. Enlevons le reste, c'est-à-dire les lobes cérébraux, les corps striés, les couches optiques, les tubercules quadrijumeaux *. « Ainsi opérés, des chiens, des tact pins témoignaient par une agitation violente, a par des cris plaintifs, de la douleur qu'ils « ressentaient lorsqu'on pinçait le nerf trijumeau « dans le crâne ou qu'on soumettait l'animal à de « vives excitations extérieures. Si on lésait alors a profondément la protubérance, il n'y avait plus « ni cris, ni agitation, sous l'influence de pince-

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