Vulpian, 652, d'après Kœlliker
2. Broca, sur le volume et la forme du cerveau, suivant les individus et suivant les races. — Paris, 1861.
« a nécessairement appartenu à un individu a frappé d'imbécillité.... » et d'une manière générale, si on compare entre elles les diverses races d'hommes, « le volume de l'encéphale est « en rapport avec le degré de Tintelligence. » — Toutes ces présomptions se confirment lorsqu'on opère sur des animaux vivants; il suffit de reprendre les expériences précédentes' ; après qu'on a enlevé les lobes cérébraux, si on conserve le reste de l'encéphale, les sensations pures subsistent, comme on l'a vu; mais elles subsistent seules. L'animal éprouve encore par ses tubercules quadrijumeaux des sensations brutes de lumière, par sa protubérance des sensations brutes de douleur, de contact, de son, de saveur. Mais ces sensations sont nues; elles n'ont pas, comme dans l'état normal, cet accompagnement et ce revêtement d'images associées qui ajoutent à telle sensation de lumière la notion du relief, de la distance et des autres caractères de l'objet lumineux, à telle sensation de contact, la notion d'emplacement, de résistance et de forme, à telle sensation de son ou de saveur la représentation du corps sonore ou savoureux. A plus forte raison, ces sensations isolées n'éveillent plus les
1. Vulpian, 690. Flourens, deuxième édition, Hecherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux^ 24.
images associées qui constituent la mémoire, la prévision, par suite les jugements, et tout ce cortège d'émotions, désirs, craintes, volontés que développe la notion du danger prochain ou du plaisir futur.
Par une autre conséquence, les instincts manquent ; car les instincts sont constitués par des groupes d'images dont l'association est innée. Un castor enfermé dans un enclos du Jardin des Plantes, et qui ramasse des morceaux de bois et du mortier pour construire la digue dont il n'a pas besoin à Paris et dont il a besoin en Amérique, est un animal en qui se développe un système spontané d'images; de même un oiseau qui au printemps fait son nid; à l'aspect de la paille, de la bourre, du duvet, les notions de leurs attaches et de leurs usages naissent en lui sans expérience préalable, sans tâtonnements, dans un ordre tout fait, par une sagesse qui n'est pas acquise. Peu importe que cet ordre soit, comme chez l'homme, l'effet d'un apprentissage personnel, ou, comme chez l'animal, le jeu d'un mécanisme héréditaire ; il est toujours un ordre de représentations, c'est-à-dire d'images groupées; partant, si les images sont détruites, il est détruit.
C'est ce qui arrive par le retranchement des lobes cérébraux. « L'animal perd toute son Intel-
ligence. » Quoiqu'il ait, avec ses tubercules quadrijumeaux et sa protubérance, conservé les sensations brutes, il n'a plus les images qui, associées aux sensations brutes, lui donnaient la notion des objets, k Ces objets continuent à se « peindre sur la rétine ; l'iris reste contractile, « le nerf optique excitable ; la rétine reste sen- « sible à la lumière ; car l'iris se ferme ou s'ou- « vre selon que la lumière est plus ou moins ce vive; ainsi l'œil est sensible. Et pourtant l'ace nimal ne voit plus.... » Un pigeon ainsi opéré ce se tenait très-bien debout; il volait quand on ce le jetait en l'air; il marchait quand on le pousec sait ; l'iris de ses yeux était très-mobile ; cepence dant il ne voyait pas^ il n'entendait pas, il ne ce se mouvait jamais spontanément, il affectait ce presque toujours les allures d'un animal dorée mant ou assoupi, et, quand on l'irritait dans « cette espèce de léthargie, il affectait encore les ce allures d'un animal qui se réveille.... Lorsque ce je l'abandonnais à lui seul, il restait calme et ce comme absorbé; dans aucun cas, il ne douce nait signe de volonté. En un mot, figurez-vous ce un animal condamné à un sommeil perpétuel ce et privé de la faculté de rêver durant ce ce sommeil. 3> En effet, toutes les images dont Fenchaînement irrégulicr fait le rêve et dont l'enchainement régulier fait la veille, étaient ab-
sentes; il ne restait que des sensations rares, intermittentes, celles que l'expérimentateur éveillait, et, avec elles, les tendances sourdes et les mouvements involontaires qui les suivent. — Une poule survécut dix mois à la même mutilation, et, au bout du cinquième mois, était grasse, très-forte, très-saine; mais les instincts, la mémoire, la prévision, le jugement étaient abolis. « Je l'ai laissée jeûner à plusieurs reprises jus- « qu'à trois jours entiers, puis j'ai porté de la (c nourriture sous ses narines, j'ai enfoui son bec « dans le grain, j'ai mis du grain dans le bout « de son bec, j'ai plongé son bec dans l'eau, je « l'ai placée sur un tas de blé. Elle n'a point « odoré, elle n'a point avalé, elle n'a point bu, « elle est restée immobile sur ces tas de blé et y ce serait assurément morte de faim, si je n'eusse c< pris le parti de la faire manger moi-même. Vingt c' fois, au lieu de grain, j'ai mis des cailloux dans « son bec, elle a avalé les cailloux comme elle ce eût avalé du grain*. Enfin, quand cette poule c: rencontre un obstacle sur ses pas, elle le heurte c et ce choc l'arrête ou l'ébranlé. Mais choquer 1 un corps n'est pas le toucher ; jamais la poule v^ ne palpe, ne tâtonne, n'hésite dans sa marc< che.... Elle ne se remise plus, à quelque in-