Inquiry, etc
2. Autres faits analogues dans le Dict . d'hist . naturelle, publié par M. Guérin, article de Grimaud de Caux. ^ Du val Jouve, Logique, p. 159.)
« Un homme de soixante ans et bien portant laisse se fermer un ulcère qu'il avait depuis longtemps à la jambe. Bientôt il ressentit une attaque d'apoplexie légère, suivie de la perte de la mémoire des mots, puis de la langue française. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'il se rappelait très-bien la langue piémontaise.
« A son départ pour la Grèce, un de nos savants fut renverse de sa voiture par une violente secousse; une boîte, peu lourde pourtant, lui tomba sur la tète; il ne s'ensuivit ni douleur ni plaie des téguments; mais le blessé oublia totalement le pays d'où il était sorti, le but de son voyage, le jour de la
Cette suppression des aptitudes ordinaires fait comprendre la résurrection d'aptitudes perdues. Telle disposition organique nouvelle peut être défavorable aux premières; pareillement, telle disposition organique nouvelle peut être favorable aux secondes. Les premières cessent d'être actives, comme un nerf soudainement paralysé ; les secondes redeviennent actives, comme un nerf paralytique soudainement électrisé. On en a vu un cas chez cette jeune fille ignorante qui, dans son délire, récitait des morceaux de grec et d'hébreu rabbinique, chez cette servante qui, prise de fièvre chaude, parlait le gallois que, bien portante, elle n'entendait pas l. « Un homme, dit Abercrombie, né en France, avait passé la plus grande partie de sa vie en Angleterre, et, depuis plusieurs années, avait perdu entièrement l'habitude de parler français. Ayant été placé entre les mains de M. Abernethy, à la suite d'une blessure à la tête, il parlait toujours français. » En d'autres cas, la même reviviscence a été observée pour d'autres langues. « Un célèbre médecin de mes amis, dit encore le même auteur, m'apprend qu'ayant un jour la fièvre, mais sans aucun délire, il répéta de longs passages d'Homère, chose qu'il ne pouvait faire
semaine, le repas qu'il venait de faire, toute l'instruction qu'il avait acquise. Enfin il avait oublié le nom de ses parents, de ses amis ; il ne se rappelait que le sien, celui de ses enfants, et le symbole de la Trinité. Il remonta en voiture pour se faire soigner, et, au bout d'une demi-heure de cahots par un chemin très-pierreux, guérit tout à coup. »
1G2. « Les uns oublient les noms propres. Dietrich a conservé l'histoire d'un individu qui avait oublié la moitié des mots et se rappelait les faits. On en a vu oublier entièrement une J.angue étrangère, les faits historiques, ou les dates, etc., et se souvenir de tout le reste. »
i. Ahercrombie, Inquiry, etc., 141, 153.
étant bien portant. » Un autre, qui, en santé, était fort mal doué pour la musique et avait presque oublié la langue gaélique, chantait, étant malade, des chansons gaéliques, et cela avec une grande précision, quoique la mélodie fût difficile et qu'auparavant il fût tout à fait incapable de les chanter.
A présent, concevons dans le même individu deux états distincts, comme ceux que l'on vient de décrire. Supposons que dans le premier tel groupe d'images, dans le second tel autre groupe d'images puisse seul se réveiller, ce qui doit se produire si dans les deux états la disposition organique générale est différente, et si cette différence est nettement tranchée. L'individu aura deux mémoires, la première ne rappelant que les événements du premier état, et la seconde ne rappelant que les événements du second état1. Une jeune dame américaine 2, dit Macnish, au bout d'un sommeil prolongé, perdit le souvenir de tout ce qu'elle avait appris. Sa mémoire était devenue table rase.
1. « Chez les individus qu'on hypnotise deux fois, nous voyons survenir, au réveil, l'oubli complet des pensées et des actes artificiellement produits, tandis qu'ils en retrouvent le souvenir distinct quand ils rentrent dans l'état artificiel. M. Braid affirme avoir eu des sujets très-intelligents qui se rappelaient avec une exactitude minutieuse ce qui s'était passé, six années auparavant, durant leur sommeil, et qui en faisaient le récit toutes les fois qu'on les hypnotisait, tandis qu'ils n'en avaient aucun souvenir quand ils étaient éveillés. »
(De ta Folie artificielle, par le D' Tuke, Annales médico-psychologiques, 4e série, tom. VI, p. 271.)
2. Macnish, Philosophy of Sleep, p. 215. — Dr Azam, De l'amnésie périodique ou doublement de la vie. Le cas de Felida X. est analogue, quoique moins tranché. La malade présente tour à tour deux états, l'un triste, l'autre gai ; dans l'état gai, elle se rappelle tous les états antérieurs, gais ou tristes; dans l'état triste, elle ne se rappelle que les états tristes, elle n'a aucun souvenir des états gais.
CH. II. RENAISSANCE ET EFFACEMENT DE L'iMAGE 157
Elle fut obligée d'apprendre de nouveau à épeler, à lire, à écrire, à calculer, à connaître les objets et les personnes qui l'entouraient. Quelques mois après, elle fut reprise d'un profond sommeil, et, quand elle s'éveilla, elle se retrouva telle qu'elle était avant son premier sommeil, ayant toutes ses connaissances et tous ses souvenirs de jeunesse, par contre, ayant complètement oublié ce qui s'était passé entre ses deux accès. » Pendant quatre années et au delà, elle a passé périodiquement d'un état à l'autre, toujours à la suite d'un long et profond sommeil.... « Sa première manière d'être, elle l'appelle maintenant l'ancien état, et sa seconde, le nouvel état. Elle a aussi peu conscience de son double personnage que deux personnes distinctes n'en ont de leurs natures respectives. Par exemple, dans l'ancien état, elle possède toutes ses connaissances primitives. Dans le nouvel état, elle a seulement celles qu'elle a pu acquérir depuis sa maladie. Dans l'ancien état, elle a une belle écriture ; dans le nouveau, elle n'a qu'une pauvre écriture maladroite, ayant eu trop peu de temps pour s'exercer. Si un monsieur ou une dame lui sont présentés dans un des deux états, cela ne suffit pas; elle doit, pour les connaître d'une manière suffisante, prendre connaissance d'eux dans les deux états. Il en est de même des autres choses. A présent, la dame et sa famille sont capables de conduire l'affaire sans trop d'embarras ; ils savent seulement qu'elle est dans l'ancien ou dans le nouvel état, et se gouvernent en conséquence. » — Cette double vie se rencontre souvent chez les somnambules l. La plupart d'entre eux oublient, une fois
i. Maury, Du sommeil, 210. — Todd, Cyclopœdia, article Sleep, 692. — Puel, Mémoire sur la catalepsie.
réveillés, ce qu'ils ont fait étant endormis, et sont tout surpris de se trouver hors de leur lit ou dans la rue. Mais maintes fois l'oubli cesse au second accès. « Le somnambule, dit M. Maury, reprend alors la chaîne de ses idées interrompues par la veille. La malade du docteur Mesnet poursuivait ainsi dans un accès des projets de suicide conçus durant l'accès antérieur et oubliés dans l'intervalle lucide; elle se rappelait alors toutes les circonstances de l'autre accès. M. Macario a cité l'exemple très-significatif d'une jeune femme somnambule à laquelle un homme avait fait violence et qui, éveillée, n'avait plus aucun souvenir, aucune idée de cette tentative. Ce fut seulement dans un nouveau paroxysme qu'elle révéla à sa mère l'outrage commis sur elle. » Dans ces deux cas, la veille ne rappelait que la veille; l'état somnambulique ne rappelait que l'état somnambulique, et les deux vies alternantes faisaient chacune un tout à part.
Des correspondances et des séparations semblables, mais partielles et temporaires, se rencontrent dans la vie courante1. « M. Combes mentionne le cas d'un Irlandais, porteur commissionnaire d'une maison de commerce, qui, étant ivre, laissa un paquet à une fausse adresse, et, revenu à lui, ne put se rappeler ce qu'il en avait fait. Mais, s'étant enivré de nouveau, il se souvint de l'endroit où il l'avait laissé et y alla. » M. Maury cite aussi des rêves oubliés à l'état de veille et qui plus tard, dans un nouveau sommeil, sont rappelés. — D'autre part, notre mémoire ordinaire ne rappelle qu'une moitié de nos états. Nous rappelons nos pensées de la veille, mais non celles de