Macnisb, ihid
Cil. II. RENAISSANCE ET EFFACEMENT DE L'IMAGE 159
la nuit pendant laquelle nous avons dormi ; si vives qu'elles aient été, quand même elles auraient provoqué des actions ou des commencements d'action, des cris, des gestes et tout ce qu'un homme agité fait en dormant, il est bien rare qu'au réveil nous puissions en ressaisir quelques parcelles 1. Chose étrange, on sort d'un rêve intense et plein d'émotions ; il semble qu'un état si violent doive aisément et longtemps se reproduire. Point du tout ; au bout de deux ou trois minutes, les objets si nettement aperçus se fondent en vapeurs; et ces vapeurs s'évanouissent; une demi-heure après, j'aurais peine à dire mon rêve; pour m'en souvenir plus tard, je suis obligé de l'écrire à l'instant. — C'est que l'état physiologique et l'afflux du sang dans le cerveau ne sont pas les mêmes dans le sommeil et dans la veille, et que le second état, favorable au réveil de ses images, n'est pas favorable au réveil des images du premier état.
Mais quel que soit le phénomène, rudimentaire et normal, ou anormal et complet, il montre comment nos images, en se liant, composent ce groupe qu'en langage littéraire et judiciaire on appelle la personne morale. Si deux groupes sont bien tranchés, de telle façon que nul élément de l'un n'éveille aucun élément de l'autre, on aura, ainsi que le montre la malade citée par Macnish, deux personnes morales dans le même individu. Si dans l'un des deux états les images ont des associations très-exactes et très-délicates, si, comme on le voit chez plusieurs somnambules2, des aptitudes supérieures se déclarent, si.
i. Macnish, ibid, 2. Maury, ibid.% 125.
comme on le remarque dans l'ivresse et après plusieurs maladies, les passions prennent un autre degré et un autre tour, non-seulement les deux personnes morales seront distinctes, mais il y aura entre elles des disproportions et des contradictions monstrueuses. — Sans doute, quoique, chez les somnambules, les personnes hypnotisées et les extatiques, des contrastes semblables opposent la vie ordinaire à la vie anormale, leurs deux vies ne sont point nettement ni entièrement séparées; quelques images de l'une s'introduisent toujours ou presque toujours dans l'autre ; et la supposition que nous avons faite reste, quand il s'agit de l'homme, une simple vue de l'esprit. — Mais dans les animaux elle rencontre des cas où elle s'applique avec exactitude ; tel est celui des batraciens et des insectes qui subissent des métamorphoses. L'organisation et le système nerveux, en se transformant chez eux, amènent tour à tour sur la scène deux et trois personnes morales dans le même individu : dans la chrysalide, dans la larve et dans le papillon, les instincts, les images, les souvenirs, les sensations et les appétits sont différents ; le ver à soie qui file et son papillon qui vole, la larve vorace de hanneton avec son terrible appareil d'estomacs et le hanneton lui-même, sont deux états distincts du même être à deux époques de son développement, deux systèmes distincts de sensations et d'images entés sur deux formes distinctes de la même substance nerveuse. — Si un sommeil pareil à celui de la chrysalide nous surprenait au milieu de notre vie et si nous nous réveillions avec une organisation et une machine nerveuse aussi transformées que celles du ver devenu papillon, la rupture entre nos deux personnes morales
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serait visiblement aussi forte chez nous que chez lui. — Le lecteur voit maintenant les suites infinies de cette propriété des sensations et des images que nous avons appelée l'aptitude à renaître; elle assemble en groupes nos événements internes, et, par-dessus la continuité de l'être physique que constitue la forme permanente, elle constitue, par le retour et par la liaison des images, la continuité de l'être moraJ.