‹ De l'intelligence (volume 4)Chapitre 52 sur 90 · Vulpian, 90; et Landry, Paralysies · texte numérisé non relu

Vulpian, 90; et Landry, Paralysies

On prend deux grenouilles, l'une saine, l'autre privée depuis plusieurs jours de ses tubercules cérébraux.

« Posées toutes les deux sur le plancher, la première s'enfuit aussitôt et cherche à se cacher. La deuxième, après un ou deux sauts, devient et reste immobile. Si je fais du bruit auprès de la première, parfois elle se retourne pour regarder d'où vient le bruit , parfois elle s'enfuit plus loin ; chez la deuxième, il se produit un léger soubresaut, mais elle ne bouge pas. Si je leur pince la patte, toutes deux s'enfuient en sautant, et se débattent si je les retiens. »

On les met toutes deux dans un grand flacon plein d'eau.

« La grenouille saine exécute aussitôt des mouvements multiples de natation et va se cacher au fond du bocal. Pendant ce temps, les mouvements respiratoires ont complètement cessé. Au bout d'un temps, elle gagne la surface de l'eau et cherche à s'y maintenir pour respirer; mais, tout point d'appui lui manquant, elle s'épuise en efforts pour se soutenir. Quand je la repousse au fond, elle remonte peu après, et, si je l'en empêche , elle fait son possible pour remonter sur un autre point.

« La grenouille sans cerveau se comporte tout différemment. Au moment où je la place dans le bocal, elle coule complètement à fond comme une masse inerte, sans chercher à nager. Cependant, quand je l'excite à l'aide d'une tige de bois, elle exécute très-bien les mouvements de rotation, mais au hasard,

tèrent, s'accélèrent, se transforment avec elle, et la pathologie ici est d'accord avec les vivisections l.

« Tous les organes, dit Mueller, à l'exception du cerveau, peuvent ou sortir lentement du cercle de l'économie animale ou périr en peu de temps, sans que les facultés de l'âme subissent aucun changement. Il en est autrement du cerveau. Tout trouble lent ou soudain de ses fonctions change aussi les aptitudes intellectuelles. L'inflammation de cet organe n'est jamais sans délire et plus tard sans stupeur. Une pression exercée sur le cerveau proprement dit amène toujours le délire ou la stupeur, suivant qu'elle a lieu avec ou sans irritation, et le résultat est le même, qu'elle soit déterminée par une pièce d'os enfoncée, ou par un corps étranger, ou par de la sérosité, du sang, du pus. Les mêmes causes, suivant le lieu où se porte leur action, entraînent souvent la perte du mouvement volontaire ou de la mémoire. Dès que la

et sans but; après quoi elle redevient immobile et coule à fond. Là, les mouvements respiratoires continuent à s'exécuter comme dans Vair , avec cette seule différence que le petit opercule membraneux des narines est complètement fermé. L'animal reste tranquillement au fond du bocal, sans chercher à gagner la surface pour respirer, sans témoigner le moindre malaise. Peu à peu, les mouvements respiratoires deviennent rares, saccadés, et la grenouille meurt asphyxiée, avant d'avoir fait aucune tentative pour respirer et sans avoir paru souffrir.

« Ainsi la grenouille sans cerveau ne sait pas suspendre sa respiration, et aspirerait de l'eau si l'opercule des narines ne se fermait pas automatiquement au contact du liquide ; elle ne souffre pas de l'asphyxie, ne s'en doute pas, ne cherche pas à l'éviter. Rien, il me semble, ne démontre mieux que cette expérience, et l'absence réelle de perception, et l'absence de tout phénomène intellectuel, et l'absence de la volonté.

« J'admets avec M. Flourens que le cerveau proprement dit est le siège exclusif des perceptions, de la volition et de tous les phénomènes intellectuels. »

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