‹ De l'intelligence (volume 4)Chapitre 66 sur 90 · CIIAP. II. LES CENTRES NERVEUX ET LA PENSÉE · texte numérisé non relu

CIIAP. II. LES CENTRES NERVEUX ET LA PENSÉE

IV. Il se peut donc que la sensation et le mouvement intestin des centres nerveux ne soient au fond qu'un même et unique événement condamné, par les deux façons dont il est connu, à paraître toujours et irrémédiablement double. — Un autre ordre de raisons conduit à une conclusion semblable. En effet, on a vu que nos sensations ne sont que des totaux composés de sensations élémentaires , celles-ci de même, et ainsi de suite ; qu'à chacun de ces degrés de composition le total se présente à nous avec un aspect tout autre que celui de ses éléments, que par conséquent, plus ses éléments sont simples et reculés loin des prises de la conscience, plus ils doivent différer pour nous du total accessible à la conscience, en sorte que l'aspect des éléments infinitésimaux au bas de l'échelle et celui de la sensation totale au sommet de l'échelle doivent différer du tout au tout. Or tel est l'aspect des mouvements moléculaires comparé à celui de la sensation totale. Partant, rien n'empêche que les mouvements moléculaires ne soient les éléments infinitésimaux de la sensation totale. — Ainsi l'objection fondamentale est levée. Si nos deux conceptions de l'événement mental et de l'événement cérébral sont irréductibles entre elles, cela peut tenir sans doute à ce que les deux événements sont en effet irréductibles entre eux, mais cela peut tenir aussi, d'abord à ce que l'événement, étant unique, nous est connu par deux voies absolument contraires, et ensuite à ce que l'événement mental et ses éléments derniers doivent forcément se présenter à nous sous des aspects absolument opposés. *i

Il y a donc place, et place égale, pour les deux hypothèses, pour celle de deux événements hétéro-

gènes, et pour celle d'un seul et même événement connu sous deux aspects. Laquelle choisir? Si nous adoptons la première, nous sommes en face d'une liaison non-seulement inexpliquée, mais encore inexplicable. Car, les deux événements étant irréductibles entre eux par nature, ils forment deux mondes à part, isolés; nous excluons par hypothèse tout événement plus général dont ils seraient des formes distinctes et des cas particuliers; nous déclarons d'avance que leur nature ne fournit rien qui puisse fonder leur dépendance réciproque; nous sommes donc obligés, pour expliquer cette dépendance, de chercher au delà de leur nature, partant au delà de toute la nature, puisqu'ils font à eux deux toute la nature, par conséquent enfin dans le surnaturel; ainsi nous devrons appeler à notre aide un miracle, l'intervention d'un être supérieur. Les philosophes du xvne siècle, Leibniz et Malebranche en tête, avaient nettement aperçu cette conséquence et concluaient hardiment qu'il y a là une harmonie préétablie, l'accord artificiel de deux horloges indépendantes , un ajustement extrinsèque et venu d'en haut, un décret spécial de Dicn. — Rien de moins conforme aux méthodes de l'induction scientifique , car elles excluent toute hypothèse qui n'explique pas, et, comme on le montrera, le principe de raison explicative est un axiome qui ne souffre aucune exception l. Nous voilà donc reportés vers la seconde supposition. D'abord, en soi, elle est aussi plausible que la première. De plus, elle a pour elle les analogies et quantités de précédents; car, ainsi que tant d'autres théories physiques et psycholo-

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