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giques, elle admet en ligne de compte le jeu d'optique, l'influence du sujet percevant et pensant, la structure spéciale de l'instrument observateur. En outre, comme elle ne fait intervenir aucune cause tierce, aucune propriété imaginaire ou inconnue, elle est aussi peu hypothétique que possible. Enfin elle montre non-seulement que les deux événements peuvent être liés entre eux, mais encore que toujours et forcément ils doivent être liés entre eux; car, du moment où ils se ramènent à un seul doué de deux aspects, il est clair qu'ils sont comme l'envers et l'endroit d'une surface, et que la présence ou l'absence de l'un entraîne infailliblement celle de l'autre. — Nous sommes donc autorisés à admettre que l'événement cérébral et l'événement mental ne sont au fond qu'un seul et même événement à deux faces, Tune mentale, l'autre physique, l'une accessible à la conscience, l'autre accessible aux sens.
Quelle est la valeur de chacun des deux points de vue, et que faut-il en défalquer pour dégager la vraie nature de l'événement? — Nous sommes arrivés ici au point de jonction du monde physique et du monde moral, c'est de là que partent les deux lignes opposées et indéfinies où chemine l'expérience humaine; les deux convois ainsi formés avancent et s'écartent toujours davantage en se chargeant de plus en plus à chaque station. On voit par là l'importance de l'événement central ; quel qu'il soit, il communique son caractère au reste. — Or, des deuxpoints de vue par lesquels nous l'atteignons, l'un, qui est la conscience, est direct : connaître une sensation par la conscience, c'est avoir présente son image, qui est la même sensation révivisccnte. Au contraire, l'autre point de vue,
qui est la perception extérieure, est indirect : il ne nous renseigne en rien sur les caractères propres de son objet; il nous renseigne simplement sur une certaine classe de ses effets. L'objet ne nous est pas montré directement, il nous est désigné indirectement par le groupe de sensations qu'il éveille ou éveillerait en nous f. En lui-même, cet objet physique et sensible nous demeure tout à fait inconnu ; tout ce que nous savons de lui, c'est le groupe de sensations qu'il provoque en nous. Tout ce que nous savons des molécules cérébrales, ce sont les sensations de couleur grisâtre, de consistance mollasse, de forme, de volume, et autres analogues que, directement ou à travers le microscope, à l'état brut ou après une préparation, ces molécules suscitent en nous, c'est-à-dire leurs effets constants sur nous, leurs accompagnements fixes, leurs signes, rien que des signes, des signes et indices d'inconnues. — Il y a donc une grande différence entre les deux points de vue. Par la conscience, j'atteins le fait en lui-même ; par les sens, je n'atteins qu'un signe. Un signe de quoi? Qu'est-ce qui est constamment accompagné, dénoté, signifié, par le mouvement intestin des centres nerveux? Nous l'avons montré plus haut en exposant les conditions des sensations et des images : c'est la sensation, c'est l'image, c'est l'événement moral interne. Dès lors, tout s'accorde. Cet événement moral qu'atteint directement la conscience ne peut être atteint qu'indirectement par les sens ; les sens ne savent de
1. Voyez plus loin, 2e partie, liv. Il, ch. i et il. Voir aussi les deux admirables chapitres de Stuart Mill, Examination oj sir William Hamilton's philosopha/ , sur la notion du monde extérieur et sur les qualités premières de la matière.
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lui que ses effets sur eux; c'est pour cela qu'ils nous le font concevoir comme un mouvement intestin de cellules grisâtres; comme il n'agit sur eux que par le dehors, il ne peut leur apparaître que comme extérieur et physique. Voilà une confirmation directe et notable de l'hypothèse admise, et l'on comprend maintenant pourquoi l'événement moral, étant un, nous paraît forcément double; le signe et l'événement signifié sont deux choses qui ne peuvent pas plus se confondre que se séparer, et leur distinction est aussi nécessaire que leur liaison. Mais, dans cette distinction et dans cette liaison, tout l'avantage est pour l'événement mental; lui seul existe; l'événement physique n'est que la façon dont il affecte ou pourrait affecter nos sens. Pour les sens et l'imagination, la sensation, la perception, bref la pensée n'est qu'une vibration des cellules cérébrales, une danse de molécules ; mais la pensée n'est telle que pour les sens et l'imagination; en elle-même, elle est autre chose, elle ne se définit que par ses éléments propres, et, si elle revêt l'apparence physiologique, c'est qu'on la traduit dans une langue étrangère, où forcément elle revêt un caractère qui n'est pas le sien.
Ainsi le monde physique se réduit à un système de signes, et il ne reste plus pour le construire et le concevoir en lui-même que les matériaux du monde moral. Quels sont ces matériaux? On a vu que la sensation proprement dite est un composé d'événements successifs et simultanés de même qualité, eux-mêmes composés de même; qu'au terme de l'analyse, l'expérience indirecte et les analogies montrent encore des événements de même qualité, successifs et simultanés, tous soustraits à la conscience et à la fin infini-
tésimaux; que les actions réflexes indiquent des événements rudimentaires analogues et qu'on les suit jusqu'au bas de la série animale, même en des animaux \ comme le polype d'eau douce, en qui l'on no découvre aucune trace du système nerveux. — Mais on peut les suivre plus loin encore; car chez plusieurs plantes comme la sensitive et le sainfoin oscillant du Bengale, chez les anthérozoïdes des cryptogames et chez les zoospores des algues, on rencontre des actions réflexes tout à fait semblables à celle que produit le tronçon d'une grenouille décapitée. « Il n'y a pas de différence radicale entre les animaux et les végétaux, » à ce point de vue. — Il n'y en a pas non plus au point de vue de la structure intérieure ni de la composition chimique. Les deux règnes se confondent si bien par leurs degrés inférieurs, que plusieurs groupes, entre autres les vibrions, ont été classés tantôt dans l'un et tantôt dans l'autre. En somme, « le système nerveux n'est qu'un appareil de perfectionnement, » et l'événement moral, dont il est la condition et dont son mouvement est le signe, est un groupe compliqué et organisé dont les éléments et les rudiments peuvent aussi se rencontrer ailleurs. — Nous pouvons donc, en suivant les analogies, descendre encore beaucoup plus bas dans l'échelle des êtres. Au-dessous du monde organique s'étend le monde inorganique, et le premier n'est qu'un cas du second. Il est construit avec les mêmes substances chimiques, soumis aux mêmes forces physiques, assujetti aux mêmes lois mécaniques, et toutes les indications de la science concourent à le représenter comme autro
i. Vulpian, 43, 37, 31.
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en degré, mais le même en nature *; ce que nous appelons la vie est une action chimique plus délicate d'éléments chimiques plus composés. — Ainsi , en poursuivant l'analyse, depuis les plus hautes opérations des lobes cérébraux jusqu'aux phénomènes les plus élémentaires de la physique, on ne trouve que des mou vements mécaniques d'atomes, transmissibles sans perte d'un système à l'autre, et d'autant plus compliqués que les systèmes sont plus complexes. Par contrecoup la même dégradation et la même réduction s'opèrent dans les événements moraux ; au plus haut degré de complication, ils constituent les images, les sensations proprement dites et ces sensations rudimentaires que dénote l'action réflexe; aux degrés suivants, ils sont encore des événements de la même espèce, mais moins composés, et ainsi de suite, leur complication diminuant avec celle du mouvement moléculaire, tant qu'enfin, au degré le plus simple de l'événement physique, correspond le degré le plus simple de l'événement moral.
V. La nature a donc deux laces, et les événements successifs et simultanés qui la constituent peuvent être conçus et connus de deux façons, par le dedans et en eux-mêmes, par le dehors et l'impression qu'ils produisent sur nos sens. Les deux faces sont parallèles, et toute ligne qui coupe l'une coupe l'autre à la même hauteur. Vue d'un côté, la nature a pour éléments des événements que nous ne pouvons connaître qu'à l'état de complication extrême, et qu'en cet état
1. Berthelot, Chimie organique. Tome II. Conclusion. Bérard et Robin, Eléments de physiologie. II, 63. Saigey, De L'unité des phénomènes physiques, passim.
nous nommons sensations. Vue de l'autre côté, elle a pour éléments des événements que nous ne concevons clairement qu'à l'état de simplicité extrême, et qu'en cet état nous nommons mouvements moléculaires. Au premier point de vue, elle est une échelle d'événements moraux, successifs et simultanés, dont la complication va décroissant, si l'on part du sommet dont nous avons conscience, pour descendre jusqu'à la base dont nous n'avons pas conscience. Au second point de vue, elle est une échelle d'événements physiques, successifs et simultanés, dont la complication va croissant, si l'on part de la base que nous concevons clairement, pour aller jusqu'au sommet dont nous n'avons aucune idée précise. Tout degré de complication d'un côté de l'échelle indique de l'autre côté un degré de complication égal. Des deux côtés, à la base de l'échelle, les événements sont infinitésimaux; on a vu dans les sensations dont on peut pousser un peu loin l'analyse, celles de l'ouïe et de la vue, que l'événement moral, comme l'événement physique, passe dans un temps très-court par une série rigoureusement infinie de degrés. D'un côté à l'autre, depuis la base jusqu'au sommet, la correspondance est parfaite. Phrase à phrase, mot à mot, l'événement physique, tel que nous le représentons, traduit l'événement moral.
Que le lecteur suive la comparaison jusqu'au bout; elle exprime la chose dans tous ses détails. Supposez un livre écrit dans une langue originelle et muni d'une traduction interlinéaire; le livre est la nature, la langue originale est l'événement moral, la traduction interlinéaire est l'événement physique, et l'ordre des chapitres est l'ordre des êtres. — Au commencement