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De l'intelligence

I. Caractère général de la perception extérieure. — Elle est une hallucination vraie. — Détail des preuves. — Son premier moment est une sensation et cette sensation, par elle-même, suffit pour susciter le simulacre du corps extérieur présent ou absent, — Après la perception, il y a en nous, avec l'image de la sensation éprouvée, un simulacre de l'objet perçu, et cette représentation tend à devenir hallucinatoire. — En beaucoup de cas l'objet apparent diffère de l'objet réel. — Trois indices du simulacre. — Confondu ou non confondu en totalité ou en partie avec l'objet réel, il suit toujours la sensation.

II. En quoi consiste le simulacre. — Entre autres éléments, il renferme la conception affirmative d'une chose douée de propriétés. — Analyse de cette conception, notion ou idée. — Une chose n'est que l'ensemble de ses propriétés. — Une substance n'est qu'un ensemble de propriétés subsistantes. — Un corps n'est qu'un faisceau de propriétés sensibles.

III. Propriétés sensibles des corps. — Corps odorants, sapides, sonores, colorés, chauds ou froids. — Nous n'entendons par ces propriétés que le pouvoir d'exciter en nous telle ou telle sorte de sensation. — Corps solides ou résistants. — Analyse de Stuart Mill. — Primitivement la résistance n'est pour nous que le pouvoir d'arrêter une série commencée de sensations musculaires. — Corps lisses, rudes, piquants, unis, durs, mous, collants, humides. — Nous n'entendons par ces pro-

priétés que le pouvoir de provoquer tel mode ou modificalion d'une sensation ou d'une série de sensations musculaires et tactiles.

IV. Propriétés géométriques et mécaniques descorps. —L'étendue, la figure, la situation, la mobilité. — Ces notions jointes à celle de résistance sont l'essentiel de la notion de corps. — Elles sont des composés dont les éléments sont les notions de distance. — Analyse de Bain. — Une sensation musculaire plus ou moins intense nous donne la notion de résistance. — Une série plus ou moins longue de sensations musculaires nous donne la notion de distance plus ou moins grande. — Notion de la distance dans une direction, ou notion de l'étendue linéaire. — Notion de la distance on plus d'une direction ou notion de l'étendue de surface et de volume. — Notion de la position. — Notion de la forme. — Une série totale de sensations musculaires peut être épuisée en plus ou moins de temps.

— Notion de la vitesse. — Double mesure sensible de l'amplitude du même mouvement effectué par le même membre.

— Notion finale du trajet effectué ou de l'espace parcouru. — Théorie de Stuart Mill. — A quoi se ramène la notion d'espace vide parcouru et d'étendue solide continue. — Toutes les propriétés du corps se ramènent au pouvoir de provoquer des sensations.

V. Analyse du mot pouvoir. — Il signifie que telles sensations sont possibles à telles conditions et nécessaires à telles conditions. — Toute propriété d'un corps se réduit à la possibilité de telle sensation dans telles conditions et à la nécessité de la même sensation dans les mêmes conditions plus une condition complémentaire. — Confirmation de ce paradoxe. — Ces po^ibilités et nécessités durent et sont indépendantes. — A ce double titre elles ont tous les caractères de la substance. — Par degrés elles s'opposent aux sensations passagères et dépendantes, et semblent des données d'une espèce distincte et d'une importance supérieure. — Développement de cetle théorie par Stuart Mill.

VI. Addition à la théorie. — Les corps sont non-seulement des possibilités permanentes de sensation, mais encore des nécessités permanentes de sensation. — A ce titre ils sont des forces. — Ce qu'est un corps par rapport à nous. — Ce qu'est un corps par rapport à un autre corps. — Ce qu'est un corps par rapport à lui-même. — Trois groupes de propriétés ou pouvoirs dans un corps. — Ces pouvoirs ne sont jamais définis que par rapport à des événemen's du sujet sentant, du corps lui-même ou d'un autre corps, — Parmi ces pouvoirs il

cil. T. IDÉES Qin COMPOSENT L'IDÉE DE CORPS. 5

yen a auxquels se réduisenl les autres. — Parmi ces événements. il y en a un, le mouvement, que Ton peut substituer aux autres, — Idée scientifique du corps comme d'un mobile moteur. — Idée scientifique du solide, du vide, de la ligne, de la surface, du volume, de la force, définis par rapport au mouvement. — Les cléments de toutes ces idées ne sont jamais que des sensations et des extraits plus ou moins élaborés de sensation.

VII. Correction apportée à la théorie. — Les corps ne sont pas seulement des possibilités et des nécessités permanentes de sensations. — Procédé par lequel nous leur attribuons le mouvement. — Analogies et dilTérences de ce procédé et du procédé par lequel nous attribuons aux corps animés des sensations, images, idées et volitions semblables aux nôtres.

VIII. Résumé. — Matériaux dont l'assemblage fait la notion ou conception d'un corps. — Portion animale de cette conception.

— Portion humaine de cette conception. — Emploi des noms.

— Intervention de l'illusion métaphysique. — Premiers éléments du simulacre hallucinatoire.

I. Commençons par la connaissance des corps. Qu'y a-t il en nous, lorsque par nos sensations nous prenons connaissance d'un corps extérieur, lorsque, par exemple, éprouvant à la main des sensations tactiles et musculaires de froid, de résistance considérable, de contact uniforme et doux, je juge qu'il y a du marbre sous ma main; lorsque, promenant mes yeux d'une certaine façon et ayant par la rétine une sensation de brunrougeâtre, je juge qu'à trois pas de mes yeux est une table ronde d'acajou? Un fantôme ou simulacre hallucinatoire. — Le lecteur en a déjà vu la preuve principale *. Mais le paradoxe est si grand,

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