Deuxième partie, livre I, ch. i, p
qu'il convient Je la présenter de nouveau, et d'y adjoindre les preuves complémentaires.
Pour établir que la perception extérieure, même véridique, est une hallucination, il suffit de remarquer que son premier temps est une sensation. — En efï'et, par sa seule présence, une sensation, notamment une sensation tactile ou visuelle, engendre un fantôme intérieur qui paraît objet extérieur. Les rêves, l'hypnotisme, les hallucinations proprement dites, toutes les sensations subjectives sont là pour en témoigner. Peu importe que la sensation soit purement cérébrale et naisse spontanément, sans l'excitation préalable du bout extérieur du nerf, en l'absence des objets qui d'ordinaire provoquent cette excitation. Dès que la sensation est présente, le reste suit; le prologue entraîne le drame. Le patient croit sentir dans sa bouche la chair fondante d'une orange absente, ou sur ses épaules la pression d'une main froide qui n'est pas là, voir, dans la rue vide, un défilé de personnages, entendre, dans sa chambre muette, des sons bien articulés. — Donc, lorsque la sensation naît après ses précédents ordinaires, c'est-à-dire après l'excitation de sou nerf et par l'effet d'un objet extérieur, elle engendre le même fantôme intérieur, et forcément ce fantôme paraît objet extérieur. Par conséquent, s'il y a effectivement des person-
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nages debout dans la rue, la sensation que j'éprouverai en les regardant suscitera en moi, comme tout à l'heure, des fantômes de personnages debout dans la rue, et forcément, comme tout à l'heure, ces fantômes purement intérieurs me paraîtront objets extérieurs, c'est-à-dire personnages réels et vrais. D'où l'on voit que les objets que nous touchons, voyons, ou percevons par un sens quelconque, ne sont que des simulacres ou fantômes exactement semblables à ceux qui naissent dans l'esprit d'un hypnotisé, d'un rêveur, d'un halluciné, d'un homme affligé de sensations subjectives. La sensation étant donnée, le fantôme se produit; donc il se produit, que la sensation soit normale ou anormale; donc il se produit dans la perception où rien ne le distingue de l'objet réel, comme dans la maladie où tout le distingue de l'objet réel.
Si son existence est établie par ses précédents, elle est confirmée par ses suites. En effet, la perception extérieure laisse après elle un simulacre ; quand nous avons vu quelque objet intéressant, entendu un bel air, palpé un corps d'un grain singulier, non-seulement l'image de notre sensation survit à notre sensation, mais encore elle est accompagnée par une conception, représentation, fantôme plus ou moins énergique et net de l'objet senti. Supposez cette représentation très-intense,
011 est près d'une hallucination; elle devient hallucination complète, si le sommeil approche; en effet c'est là son terme naturel; on a vu que si elle avorte, c'est grâce à une répression ou rectification qui survient et manquait au premier instant. Donc, au premier instant, c'est-à-dire pendant la perception extérieure, elle n'avortait pas; donc il y avait alors une hallucination complète dont la conception conservée, la représentation surnageante, le fantôme posthume est le reliquat. En cet état et à ce second moment, nous démêlons le fantôme que dans le premier moment nous avions confondu avec l'objet réel.
Il y a d'autres cas encore où, directement, nous pouvons l'en séparer; ce sont toutes les erreurs de la perception extérieure, surtout celles du toucher et de la vue. Je ne parle pas seulement de celles qui proviennent des sensations purement subjectives; il est trop clair qu'ici l'objet apparent se distingue de l'objet réel, puisque l'objet réel n'est pas. Je parle de celles qui proviennent de sensations mal interprétées; en ce cas il y a un objet réel, mais il diffère de l'objet apparent. Par exemple, lorsque, les yeux fermés, nous touchons une boule avec l'index et l'annulaire croisés, nous croyons toucher deux boules; voilà une des erreurs du toucher. Celles de la vue sont innombrables: nous en commet-
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tons tous les jours dans la vie courante, et on en fabrique à volonté dans les spectacles optiques; au moyen du stéréoscope, nous donnons à deux surfaces planes l'apparence d'un seul corps doué de profondeur; et cent autres illusions analogues. Prenez la plus simple de toutes, celle que provoque une figure reflétée dans une glace ; si la glace est bien pure et occupe toute une paroi de la chambre, si le jour est bien ménagé et si vous n'êtes pas prévenu, vous croirez voir la figure devant vos yeux à un endroit où il n'y a que les moellons du mur. Or, dans ce cas et dans tous les autres semblables, ce que nous prenons pour l'objet réel diffère de l'objet réel; la chose affirmée n'est qu'une chose apparente, rien ne lui correspond à l'endroit et avec les caractères affirmés; en d'autres termes, elle n'est qu'un simple simulacre interne, éphémère, qui fait partie de nous, et qui cependant nous parait une chose externe, autre que nous, permanente. Mais lorsque la perception était exempte d'erreur, notre opération était exactement la même; partant, quand notre perception était exempte d'erreur, nous produisions et nous projetions de même à l'endroit indiqué un objet apparent, un simulacre interne et passager qui faisait partie de nous, et qui pourtant semblait un corps extérieur à nous, indépendant et stable. La seule différence,
c'est que tout à l'heure un corps indépendant, extérieur et stable correspondait effectivement et rigoureusement à notre simulacre , et que maintenant cette correspondance efFective et rigoureuse n'a plus lieu. Partant, dans le premier cas, nous ne pouvions distinguer le simulacre et le corps, et maintenant nous le pouvons.
Ainsi, trois indices nous révèlent que le simulacre est présent, même dans la perception extérieure véridique. — En premier lieu, sa condition provocatrice et suffisante, la sensation, s'y rencontre ; donc il faut qu'il y soit. — En second lieu, on le trouve survivant un instant après, et réprimé par une rectification ajoutée; donc il était là un instant auparavant, et il était non réprimé, c'est-à-dire pleinement hallucinatoire. — En troisième lieu, nous le distinguons dans beaucoup de cas, et pour cela il suffit que les caractères de l'objet réel ne coïncident pas tous et parfaitement avec les siens; partant, nous sommes forcés d'admettre qu'il existe^ lors même que la coïncidence parfaite de tous ses caractères et de tous les caractères de l'objet réel empêche l'expérience ultérieure de constater entre lui et l'objet réel aucune différence. — Quel est cet objet réel? Y en a-t-il un? Et, si nous en reconnaissons un, sur quoi pouvons-nous nous fonder pour le reconnaître? A toutes ces questions nous cher-
clieronstoul a l'heure une réponse. — En attendant, posons seulement que, lorsque nous percevons un objet par les sens, lorsque nous voyons un arbre à dix pas^ lorsque nous prenons une boule dans la main, notre perception consiste dans la naissance d'un fantôme interne d'arbre ou de boule, qui nous parait une chose extérieure, indépendante, durable, et située, l'une à dix pas, l'autre dans notre main.
IL En quoi consiste ce fantôme interne? — Entre autres éléments, il est manifeste qu'il renferme une conception affirmative. Quand je vois l'arbre ou que je touche la boule, ma sensation me suggère un jugement, c'est-à-dire une conception et une affirmation. Je conçois et j'affirme qu'à dix pas de moi il y a un être doué de telles propriétés, que dans ma main il y en a un autre, et l'halluciné qui a la sensation d'un arbre absent ou d'une boule absente prononce de même. Voilà un élément essentiel du simulacre interne ; point de perception extérieure ni d'hallucination qui ne contienne une conception affirmative, la conception affirmative d'un être, chose ou substance douée de propriétés. Analysons cette conception et tâchons de noter une à une les conceptions distinctes et liées dont elle est le total.
Soit cette table d'acajou vers laquelle je tourne
les yeux; quand je la perçois, j'ai, à propos de la sensation de ma rétine, une conception affirmative, qui est celle d'un quelque chose étendu, résistant, dur, lisse, faiblement sonore, d'un brun-rougeatre, de telle grandeur et de telle fi"iire, bref d'un être ou substance, doué des qualités ou propriétés susdites. Que le lecteur y réfléchisse un instant : ici, comme dans toute proposition, la substance équivaut à la série indéfinie de ses propriétés connues ou inconnues. Otez toutes les propriétés, sans en excepter une seule, l'étendue, la résistance, la gravité, la dureté, le poli, la sonorité, la figure, et enfin la plus générale de toute, l'existence elle-même; il est clair qu'il ne restera plus rien de la substance ; elle est l'ensemble dont les propriétés sont les détails; elle est le tout dont les propriétés sont les extraits; ôtez tous les détails, il ne restera plus rien de l'ensemble ; ôtez tous les extraits, il ne restera plus rien du tout. Règle générale, dans toute proposition les attributs font l'analyse du sujet ci le sujet est la somme des attributs. — Par conséquent, ma conception de la substance n'est qu'un résumé; elle équivaut à la somme des conceptions composantes, comme un nombre à la somme des unités composantes , comme un signe abréviatif aux choses qu'il abrège et signifie. Partant, ce que j'applique et at-
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tribiie à la substance s'applique et s'attribue à sou équivalent. Donc, quand je dis qu'elle est un être, une substance ou, en d'autres termes, qu'elle est et qu'elle subsiste, cela signifie que ses propriétés sont et subsistent. Donc, concevoir et affirmer une substance, c'est concevoir et affirmer un groupe de propriétés comme permanentes et stables; je dis un groupe : car les propriétés qui constituent un corps ne sont pas une collection arbitraire, un amas fabriqué par ma volonté, comme une somme d'unités que j'assemble à ma fantaisie et que je désigne par un chiffre; nonseulement elles sont une somme, mais encore elles sont un faisceau. L'une entraine les autres : la forme carrée, la couleur rougeâtre, la faible sonorité, le poli, la dureté s'accompagnent dans ma table; l'odeur parfumée^ la couleur rose, la forme demi-globulaire, la mollesse s'accompagnent dans cette rose. En effet, à quelque moment que je les constate, elles sont toutes ensemble, et il me suffit d'en constater une par un de mes sens, l'odeur par l'odorat, la couleur par la vue, pour avoir le droit d'affirmer la présence simultanée des autres que je n'ai point constatées. C'est ce faisceau qui est le corps.
ÏII. Suivons- en tour à tour les différents fils. En quoi consistent ces propriétés du corps? —
Pour la plupart d'entre elles, la réponse est aisée. Elles sont relatives, relatives à mes sensations , et aux sensations de tout autre être analogue à moi : elles ne sont rien de plus qu'un pouvoir, le pouvoir qu'a le corps de provoquer telle ou telle sensation. — La rose a une certaine odeur, autre que celle du lis et que celle de la violette ; cela signifie qu'elle peut provoquer en moi, et en tout autre être construit comme moi, une certaine sensation agréable, distincte des autres sensations d'odeur, et que nous appelons l'odeur de rose. — Le sucre a une certaine saveur; cela signifie pareillement qu'il peut provoquer en moi. et en tout autre être semblable à moi, telle sensation spéciale de saveur que nous appelons la saveur sucrée. — Il en est de même évidemment pour les couleurs et pour les sons. Telle corde vibrante donne un son de telle hauteur, de tel timbre, de telle intensité. Tel corps éclairé donne une couleur de telle nuance et de telle force. Cela signifie que la corde vibrante peut provoquer telle sensation particulière de son, que le corps éclairé peut provoquer telle sensation déterminée de couleur. — Sans doute, aujourd'hui nous en savons davantage ; l'optique et l'acoustique nous ont appris qu'à tel son correspond tel nombre de vibrations aériennes, qu'à telle couleur correspond tel nombre de vibrations éthé-
rées. Mais ce n'est point là le jugement primitif ni ordinaire; il faut être devenu savant pour le porter; l'explication est ultérieure et surajoutée. — D'ailleurs, la difficulté n'est que déplacée : munis de la théorie, nous disons que les molécules de l'air ou de l'éther ont le pouvoir, lorsqu'elles oscillent, de provoquer en nous les sensations de son ou de couleur. Ce pouvoir que le jugement spontané accordait au corps éclairé et à la corde vibrante, est reporté maintenant snr les molécules interposées de l'air et de l'éther; ainsi la couleur et le son restent toujours des propriétés relatives; qu'on les attribue à la corde vibrante et au corps éclairé, ou aux particules aériennes et éthérées, elles ne sont rien de plus que le pouvoir de provoquer en nous telles ou telles sensations. .Si enfin, des quatre sens spéciaux nous passons au dernier et au plus général de tous, c'està-dire au toucher, nos conclusions sont pareilles. — Tout d'abord il est clair que la chaleur et le froid ne sont que le pouvoir de provoquer les sensations de ce nom. — Il en est de même pour la solidité ou résistance ; elle n'est que le pouvoir de provoquer la sensation musculaire de résistance, a Quand nous contractons les muscles de « notre bras', soit par un exercice de notre vo-
1 . Stuart Alill , Examination of sir William Hamilton's philosophy^ 219,
« lonté, soit par une décharge involontaire de « notre activité nerveuse spontanée, la contrac- « tion est accompagnée par une sorte de sensa- « tion qui est dilfércntc, selon que la locomo- « tion qui suit la contraction musculaire continue a librement ou rencontre un empêchement. — « Dans le premier cas, la sensation est celle de « mouvement à travers l'espace vide. Supposons « qu'après avoir répété plusieurs fois cette expé- « rience, nous ayons tout d'un coup une expé- « rience différente; la série des sensations qui « accompagnent le mouvement reçoit, sans in- « tention ni attente de notre part, une terminai- « son abrupte. Cette interruption ne suggérerait « pas par elle-même la croyance à un obstacle « extérieur. L'empêchement pourrait être dans (c nos organes; il pourrait avoir pour cause Ja « paralysie ou la simple incapacité qui provient « de la fatigue. Mais dans chacun de ces deux ce cas, les muscles n'auraient point été contraccc tés, et nous n'aurions pas eu la sensation qui c< accompagne leur contraction. Nous aurions pu « avoir la volonté de déployer notre force musc< culaire, mais ce déploiement n'aurait pas eu ce lieu. — S'il a lieu et s'il est accompagné par la ce sensation musculaire habituelle, mais sans que ce la sensation attendue de locomotion se pro- (c duise, nous avons ce que nous appelons la
« sensation de résistance, ou en d'autres mots, ce de mouvement musculaire empêché. » — Plus tard, quand nous aurons acquis l'idée de nos membres, nous traduirons telle série non interrompue de sensations musculaires par l'idée du mouvement non empêché de notre bras, et nous traduirons la même série interrompue de sensations musculaires par l'idée du mouvement empêché de notre bras. En effet, l'un peut remplacer l'autre : une fois que nos sens sont instruits, nous découvrons que telle série de sensations musculaires constatée par la conscience équivaut à tel mouvement de notre main constaté par les yeux ou par le toucher; nous substituons le second fait au premier, comme plus commode à imaginer et plus répandu dans la nature, et, dorénavant, nous définissons la résistance comme le pouvoir d'arrêter le mouvement de notre bras et en général d'un corps quelconque. — Mais ceci est une conception ultérieure. Primitivement, la résistance n'est pour nous que le pouvoir d'arrêter une série commencée de sensations musculaires, et les autres qualités tactiles se réduisent, comme la résistance, au pouvoir de provoquer telle sensation musculaire ou tactile plus ou moins simple ou composée, tel mode ou modification d'une sensation ou d'une série de sensations musculaires et tactiles. — Un corps est
lisse ou rude; cela signifie qu'il peut provoquer une sensation de contact uniforme et douce, ou une sensation de contact irrégulière et forte. Pesant, léger, piquant, uni, dur, mou, collant, humide', tous ces termes ne désignent que le pouvoir de provoquer des sensations plus ou moins complexes, intenses et variées, de contact, de pression, de température, de contraction musculaire et de douleur.
IV. Il reste un groupe de propriétés qui au premier regard semblent personnelles au corps, intrinsèques, et non pas seulement relatives à des sensations; telles sont l'étendue, la figure, la mobilité, la situation, toutes propriétés géométriques. Et de fait, c'est par elles que nous expliquons les divers pouvoirs qu'on vient de décrire : nous concevons et nous supposons de petites étendues figurées que nous nommons molécules; nous admettons qu'elles se meuvent dans tel sens et avec telles vitesses ; que, deux molécules étant données, elles vont se rapprochant ou s'écartant l'une de l'autre plus ou moins vite selon leur distance réciproque; qu'une somme de molécules, dont les mouvements sont mutuellement annulés ou compensés, fait un corps stable, dont
1. Expériences de Landry, de Gratiolet, de Fick et de Bain. Voyez première Partie, livre III, ch. ii, p. 260.
Téquilibre s'altère à l'approche d'un autre corps pareillement constitué. Telle est notre idée des corps, idée toute réduite et abstraite; voilà pour nous l'essentiel et l'indispensable du corps; en quoi consistent ces propriétés?
Remarquons d'abord qu'elles se ramènent à une propriété principale, X étendue^ et à l'un des pouvoirs énumérés plus haut, la résistance. — Un corps est une étendue solide ou résistante; cela signifie que cette étendue, par toutes ses parties continues et successivement explorées, peut provoquer la sensation de résistance ; si ce n'est pas en nous, c'est en un être dont les sensations seraient plus fines que les nôtres. Par là, l'étendue solide so; distingue de l'étendue vide, c'est-à-dire du lieu qu'elle occupe. Par là encore nous définissons sa mobilité qui n'est que le pouvoir de changer de lieu. Par là enfin nous définissons ses limites. Elle a une surface, c'est-à-dire une limite ; la surface est la limite de l'étendue solide, comme la ligne est la limite de la surface, comme le point est la limite de la ligne. Or, limite signifie cessation ; la surface, la ligne, le point et les figures qui en dérivent, ne sont donc que des points de vue de la solidité, des manières diverses de considérer sa cessation et son manque, c'est-à-dire le manque et la cessation de la sensation de résistance. — Reste l'étendue elle-même.
On peut la considérer à trois points de vue, selon les trois dimensions, en longueur, largeur et hauteur. Soit un cube ; son étendue en longueur, largeur et hauteur, c'est la distance qui sépare un point pris à l'un de ses angles de trois points pris à trois autres de ses angles. La distance en trois sens ou directions, voilà le fond de notre idée de l'étendue. Ici nous n'avons guère qu'à reproduire l'admirable analyse des derniers philosophes anglais'.
Quand je contracte un de mes muscles, j'ai^ une de ces sensations qu'on nomme musculaires, et je puis la considérer à deux points de vue. — En premier lieu, la sensation que j'ai est plus ou moins forte -, elle est extrême, si l'effort va jusqu'au déboîtement du muscle; sa limite est la douleur qu'on appelle crampe; son caractère est l'intensité plus ou moins grande, et à ce titre je puis comparer ma sensation à d'autres sensations du même muscle plus ou moins intenses. Ce point de vue me permet d'évaluer la résistance que m'opposent les autres corps; il ne m'enseigne rien encore sur leur étendue, leur distance et leur position. — Mais il y a un second point de vue, et c'est à celui-ci que nous devons
1. Bain, Sensés andlnlellect^ 99 et 199. Herbert Spencer, Principles of Psychobgy, 304. Stuart Mill, Examination of sir William HamillorCs philosophy, 222.
notre idée de l'étendue. Car, non-seulement la sensation musculaire a une intensité plus ou moins grande, mais elle a encore une durée plus ou moins longue. « Quand un muscle commence « à se contracter, dit M. Bain, ou quand un « membre commence à fléchir, nous sentons dis- « tinctement si la contraction .et la flexion sont « achevées ou non, et à quel point de leur cours « elles s'arrêtent; il y a une certaine sensation « qui correspond à la demi-contraction, une au- « tre qui correspond à la contraction prolongée «jusqu'aux trois quarts, une autre encore qui « correspond à la contraction complète. » Ainsi nous distinguons, non-seulement un surplus d'intensité, mais encore un surplus de durée ajouté à la sensation, ce Supposons un poids élevé d'abord « de quatre pouces, puis de huit pouces par la a flexion du bras. » Il est clair que nous distinguerons la deuxième sensation de la première, d'abord évidemment parce que, toutes choses restant égales, la deuxième dure deux fois plus longtemps que la première, et ensuite, probablement, parce que, dans le second temps de l'eff'ort, d'autres muscles, entrant en jeu, provoquent de nouvelles sensations musculaires qui s'ajoutent à la continuation des anciennes, non-seulement pour prolonger, mais aussi pour diversifier l'opération. Par ces deux sensations distinctes, nous dis-
tingiions rami)litude plus ou moins grande de nos deux mouvements; et l'on voit comment nous pouvons d'une manière générale distinguer l'amplitude d'un de nos mouvements comparé à un autre. — C'est par ce discernement musculaire que nous arrivons à connaître l'étendue et l'espace. Car, « d'abord il nous fournit le sentiment « de V étendue linéaire en tant que cette étendue « est mesurée par le mouvement d'un membre ou (c d'un autre organe mû par des muscles. La difFéff rence entre six pouces et dix-huit pouces est exce primée pour nous par les différents degrés de « contraction de tel ou tel groupe de nos mus- « clés, de ceux par exemple qui fléchissent le « bras, ou de ceux qui, dans la marche, fléchis- « sent ou étendent le membre inférieur. Le fait c( intérieur qui correspond à la distance extéc< rieure de six pouces est une impression engonce drée par le raccourcissement progressif du ce muscle, c'est-à-dire une vraie sensation muscc culaire; c'est l'impression produite par un efc< fort musculaire d'une certaine durée \ une plus ce grande distance appellerait un effort d'une duce rée plus longue.... » — ce Or, quand on a le ce moyen de distinguer la longueur ou distance (c en une direction, on a le moyen de distinguer ce Vétendue en une direction quelconque, qu'il ce s'agisse de longueur, de largeur ou de hau-
« teiir, la perception ayant exactement le même « caractère. Partant, les trois dimensions, c'est- « à-dire le volume ou la grandeur totale d'un « objet solide sont perçus de la même ma- « nière.... On voit sans difficulté qu'il en est de « même pour ce qu'on appelle situation ou em- « placement, puisque la situation est déterminée « par la distance jointe à la direction, la direc- « tion étant elle-même déterminée par la dis- « tance aussi bien dans l'observation commune « que dans les sciences mathématiques. — Part reillement, la forme est désignée et reconnue « grâce aux mêmes sensations d'étendue ou de « parcours '. — Ainsi grâce aux sensations musc( culaires considérées au point de vue de leur « prolongation plus ou moins grande, nous pou- « vous comparer les différents modes de l'éten- « due, en d'autres termes des différences de « longueur, de surface, de situation et de forme. « Quand nous comparons deux longueurs diffé- « rentes, nous pouvons sentir laquelle est la plus « grande, exactement comme lorsque nous com- (( parons deux poids ou résistances différentes. « Dans le premier cas comme dans le second,
1 . On voit que l'idée de forme se ramène à l'idée de position, qui se ramène à l'idée de distance. La géométrie analytique est fondée tout entière sur cette remarque; elle traduit la forme par le rapport de deux ou trois coordonnées qui sont des distances.
« nous pouvons acquérir quelque type absolu de « comparaison, lorsque des impressions suffisamc< ment répétées sont devenues permanentes. Par c< exemple, nous pouvons imprimer dans notre c< mémoire la sensation de contraction qu'é- « prouve le membre inférieur pour un pas de c( trente pouces, et dire que tel autre pas donné « est moindre ou plus grand que cette quantité. c( Selon la délicatesse du tissu musculaire, nous « pouvons, après une pratique plus ou moins « longue, acquérir des impressions distinctes « pour chaque type de dimension, et alors déci- « der tout d'un coup si une longueur donnée a c( quatre pouces ou quatre pouces et demi, neuf « ou dix pouces, vingt ou vingt et un. Quand « nous sommes ainsi devenus sensibles à la di- « mension, nous n'avons plus besoin d'employer « les mesures de longueur, et c'est là un talent « acquis qui facilite beaucoup d'opérations mé- « caniques ; par exemple, pour dessiner, pein- « dre, graver, et dans les arts plastiques, il faut a absolument avoir acquis ce discernement des « plus délicates différences. »
Reste un troisième point de vue ; car il y a, non-seulement divers degrés d'intensité et de durée, mais divers degrés de vélocité dans nos , mouvements musculaires, et la même contraction des mêmes muscles éveille en nous deux sen-
satioiis musculaires différentes, selon qu'elle est rapide ou lente. Nous apprenons par l'expérience que, dans beaucoup de cas, ces deux sensations distinctes sont les signes du même mouvement; en cela elles s'équivalent. « Un mouvement lent pendant un temps long est la même chose qu'un mouvement plus rapide pendant un temps moins long; nous nous en convainquons aisément en remarquant qu'ils produisent tous les deux le même effets puisqu'ils épuisent tous les deux toute l'amplitude de parcours dont le membre est capable. En effet, si nous expérimentons les différentes manières de donner au bras tout son déploiement, nous trouverons que les mouvements lents longuement prolon- ( gés équivalent aux mouvements rapides de ( durée courte, et nous sommes ainsi en état ( d'acquérir par les deux moyens une mesure de ( l'amplitude de notre mouvement, c'est-à-dire ( une mesure de l'étendue linéaire.» — «Soient, ( dit encore Stuart Mill', deux petits corps, A et < B, assez voisins l'un de l'autre pour être tou- ( chés simultanément, l'un avec la main droite, ( l'autre avec la main gauche. Voilà deux sen- ( sations tactiles qui soût simultanées, juste ( comme une sensation de couleur et une sen-
l. Ibid., 228.
H sation d'odeur peuvent l'être. » Ces deux sensations de résistance étant simultanées nous font connaître deux solides, comme existant ensemble. « La question est maintenant de savoir ce (( que nous avons dans l'esprit, quand nous nous (( représentons, sous la forme de l'étendue ou de « l'espace interposé, la relation qui existe entre « les deux objets déjà connus comme simulta- « nés, relation que nous ne supposons pas exis- « ter entre l'odeur et la couleur. Notre réponse « est que, quelle que puisse être la notion de « l'étendue, nous l'acquérons en passant notre (( main, ou quelque autre organe tactile, dans « une direction longitudinale de A à B, et que « cette opération, en tant que nous en avons cons- « çience, consiste en une série de sensations « muscidaires variées.... Quand nous disons qu'il « y a un espace entre A et B, nous voulons dire « qu'une certaine série de ces sensations muscu- « laires doit intervenir entre notre perception « de A et notre perception de B. Quand nous «( disons que l'espace est plus grand ou plus « petit, nous voulons dire qu'étant donnée une « quantité égale d'effort musculaire, la série des « sensations doit être plus longue ou plus courte. c< Si un autre objet C est sur la même ligne, « nous jugeons que sa distance est plus grande, « parce que, pour l'atteindre, nous devons pro-
« longer la série des sensations musculaires ou « ajouter ce surplus d'effort qui correspond à la c( vélocité accrue. C'est là, de l'aveu de tous, le « procédé par lequel nous connaissons l'étendue, a et c'est là à nos yeux Vétcndue elle-même. « Pour nous, l'idée de l'étendue est celle d'une « variété de points qui existent simultanément, « mais que le même organe tactile ne peut perce cevoir que successivement à la fin d'une série « de sensations musculaires qui constitue leur a distance, ces divers points étant dits situés à « diverses distances les uns des autres, parce que « la série des sensations musculaires interposées « est plus longue en certains cas que dans d'au- « très.... Une série de sensations musculaires, « interposée entre la première et la seconde c< sensation tactile, est la seule particularité qui « distingue la simultanéité dans l'espace de la « simultanéité qui peut exister entre une saveur « et une couleur, entre une saveur et une odeur, « et nous n'avons aucune raison de croire que « l'étendue en elle-même soit autre chose que (( cela. »
Ainsi, pour nous, le temps est le père de l'espace, et nous ne concevons la grandeur simultanée que par la grandeur successive. Quand notre bras se meut, il parcourt une étendue : mais nous n'évaluons la grandeur de ce parcours
que par les deux facteurs qui la mesurent, d'un côté par la quantité de notre effort musculaire, de l'autre côté par la durée de nos sensations musculaires successives. Dans un parcours il y a trois termes, la grandeur de la force motrice, la longueur du temps employé, l'étendue de l'espace parcouru, et chacun d'eux est déterminé par les deux autres. Or nous trouvons en nous-mêmes les deux premiers, et ensemble ils équivalent au troisième, puisque le troisième est tout entier déterminé par eux. C'est donc par eux que l'étendue parcourue se traduit en nous, et elle n'est autre chose pour nous que le pouvoir de les provoquer. Ainsi l'étendue plus ou moins grande n'est que le pouvoir de provoquer en nous, à égalité d'effort musculaire, une série plus ou moins longue de sensations musculaires successives. Joignez-y la solidité, c'est-à-dire le pouvoir de provoquer la sensation de résistance, et vous aurez le corps. — En effet ses trois dimensions sont les trois points de vue distincts auxquels se ramènent toutes les sensations qui mesurent son étendue. Sa continuité est le pouvoir de provoquer, pendant toute la durée de ces sensations, la sensation de résistance. Sa limite est le moment où cesse la sensation de résistance. Sa figure est l'ensemble de ses limites. Nous le concevons comme composé de parties, parce que
la sensation dont la durée le mesure est ellemême composée de parties. Pareillement il est divisible à l'infini, parce que cette durée est elle-même divisible à l'infini. Quoique les éléments de notre sensation soient successifs, les éléments du corps nous apparaissent comme simultanés; en effet, ils sont, comme le corps luimême, des pouvoirs permanents, dont la permanence, comme celle du corps lui-même, nous est attestée par le retour régulier des sensations qu'ils provoquent; étant permanents, ils sont contemporains ; quoique nous les percevions tour à tour, ils existent ensemble, et la succession qui disjoint leurs effets ne s'applique pas à leur être. Je passe ma main, en appuyant, le long de ce bord de table, à plusieurs reprises, de gauche à droite, puis de droite à gauche, toujours avec la même vitesse, c'est-à-dire avec le même degré d'effort locomoteur. Or, dans toutes ces expériences, la sensation que me donne mon bras contracté est la même en durée, et elle a pour compagne, à chacun de ses moments, la sensation uniforme de résistance. Que je commence par la droite ou par la gauche, il n'importe ; la double sensation musculaire reste la même dans les deux cas. Elle forme donc un groupe tranché parmi mes souvenirs et mes prévisions ; elle se distingue des autres par le degré
précis d'intensité de la première sensation musculaire composante, par le degré précis de durée de la seconde sensation musculaire composante, et en outre par la nuance particulière de la sensation de tact adjointe ; le pouvoir de provoquer ce groupe est ce que nous nommons la résistance et l'étendue de la table. — D'où Ion voit que toutes les propriétés sensibles des corps, y compris l'étendue, par suite la forme, la situation et le reste des qualités tangibles, ne sont, en dernière analyse, que le pouvoir de provoquer des sensations.
V. Ceci nous conduit à une nouvelle vue de la nature des corps ; un corps est un faisceau de ces pouvoirs qu'on vient de décrire. Mais qu'est-ce qu'un de ces pouvoirs ? — Cette rose peut provoquer telle sensation d'odeur; cela signifie que, -si on est à portée, cette sensation d'odeur s'éveillera. Cette table peut provoquer telle forte sensation de résistance; cela signifie que, si elle est pressée par la main, une forte sensation de résistance s'éveillera. Un pouvoir n'est donc rien d'intrinsèque et de personnel à l'objet auquel on l'attribue. Nous entendons simplement par ce mot que tels effets sont possibles, futurs, prochains, nécessaires à telles conditions. Nous entendons simplement, dans le cas présent, que
cil. I. IDÉES QUI COMPOSENT L'IDÉE DE CORPS. 31
telles sensations sont possibles, futures, prochaines, nécessaires à telles conditions. Par conséquent, un faisceau de pouvoirs n'est rien; par conséquent, un corps, c'est-à-dire un faisceau de pouvoirs, n'est rien davantage. Au fond de la conception affirmative, par laquelle, après avoir passé et appuyé ma main sur cette table, je conçois et j'affirme un corps indépendant et permanent, il n'y a rien que la conception affirmative de sensations musculaires et tactiles analogues, ces sensations étant conçues et affirmées comme possibles pour tout être semblable à moi qui serait à portée, comme futures, prochaines, certaines et nécessaires pour tout être semblable à moi qui passerait et appuyerait de la même façon la main ou tout autre organe. Tout ce que je conçois et affirme, c'est leur possibilité sous certaines conditions, et leur nécessité sous des conditions plus complètes. Elles sont possibles quand toutes leur.s conditions, moins une, sont données. Elles deviennent nécessaires quand toutes les conditions, plus la condition manquante, sont données; et ici la possibilité devient nécessité par l'addition de la condition dernière. Voilà ce qui pour nous constitue l'objet. Quand, les yeux fermés, j'éprouve une sensation d'odeur de rose, et que, là-dessus, je conçois et j'affirme la pré sence d'une rose, je conçois et j'affirme seule-
ment la possibilité pour moi, et pour tout être semblable à moi, d'une certaine sensation musculaire et tactile de résistance molle, d'une certaine sensation visuelle de forme colorée, possibilité qui deviendrait nécessité, si, à l'existence et à la présence de l'individu sensible indiqué, s'ajoutait une condition finale, tel mouvement de sa main exploratrice, telle direction de ses yeux ouverts. — Des possihililcs et des nécessites de sensations, à cela se réduisent les pouvoirs, partant les propriétés, partant la substance même des corps.
Cette conclusion semble paradoxale. Comment admettre que des corps, c'est-à-dire des substances indépendantes de nous, permanentes et que nous concevons comme les causes de nos sensations, ne soient, au fond et en soi, que des possibilités et des nécessités de sensation? — Pour lever cette difficulté, considérons l'un après l'autre les principaux caractères de ces possibilités et de ces nécessités, et nous verrons qu'elles ont tous ceux de la substance. — Elles sont permanentes; en effet, la proposition par laquelle j'affirme la possibilité et la nécessité de telle sensation à telles conditions, est générale, et vaut pour tous les moments du temps. Quel que soit l'instant de la durée que je considère, cette possibilité et cette nécessité s'y rencontrent ; elles
durent donc, et sont stables. — D'autre part, elles sont indépendantes de moi et de tous les individus sensibles qui ont vécu, vivent et vivront. Car la proposition par laquelle j'affirme la possibilité et la nécessité de telles sensations à telles conditions est abstraite et vaut, non-seulement pour moi et tous les individus réels, mais pour tous les individus possibles. Quand même il n'y aurait en fait dans le monde aucun individu sensible, elles existeraient ; elles existent donc à part et par elles-mêmes. — A ces deux titres, elles s'opposent, d'abord aux sensations qui sont passagères et non point permanentes comme elles, ensuite aux individus sentants qui sont euxmêmes et non point elles. Ce sont là les caractères essentiels de la substance; partant, rien d'étonnant si nous nommons ces possibilités des substances, et si elles jouent le rôle prépondérant dans notre esprit.
Voyons de quelle façon elles prennent ce rôle ^ « Je vois un morceau de papier blanc ?ur « une table ; je vais dans une autre chambre, « et, quoique j'aie cessé de le voir, je suis per- « suadé que le papier est toujours là. Je n'ai plus « les sensations qu'il me donnait ; mais je crois
1. Stuart Mill, Examination o{ sir W. Hamilton's philosophy, 192.
a que, si je me place de nouveau dans les cir- (( constances où je les ai eues, c'est-à-dire si c( je rentre dans la chambre, je les verrai encore, « et, de plus, qu'il n'y a eu aucun moment in- « termédiaire daus lequel je n'eusse pu les avoir.» — Ceci est un spécimen de nos opérations ordinaires, et il est clair que, pour toute autre perception de la vue ou d'un autre sens, l'analyse serait la même. — Or, d'après cette analyse, on voit « que ma conception du monde à un instant « donné ne contient qu'une petite proportion « de sensations présentes. Je pourrais même en « cet instant n'en avoir aucune; en tout cas, « elles ne sont qu'une très-insignifiante partie « du tout que j'embrasse. La conception que «je me forme du monde à un moment de « son existence comprend, outre les sensations « que j'éprouve actuellement, une variété in- « nombrable de possibilités de sensations, cornet prenant d'abord toutes les sensations que l'ob- « servation antérieure m'atteste comme pouvant Cl en ce moment surgir en moi en des circons- « tances supposables quelconques, et, en outre, « une multitude indéfinie et illimitée d'autres « sensations que des circonstances à moi incon- « nues et hors de mes prévisions pourraient « éveiller en moi. Ces diverses possibilités de « sensations sont pour moi dans le monde la
« chose importante. Mes sensations présentes sont c( généralement de peu d'importance et, de plus, «fugitives; au contraire, les possibilités sont « permanentes, ce qui est le caractère par «lequel notre notion de la matière ou de la « substance se distingue principalement de notre « notion de la sensation. — Ces possibilités qui, « avec une condition de plus, deviennent des cer- «titudes*, ont besoin d'un nom spécial qui les « distingue des possibilités pures, vagues, dont « l'expérience n'a pas déterminé les conditions « et sur lesquelles nous ne pouvons compter. « Or, sitôt qu'un nom distinctif est appliqué , ce quand même ce serait à la même chose consi- « dérée sous un aspect différent, l'expérience la « plus familière de notre nature mentale nous « enseigne que ce nom différent est bientôt con- « sidéré comme le nom d'une chose différente. » « Ces possibilités de sensations, une fois cer- « tifiées et garanties, ont une autre particula- (c rite importante : c'est qu'elles sont la possi- « bilité, non de sensations isolées, mais de sencc salions jointes en un groupe. Quand nous nous « représentons une chose quelconque comme « une substance matérielle, en d'autres termes, « comme un corps, nous avons éprouvé, ou nous