‹ De l'intelligence (volume 5)Chapitre 12 sur 60 · Helmholtz, ib.; 418. Et Mueller, ib · texte numérisé non relu

Helmholtz, ib.; 418. Et Mueller, ib

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« de quelque temps une figure obscure et rami- " fiée dont les branches s'étendent dans le chanap « visuel entier et qui n'est autre chose que l'ex- « pansion des vaisseaux centraux de la rétine « ou celle des parties de la membrane qui sont « couverts par ces vaisseaux. » Parfois, après une compression de l'œil, cette figure arborisée parait lumineuse. « Des points lumineux mo- « biles apparaissent dans le champ de la vue, c( quand on regarde fixement une surface unice fermement éclairée, par exemple le ciel ou un {( champ de neige, notamment pendant une u marche active ou quelque autre mouvement « du corps. » En cas de pléthore ou de congestion, (c lorsqu'après s'être baissé, on se redresse « brusquement, on voit une foule de petits « corps noirs et pourvus de queues qui sautent et (( courent dans toutes sortes de directions. » — Divers narcotiques, et notamment la digitale, provoquent des flamboiements dans les yeux. — Pareillement, quand une maladie de l'œil enflamme ou irrite la rétine, on aperçoit des éclairs et des étincelles, et, dans les opérations chirurgicales qui entraînent la section du nerf optique le patient voit, au moment où l'instrument tranche le nerf, de grandes masses de lumière. — Mais la rétine et le nerf optique tout entier ne sont eux-mêmes que des conducteurs inter-

médiaires; ils servent à exciter les centres optiques de l'encéphale, voilà tout. Supposez ces centres excités et ces conducteurs inactifs ; la figure colorée naîtra et paraîtra intérieure. C'est le cas pour les hallucinations proprement dites de la vue, où un choc en retour propage les images des hémisphères jusqu'aux centres visuels de l'encéphale. C'est le cas dans ces apparitions qui suivent l'usage prolongé du microscope, lorsque les centres visuels de l'encéphale rentrent spontanément à plusieurs reprises dans l'état où l'action de la rétine les a mis trop souvent et trop longtemps. Dans tous ces cas, les choses se passent comme lorsqu'un ébranlement spontané du nerf acoustique nous fait entendre et placer à telle distance et dans telle direction un son que nulle vibration de l'air extérieur n'a produit.

Or évidemment la couleur comme le son est alors en nous et ne peut être qu'en nous; et cependant alors nous la projetons hors de nous, et nous la situons là où elle ne peut être. Nous avons beau savoir par le raisonnement que cet emplacement est illusoire; l'apparence est plus forte ; nous apercevons le cercle lumineux bleuâtre que suscite une pression exercée sur le coin interne de l'œil, comme situé un peu au-dessus du coin externe, non pas dans la

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rétine, niais en dehors des paupières. Ainsi étant donnée une sensation visuelle à laquelle ne correspond aucun objet extérieur, elle provoque le jeu d'un mécanisme interne qui la transporte hors de nous, et qui, selon qu'elle est telle ou telle, munie de tels ou tels accompagnements, la situe ici ou là, toujours à l'endroit où dans les circonstances ordinaires sa cause ou condition ordinaire a coutume d'être : la loi est générale et explique toutes les illusions d'optique. — Par conséquent, même dans les circonstances ordinaires, lorsque la cause ou condition ordinaire, c'est-à-dire l'objet, est présent et occupe l'endroit désigné, lorsqu'un fauteuil rouge ou un arbre vert est réellement à six pieds de moi, le mécanisme interne fonctionne comme dans le cas exceptionnel où j'ai dans la rétine une impression consécutive, comme dans le cas exceptionnel où j'ai dans les centres cérébraux une hallucination proprement dite. Par conséquent encore, la couleur rouge dont le fauteuil est revêtu, la couleur verte qui me semble incorporée à l'arbre n'est rien que ma sensation de rouge ou de vert, détachée de moi et reportée en apparence à six pieds en avant de mes yeux. Ainsi, toutes nos sensations sont situées à faux, et la couleur rouge n'est pas plus étendue sur ce fauteuil que la sensation de picotement n'est

placée au bout de mes doigts. Toutes sont situées dans les centres sensitifs de l'encéphale; toutes paraissent situées ailleurs, et une loi commune assigne à chacune d'elles sa situation apparente. Cette loi porte qu'une sensation nous paraît située à l'endroit où nous avons coutume de rencontrer sa cause ou condition ordinaire, et cet endroit est celui où le toucher explorateur peut, en agissant, interrompre ou modifier la sensation commencée. Toutes les singularités, toutes les erreurs, toutes les diversités du jugement localisateur s'expliquent par cette loi.

En premier lieu, on voit que ce jugement doit être toujours faux ; car jamais le toucher ne peut aller dans les centres sensitifs interrompre ou modifier la sensation commencée; les centres sensitifs sont dans la boîte du crâne en un point que nos mains n'atteignent pas. — En second lieu, on voit que le plus souvent le jugement localisateur doit situer la sensation à peu près à l'extrémité extérieure des nerfs; car, si l'excitation de tout le cordon nerveux est l'antécédent normal de la sensation, notre toucher ne peut atteindre que les environs de son extrémité extérieure. C'est donc en ce point, et non dans un autre du cordon nerveux, que le jugement localisateur doit situer la sensation. Et cela est vrai de toutes les sensations, même des sensations de

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ia vue, du moins au premier stade de leur localisation; en effet, nous montrerons tout à l'heure que les aveugles-nés, au moment où une opération chirurgicale leur rend la vue, situent les couleurs vers l'extrémité de leur nerf optique ; c'est plus tard, par un apprentissage ultérieur, qu'ils les reportent au delà, jusqu'à l'endroit où sont les objets. — En troisième lieu, on voit que le jugement localisateur ne doit point situer la sensation à l'endroit exact où se trouve l'extrémité du nerf ébranlé, mais aux environs, et, en général, un peu au delà ; car le toucher n'atteint pas à cet endroit exact. Le doigt ne va pas trouver la rétine au fond de l'œil, ni la membrane pituitaire au fond du nez, ni le nerf acoustique dans le labyrinthe, ni en général aucune extrémité nerveuse. Ce qu'il atteint, ce sont les enveloppes et les appendices, le globe de l'œil, le pavillon de l'oreille, la chambre antérieure du nez, la superficie de la peau. C'est là qu'il arrête et modifie la sensation commencée, ou y associe une sensation de contact. C'est donc là que nous devons situer la sensation et tel est le cas pour les sensations de la vue comme pour les autres; les aveugles-nés, qu'on vient d'opérer, situent leurs nouvelles sensations contre le globe de l'œil et non dans le fond de l'orbite. — En quatrième lieu, on voit qu'en plusieurs cas le juge-

ment localisateur doit être vague ; car il y a des endroits où le toucher n'atteint pas, par exemple, l'intérieur des membres et du corps; partant, nous ne situons que par approximation et vaguement ]es sensations dont le point de ^départ est dans le ventre, la poitrine, l'estomac, non plus que les sensations partielles dont se compose une sensation totale musculaire. — Quantité de bizarreries s'expliquent de même. Si le toucher explorateur est arrêté par une éminence fixe comme les dents, la sensation paraîtra située à la superÈcie de l'éminence, quoique l'ébranlement nerveux soit beaucoup plus profond. — Si le toucher explorateur ne peut vérifier l'emplacement de deux ébranlements nerveux dont l'un est situé plus haut, l'autre plus bas, ce qui est le cas pour les impressions de la rétine, et si, en même temps, il trouve les deux conditions extérieures de ces deux impressions situées l'une par rapport à l'autre dans l'ordre inverse, ce qui est le cas pour les objets visibles, nous situerons dans l'ordre inverse les deux sensations qui en dérivent. En effet, sur la rétine, les images des objets sont renversées-, les pieds d'une figure sont en haut et la tête est en bas, et néanmoins nous situons la tête en haut et les pieds en bas. L'emplacement apparent de nos deux sensations se trouve

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ainsi l'inverse de l'emplacement réel des deux ébranlements.

Reste à montrer, d'après la même loi, pourquoi le jugement localisateur situe certaines espèces de sensations au delà de notre superficie nerveuse. C'est qu'il a deux stades, et que, selon l'espèce de nos sensations, il s'arrête au premier ou va jusqu'au second. — Deux sortes de sensations, les visuelles et les auditives, peuvent seules les parcourir tous les deux; seules elles sont projetées nettement hors de leur premier emplacement, jusqu'à tel ou tel point du dehors. C'est que seules elles fournissent matière à une localisation ultérieure. — Prenons, par'exemple, deux sensations visuelles. Non-seulement elles ont une commune condition organique, la modification de l'œil ouvert, mais encore elles ont chacune une condition extérieure spéciale, la présence eu tel point du dehors d'un corps éclairé, condition à laquelle correspond chez elles tel caractère précis et notable, selon que le corps est ici ou là. Après avoir constaté , par les tâtonnements de notre main ou la fermeture de nos paupières, leur commune condition organique, nous constat tons, par d'autres tâtonnements et par la marche, leurs difiérentes conditions extérieures. Nous avons interrompu toutes nos sensations visuelles par le même geste, en fermant nos paupières;

nous interrompons de différentes façons nos différentes sensations visuelles, en étendant plus ou moins le bras, en prolongeant plus ou moins notre marche, pour aller couvrir de notre main la surface éclairée de l'objet qui nous envoie ses rayons. Or, il n'y a que ces différences qui puissent nous intéresser; car elles sont les seuls indices qui nous dictent notre action; elles seules nous suggèrent le nombre des pas et l'amplitude du geste par lesquels, en atteignant l'objet, nous reproduirons en nous tel état antérieur qui nous était agréable ou utile, par lesquels, en uous écartant de l'objet, nous éviterons tel état antérieur qui nous était déplaisant ou nuisible. — Notre attention se porte donc tout entière sur elles; l'association générale qui d'abord avait joint nos diverses sensations visuelles à l'idée du mouvement par lequel notre main atteint notre œil, s'efface comme inutile ; l'éducation de l'œil s'achève ; les associations utiles s'établissent et subsistent seules. Chaque sensation visuelle distincte s'adjoint l'idée d'un mouvement distinct plus ou moins long, opéré dans tel ou tel sens ; elle prend cette idée pour compagne; désormais elle en est nséparable. Par cette adjonction, la voilà située plus ou moins loin, ici ou là, mais toujours dans le dehors.

Même raisonnement à l'endroit des sensations

r.MAP. II. l'éducation des sens. ■ 101 auditives. — Maintenant, si ces deux sortes de sensations ont ce privilège singulier, c'est que, par un privilège particulier, à chaque variation dans la situation de leur cause lointaine, correspond chez elles une variation précise. On verra plus loin comment la vue trouve cette variation précise dans l'accommodation du cristallin, dans la convergence plus ou moins grande des deux yeux, dans la contraction des muscles moteurs de l'œil. Pour l'ouïe, dont les localisations sont moins exactes, des variations moins précises, mais encore précises, lui sont fournies par l'intensité plus ou moins grande de la sensation totale qui lui vient par les deux oreilles, et par l'intensité plus grande d'une des deux sensations composantes. — Il n'en est pas de même des autres sens. Leurs sensations n'indiquent rien ou presque rien en fait d'emplacement. Car, d'abord, une sensation de contact, de pression, de saveur ne se produit que lorsque la cause extérieure touche la peau, la bouche ou le palais; à distance, cette cause n'opère pas : c'est pourquoi la sensation qu'elle éveille ne varie pas selon la distance ; la localisation reste enrayée à son premier stade et nous situons la sensation à l'endroit, ou près de l'endroit, dans lequel notre toucher explorateur rencontre sa condition organique. — Quant aux sensations d'odeur et de température, en certains cas et jusqu'à

un certain point, nous pouvons, d'après la force ou la faiblesse de la sensation, apprécier vague-' ment que sa source est proche ou lointaine ; parfois même nous devinons qu'elle est située à droite ou à gauche; cependant, presque toujours, il nous faut alors un examen nouveau. Les yeux fermés, nous démêlons, en flairant, en tournant la tête en divers sens, en avançant et en reculant, que l'odeur vient d'un bouquet placé de tel côté, que le froid vient de telle fissure. Mais nous ne le savons pas tout de suite avec précision ; l'idée de tel mouvement mensurateur ne vient pas à l'instant, en vertu d'une liaison ancienne et fixe, s'accoller à la sensation pour la situer ici plutôt que là dans le dehors. Partant, nous demeurons en suspens; nous sommes tentés de considérer notre sensation, tantôt comme une sensation, tantôt comme un je ne sais quoi, qui, parti du dehors, entre en nous. Les mots d'odeur, de froid, de chaud, restent ambigus et désignent, dans le langage commun, tantôt l'un, tantôt l'autre ; c'est la seconde localisation qui commence et qui avorte. Elle n'avorterait pas si les narines, comme les oreilles, étant situées aux deux côtés opposés de la tête, pouvaient discerner dans la sensation totale d'odeur deux sensations, l'une plus faible et l'autre plus forte, si deux portions symétriques, délimitées et opposées du corps étaient chargées

de recevoir les sensations de tompéralure. — On voit que la même loi explique l'emplacement défini comme l'emplacement indéfini que nous attribuons à nos sensations, tantôt aux environs de nos extrémités nerveuses^ tantôt ailleurs et plus loin.

En résumé, dans l'état actuel, la situation que nous attribuons à nos sensations est toujours fausse ; ce qui est situé à l'endroit où nous les plaçons, c'est leur condition ou cause ordinaire, tantôt l'organe où s'opère le premier ébranlement nerveux dont elles sont la fin, tantôt l'objet extérieur qui provoque cet ébranlement nerveux. Cette cause ou condition peut manquer, puisque sa présence n'est qu'ordinaire ; en tout cas, qu'elle soit présente ou absente, le jugement localisateur est une illusion, puisque nous situons toujours la sensation où elle n'est pas. D'ordinaire, ce jugement est efficace au point de vue pratique, par les prévisions qu'il nous suggère et qui dirigent notre conduite; en soi, il n'est qu'une illusion le plus souvent utile, une erreur foncière que la nature et l'expérience ont construite en nous et établie en nous à demeure, pour en faire un préservatif de notre vie et uii^ organe de notre action.

ÏV, Reste à étudier le jugement localisateur

104 LIVRE n. CONNAISSANCE DES CORPS.

lui-même. — Pour voir de quels éléments il se compose, reprenons notre premier exemple. Je viens de poser mon pied à terre, j'éprouve une sensation de pression, et je constate en même temps l'endroit de cette sensation; elle est dans mon pied gauche, assez forte au milieu, légère au talon, presque nulle aux cinq doigis. En quoi consistent ces dernières remarques? — Chacun peut observer sur soi-même que, pour les faire, on imagine avec plus ou moins de netteté le pied dont il s'agit, et qu'on l'imagine ^visuellement, c'est-à-dire par les images de la sensation optique qu'il éveillerait en nous, si nous le regardions au même instant avec nos yeux ouverts. Nous nous figurons ce pied à telle distance de nos yeux, la courbure de la plante, la forme du talon, la série des doigts. Même, en insistant, nous voyons mentalement la couleur de la chair plus brune au talon, plus blanche à la plante, plus rosée au-dessous des doigts. En somme, nous avons en nous une carte ^visuelle de notre corps. Nous nous le représentons comme nous ferions pour tout autre objet dont nos yeux ont l'expérience. Chaque sensation distincte a dans ^cette carte un point distinct qui lui correspond et qui lui a été associé par l'expérience. En naissant, elle le ressuscite, et cette jonction la situe en tel point parmi les diflerents points du champ

que la vue effective ou la vue simplement mentale a coutume de parcourir.

Mais il est clair qu'une telle carte est une acquisition ultérieure et spéciale. Elle manque aux aveugies-nés, et cependant ils désignent fort bien l'emplacement de leurs sensations. Ils ont donc une autre carte qui fait le même office, et, comme, avec la vue qu'ils n'ont pas, nous avons toutes les sensations qu'ils ont, il faut bien qu'outre la carte visuelle qui nous est propre, nous en possédions une seconde toute différente qui nous est commune avec eux. — Celle-ci a pour éléments les sensations musculaires et tactiles. Ce sont les images de ces sensations qui la composent, et, en beaucoup de cas, nous les constatons en nous, par exemple lorsqu'il s'agit d'une partie de notre corps que nous ne pouvons observer avec nos yeux, et dont, par conséquent, la carte visuelle n'est pas nette. — Tel est l'intérieur de la bouche, que nous ne pouvons voir qu'avec une glace, le derrière de la tête, de la nuque, du tronc, des cuisses, que nous ne pouvons voir qu'avec deux glaces. A la vérité, pour tous ces endroits, nous nous formons, d'après autrui, une sorte de carte approximative de nousmêmes. Mais cette planche de notre atlas visuel est vague, et nous n'y avons "guère recours. J'éprouve une démangeaison en un point du dos,

et j'en sais l'endroit; mais je ne le sais point ou je le sais mal, par la représentation visuelle; je ne me figure pas clairement la vertèbre ou la côte, le renflement de muscle ou le creux d'échine, dont ce picotement est voisin: il n'est pas associé, comme dans le pied, la main, le bras, le visage, à tel point précis d'une forme figurée à l'œil intérieur. C'est grâce à un autre atlas, V atlas tactile et musculaire, que je puis le situer exactement.

En effet je le situe par la sensation musculaire spéciale, plus oiT moins longue, de la main et du bras, qui vont le chercher et le rencontrent. Sa position est désignée par l'espèce et la durée de cette sensation. Placé plus loin, il me faudrait, pour l'atteindre, un mouvement plus grand, partant une sensation musculaire plus longue; placé moins loin, un mouvement moins grand, partant une sensation musculaire plus courte ; placé aussi loin, mais ailleurs, un mouvement égal, mais différent, partant une sensation musculaire d'égale durée, mais différente. Grâce à ces expériences répétées et diversifiées, lorsqu'une sensation de picotement ou toute autre s'éveille dans mon corps, même en un point pour lequel l'atlas visuel me manque, elle ressuscite sa compagne inséparable, l'image d'une sensation musculaire spéciale, sensation d'une durée précise, plus Ion-

gue ([lie telle autre semblable, moins longue que telle autre semblable, différente de telle autre aussi longue. Par cet accollement et cette soudure, ma sensation de picolemeent se trouve marquée d'un signe distinctif. Ce signe, ayant une durée, est une grandeur continue partant, il peut, comme une ligne, être comparé à une autre grandeur de la même espèce, ne différer d'elle qu'en plus ou en moins, suggérer l'idée de son double ou de sa moitié, être mesuré ; ce sont là les conditions d'une carte représentative. — Il n'y a là qu'un cas d'une opération générale et déjà décrite. Nous situons nos sensations comme les objets, par l'image associée de telles sensations musculaires plus ou moins longues. La sensation, grâce à l'image associée, s'emboîte dans un ordre et, pour ainsi dire, dans une file; la voilà située, c'est-à-dire notée par une quantité précise, moindre que celle-ci, plus grande que celle-là, par ine réminiscence musculaire qui l'intercale entre une série de sensations musculaires plus longue et une série de sensations musculaires moins longue. — Si on ajoute la réminiscence des sensations tactiles éprouvées au contact du point que l'organe explorateur est venu toucher, l'image associée se précise en se complétant : nous situons notre sensation, non- seulement à telle distance de telle autre, mais sur telle côte, à tel creux

du bras, à telle phalange du doigt. — Tel est l'atlas tactile et musculaire, le premier de tous; les mouvements instinctifs et désordonnés deFenfant nouveau-né, ses tâtonnements, l'expérience incessante qu'il fait de son toucher et de ses muscles commencent tout de suite à le construire; l'atlas visuel est dérivé et ne se forme qu'après.

Ainsi le jugement localisateur consiste dans l'adjonction de certaines images, tantôt visuelles, tantôt tactiles et musculaires, à la sensation. Cet accollement peut être inné ; le petit poulet va becqueter le grain au sortir de la coquille ; le cheval nouveau-né se tient presque aussitôt sur ses jambes et va teter sa mère. Mais chez l'homme il est acquis, et le mécanisme interne, qui, en d'autres, est tout fabriqué au moment de la naissance, se fabrique peu à peu en lui. Du moins, il est, pour la plus grande portion, une œuvre de l'expérience. « On est fondé à admet- « tre, dit Weber', que primitivement, par la a pure sensation, nous ne savons rien du lieu c( où les nerfs qui nous communiquent la sensa- « tion sont ébranlés. Primitivement, toutes les « sensations sont de simples états d'excitation « perceptibles à la conscience, lesquels peuvent « être différents en qualité et en degré, mais ne

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