‹ De l'intelligence (volume 5)Chapitre 47 sur 60 · Deuxième partie, li?. IV, ch. ii, p · texte numérisé non relu

Deuxième partie, li?. IV, ch. ii, p

déjà connu, sjifflt pour nous garantir la présence de l'autre, celui qui nous est encore inconnu et que nous cherchons à démêler. Or, on a vu que sur cette suffisance sont fondés tous les procédés éliminatifs, toutes les méthodes de concordance et de différence qui composent l'induction.

D'autre part, soit un sujet quelconque considéré en deux moments successifs, et dans lequel tel attribut dans les deux moments est le même, c'est-à-dire commun aux deux moments, et, par suite, général. D'après ce qu'on vient de dire, cet attribut a sa condition, qui est un caractère commun aux deux moments du sujet; et, comme sa condition suffit pour l'entraîner, tant que sa condition persistera, il persistera lui-même. Par conséquent, si, en fait, au troisième moment, il cesse d'exister, c'est que sa condition a cessé d'exister; d'où il suit enfin que la suppression d'un caractère a pour condition la suppression d'un autre caractère. Or tout changement dans un sujet est la suppression d'un de ses caractères, de sorte que tout changement a une condition, ce qu'on exprime en disant qu'il a une cause, et que cette cause est un autre changement. Voilà l'axiome de causalité : considéré par rapport à l'axiome de raison explicative, il n'en est qu'une suite et une application.

Celui-ci en a bien d'autres encore: Leibnitz,

qui l'avait nommé principe de raison suffisante, construisait d'après lui toute son idée de l'univers. Ou pourrait le reprendre avec plus de précaution, sans préjugés théologiques comme ceux de Leibnitz, sans suppositions téméraires comme celles de Hegel, en se reportant à chaque pas au sens exact que nous lui avons assigné et qu'il doit toujours garder. — Sans doute la liaison qu'il établit entre tout caractère général et une condition générale est le résumé de toutes les liaisons que nous rencontrons ou que nous pouvons rencontrer dans la nature. Mais nous devons toujours nous souvenir qu'il n'affirme aucune existence, qu'il ne pose pas, mais suppose un caractère général, qu'il se borne à énoncer l'accompagnement obligatoire de ce caractère général supposé. Il est pareil en cela au principe de l'inertie qui ne pose pas, mais suppose un mobile en repos ou doué d'un mouvement rectiligne uniforme, et qui se borne à énoncer les suites obligatoires de ce mouvement rectiligne uniforme ou de ce repos supposés. — Pour tirer les deux axiomes du royaume idéal et les introduire dans le monde réel, il faut, par l'expérience, constater en outre, d'une part qu'il y a en fait des choses distinctes et douées de caractères généraux, d'autre part qu'il y a en fait des mobiles doués d'un mouvement rectiligne uniforme

OU en repos. — Ce recours à l'expérience est-il toujours indispensable? N'y a-t-il qu'elle qui puisse prouver l\\vistcnce P Puisque l'existence est un caractère général, et le plus général de tous, ne doit-on pas conclure de notre axiome que, comme tout caractère général, l'existence a sa condition, ou raison explicative, autre qu'elle-même ? Les mathématiciens admettent aujourd'hui que la quantité réelle n'est qu'un cas de la quantité imaginaire, cas particulier et singulier où les éléments de la quantité imaginaire présentent certaines conditions qui manquent dans les autres cas. Ne pourrait on pas admettre de même que l'existence réelle n'est qu'un cas de l'existence possible, cas particulier et singulier où les éléments de l'existence possible présentent certaines conditions qui manquent dans les autres cas? Cela posé, ne pourrait-on pas chercher ces éléments et ces conditions? Hegel l'a fait, mais avec des imprudences énormes : peut-être un autre, avec plus de mesure, renouvellera sa tentative avec plus de succès. Ici nous sommes au seuil de la métaphysique ; à mon sens elle n'est pas impossible. Si je m'arrête, c'est par sentiment de mon insuffisance; je vois les limites de mon esprit, je ne vois pas celles de l'esprit humain.

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