‹ De l'intelligence (volume 5)Chapitre 9 sur 60 · Manuel de Physiologie^ I · texte numérisé non relu

Manuel de Physiologie^ I

u très-fortes douleurs dans tout le membre qu'ils « ont perdu. Après la guérison, le sujet conserve « les sensations qu'un membre sain procure aux « autres hommes, et fréquemment il reste pendant « toute la vie un sentiment de formication et « même de douleur, ayant en apparence son siège « dans les parties extérieures qui cependant « n'existent plus. Ces sensations ne sont pas vagues, (c car l'amputé sent des douleurs ou le fourmille- « ment ^ans tel ou tel orteil, à la plante ou sur «le dos du pied, à la peau, etc.... Je me suis « convaincu, par des recherches suivies, que le « sentiment dont il s'agit ne se perd jamais entiè- « rement. Les amputés finissent par s'y habituer; « cependant, dès qu'ils y font attention, ils le « voient aussitôt reparaître, et souvent ils sentent « d'une manière très-distincte leurs orteils, leurs « doigts, la plante du pied, la main.... Un homme « amputé de la cuisse éprouvait encore au bout « de douze années le même sentiment que s'il eût « possédé les orteils et la plante du pied. J'appli- « quai un tourniquet sur le moignon, de manière « à comprimer ce qui restait du nerf sciatique ; « l'homme me dit aussitôt que sa jambe s'en- « gourdissait et qu'il distinguait parfaitement bien « les fourmillements dans ses orteils.... Un autre a " le bras amputé depuis treize ans et les sensa- " lions dans les doigts n'ont jamais cessé chez

(( lui ; il croit toujours sentir sa main dans une a situation courbée; des picotements apparents « dans les doigts ont lieu surtout lorsque le moi- « gnon appuie sur un corps et que les troncs des c( nerfs du bras viennent à être comprimés. J'exer- (( çai une compression sur les troncs de ces nerfs; (( à l'instant même il survint un état d'engourc< dissement que le sujet disait éprouver dans a tout le bras jusqu'aux doigts.... Un autre, qui « avait eu le bras droit écrasé par un boulet de « canon et ensuite amputé , éprouvait encore « vingt années après des douleurs rhumatismales (( bien prononcées dans le membre toutes les c< fois que le temps changeait. Pendant les accès, « le bras qu'il avait perdu depuis si longtemps a lui paraissait sensible à l'impression du moin- « dre courant d'air. Il m'assura d'une manière « positive que la sensation physiologique et puce rement subjective de ce membre n'avait ja- « mais cessé. » — C'est surtout pendant la nuit que l'illusion des amputés est plus forte ; ils sont parfois obligés de porter la main à l'endroit où devrait être leur membre pour se convaincre qu'ils ne l'ont plus. Quand les nerfs subsistants deviennent douloureux, ils ont plus de peine encore à redresser leur erreur ; tel, au bout de huit mois, avait besoin, pour se détromper, de tâter pendant la nuit et de regarder pendant le jour la

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place laissée vide par l'amputation de son bras gauche. — Il est clair que, dans tous ces cas, la sensation d'élancement, d'engourdissement, de fourmillement, de douleur, n'est pas située dans le membre absent ; donc la même sensation n'y est pas située non plus lorsque le membre est présent; ainsi, dans les deux cas, à l'état normal et à l'état anormal, la sensation n'a pas l'emplacement que nous lui attribuons ; elle est ailleurs; ce n'est pas elle, c'est un ébranlement nerveux qui, à l'état normal, occupe l'endroit où elle semble être. Le nerf est un simple conducteur; de quelque point que parte son ébranlement pour aller éveiller l'action des centres sensitiis, la même sensation se produit et entraîne le jeu du même mécanisme interne, c'est-à-dire l'attribution de la sensation à tel endroit qui n'est pas le centre sensitif.

Quantité de faits s'expliquent par cette remarque : un choc violent sur le nerf cubital excite une douleur qui paraît située dans tout le trajet ultérieur de ce nerf, notamment au dos et à la paume de la main, dans le quatrième et le cinquième doigt. — La même chose arrive, si on plonge le coude dans un mélange d'eau et de glace pilée. — Ce sont aussi les parties intérieures du membre qui semblent éprouver les sensations de picotement et d'engourdissement lors-

qu'on comprime le nerf cubital et le nerf sciatique. « Au moment de la section des nerfs dans c< une amputation, dit Muller, les douleurs les « plus vives se font sentir en apparence dans les « parties qu'on retranche et auxquelles se rendent a les nerfs que coupe l'instrument. C'est un fait cf constant, et qui m'a été attesté par Fricke, c( l'habile directeur du service chirurgical de (c l'hôpital de Hambourg.» —Par la même raison, une maladie des troncs nerveux ou de la moelle éveille des douleurs ou des fourmillements que le malade croit situés dansles extrémités saines de ses membres. — Pareillement encore tel paralytique, dont les parties extérieures sont tout à fait insensibles à la piqûre et à la brûlure, y éprouve des douleurs et des élancements. — Supposez enfin des extrémités nerveuses, non plus paralysées, mais déplacées, ce qui arrive dans la transplantation des lambeaux cutanés. La sensation, étant la même qu'avant cette transplantation, sera accompagnée de la même opération localisante et paraîtra située à l'ancien endroit. En effet, c( lorsque, dans une opération de rhinoplastie ', t( on retourne un lambeau de la peau du front, t< taillé à la racine du nez, pour l'accoler au moi- (( gnon du nez, le nez factice conserve, tant que

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