M. de Jaager dit à la personne sur laquelle il fait l'ex
— Par cette opération localisante, notre sensation reçoit une apparence fausse, et cette apparence en engendre d'autres qui, en soi, sont des illusions, mais qui, par leur correspondance avec les choses, constituent le perfectionnement ou l'éducation des sens. — Une fois que la sensation est arrivée à cet état, les corps qu'elle nous révèle reçoivent par contre-coup de nouveaux caractères ; le simulacre hallucinatoire qui constitue la perception extérieure se complète ; et l'objet, qui ne nous apparaissait que comme un quelque chose permanent et fixe, nous apparaît comme un audelà et un dehors.
périence de toucher la clef électrique de la main gauche lorsqu'elle recevra le choc électrique du côté droit, et de la main droite quand elle recevra le choc électrique du côté gauche. Alors deux cas se présentent. Tantôt la personne sait d'avance que le choc viendra de tel côté, du côté droit par exemple ; alors l'intervalle entre le choc qu'elle reçoit et le signal consécutif qu'elle donne, est de vingt centièmes de seconde. Tantôt la personne ne sait pas d'avance de quel côté viendra le choc, et le choc vient du côté droit par exemple ; alors l'intervalle entre le choc qu'elle reçoit et le signal consécutif qu'elle donne est de vingt-sept centièmes de seconde. La différence entre les deux cas est donc de sept centièmes de seconde. ^ Dans les deux cas évidemment, la sensation brute se produit au même instant; mais, dans le premier, l'image du côté droit est toute prête à entrer en scène, et n'est pas contrebalancée, comme dans le second cas, par l'image également prête du côté gauche. Pour que cet équilibre soit rompu et que l'image du côté droit se soude par sélection à la sensation survenante, il faut un certain temps, et, d'après l'expérience, ce temps est de sept centièmes de seconde. — En
II. Je viens de poser mon pied à terre; j'éprouve une seïisation de pression, et je juge qu'elle est située dans mon pied gauche, qu'elle est assez forte au milieu, légère au talon , presque nulle aux cinq doigts. Considérons ce jugement ; pris en soi, il est faux ; la sensation n'est pas dans mon pied. Ici, depuis longtemps, les observations des physiologistes ont démêlé l'erreur et établi la théorie. La vérité est qu'un ébranlement s'est produit dans les nerfs du pied, plus fort à la plante, moindre aux doigts et au talon, que cet ébranlement s'est communiqué tout le long des nerfs jusqu'aux centres sensitiis de l'encéphale,
général, entre une sensation et un signal consécutif, il s'écoule deux dixièmes de seconde, et, si la sensation, celle d'un son instantané, d'un choc électrique, d'une étincelle, doit évoquer une image auxiliaire, elle emploie, lorsque cette image n'est pas prête ou se trouve contrebalancée par une autre, un dixième de seconde de plus que lorsque la même image auxiliaire est prête, ou n'a pas d'antagoniste. -- Il faut donc aux images un intervalle de temps pour se souder à la sensation, et cet intervalle est d'autant plus long que leur évocation est moins préparée ou plus disputée.
« MM. Donders, et de Jaager ont fait l'expérience d'une manière un peu différente. L'un prononçait une syllabe quelconque, l'autre la répétait aussitôt qu'il l'entendait; un phonautographe enregistrait les vibrations de la parole ; quand la syllabe à répéter avait été concertée d'avance, le retard observé était de deux dixièmes de seconde; dans le cas contraire, il était de trois dixièmes. » — Les résultats sont analogues quand l'observateur, tour à tour prévenu ou non prévenu, doit noter l'apparition d'une lumière blanche ou rouge.
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et que c'est dans rencépliale que la sensation a eu lieu. Nous la situons à tort à la circonférence de notre appareil nerveux, elle est au centre; ce qui se produit dans le pied, ce n'est pas elle, mais le commencement de l'ébranlement nerveux dont elle est la fin.
Là-dessus, les preuves surabondent. Elles se résument toutes en ceci que, dans beaucoup de cas, la sensation nous semble située en un endroit où très-certainement elle n'est point. Au moyen de ces cas, nous constatons une loi générale : c'est que, dans l'état actuel, sitôt qu'une sensation surgit, elle est accompagnée d'un jugement pa^ lequel nous la déclarons située en tel ou tel endroit. Il peut se faire qu'il y ait alors en cet endroit un ébranlement nerveux; il peut se faire qu'il n'y en ait point du tout. Peu importe; le jugement se produit aussi bien dans le second cas que dans le premier; la sensation, à elle seule, suffit pour le provoquer et, par ce jugement, elle acquiert une situation apparente. Elle l'acquiert donc dans le premier cas, lorsqu'à l'endroit indiqué un ébranlement nerveux se rencontre, comme dans le second cas, lorsqu'à l'endroit indiqué aucun ébranlement nerveux ne se rencontre. Une fois établi, d'après le second cas, que tel emplacement attribué à telle sensation n'est qu'apparent, il suit invinciblement que, dans le premier cas.
le même emplacement attribué à la même sensation n'est rien non plus qu'apparent. Si quelque chose se rencontre alors à l'endroit indiqué , ce n'est pas elle, mais un de ses précédents ou une de ses suites, un événement qui lui est lié et qu'elle désigne, réel sans doute, mais autre qu'elle-même, et qui, par une correspondance heureuse, l'accompagne ordinairement à l'état normal.
Considérons ces cas qui nous détrompent. Il y en a d'abord un, déjà cité, celui des amputés. «Aucun chirurgien, dit Mueller*, n'ignore que « les amputés éprouvent les mêmes sensations « que s'ils avaient encore le membre dont on les « a privés. Il n'en est jamais autrement. On a « coutume de dire que l'illusion dure quelque « temps, jusqu'à ce que, la plaie étant cicatrisée, « le malade cesse de recevoir les soins de l'homme « de l'art. Mais la vérité est que ces illusions « persistent toujours, et qu'elles conservent la c( même intensité pendant toute la vie: on peut « s'en convaincre par des questions adressées « aux amputés longtemps après qu'ils ont subi « l'opération. C'est à l'époque de l'inflammation c( du moignon et des troncs nerveux qu'elles sout a les plus vives ; les malades accusent alors de