Mueller, I, 646; II
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nez factice conserve, tant que le pont n'a pas été coupé, les mêmes sensations que l'on éprouve lorsque la peau du front est excitée par uq stimulant quelconque, c'est-à-dire que l'individu sent au front les attouchements qu'on exerce sur son nez. » Nous pouvons donc conclure avec assurance que la sensation, quoique située effectivement dans les centres primitifs, a la propriété, du moins dans l'état actuel, de paraître toujours située ailleurs.
Continuons l'examen ; notre assurance deviendra plus ferme encore, et, en même temps, nous commencerons à démêler la loi qui règle l'opération localisante. — Dans tous les cas précédents, elle situait notre sensation à l'extrémité nerveuse d'où part ordinairement l'ébranlement qui se termine par la sensation. Mais il n'en est pas toujours de même. Il y a dans notre corps des parties, comme les poils et les dents, qui sont dépourvues de nerfs et qui, par ellesmêmes, sont tout à fait insensibles ; et cependant nous situons plusieurs de nos sensations à l'extrémité extérieure de ces parties, en qui ne peut se produire aucun ébranlement nerveux '. « Si la barbe, dit Weber, est touchée légèrement en un point, par exemple sur le côté de la joue, où croyons-nous sentir cette pression exercée sur les poils de notre peau? Ce n'est pas dans les parties sensibles auxquelles elle se propage à travers les cônes cornés et où elle agit sur nos nerfs, mais bien à quelque distance de notre peau.... Si nous mettons un petit bâton de bois entre nos dents et que nous le tâtions
1. Weber, article Tastsinn dans le Handwôrterbuch de Rudolph Wagner, tome III, deuxième partie, p. 488 et suivantes.
avec elles, nous croyons le sentir entre nos dents ; c'est bien à la superficie des dents, où pourtant nous n'avons pas de nerfs et où partant nous ne pouvons rien sentir, que nous pensons sentir la résistance qu'il nous oppose. A.u contraire, nous n'avons pas la moindre sensation de la pression exercée à la surface intérieure de la racine de la dent dans l'alvéole où elle est cachée ; c'est pourtant là que la pression propagée s'exerce effectivement sur la peau riche en nerfs qui entoure la racine dentaire, et c'est là seulement qu'elle agit sur les nerfs. » — Il y a plus : « ce n'est pas seulement à la surface des substances insensibles dont notre peau est recouverte que nous situons à tort l'endroit de la pression sentie, c'est aussi au bout d'un petit bâton que nous fixons entre le bout de nos doigts et un corps résistant, par exemple la surface d'une table. » Dans ce cas, deux sensations se produisent à la fois, l'une qui nous semble située au bout de nos doigts, l'autre au bout du bâton. Si le bâton est fixe au bout de nos doigts et mobile à l'autre bout, la première s'efface et la seconde prédomine. Si le bâton est mobile au bout de nos doigts et fixe à l'autre bout, c'est l'inverse. — On démêle dans cette expérience la loi de l'opération; visiblement, le jugement localisateur situe chacune de nos sensations là où nous avons coutume de rencontrer la cause ou condition qui a coutume de la provoquer ^ Si, de naissance, le bâton avait été soudé
1. Vulpian, Leçons sur la physiologie du système nerveux, 287. Expérience de Paul Bert.
On implante dans le dos d'un rat le bout de sa queue avivée au bistouri; elle se soude. — On coupe alors la queue ù un centimètre de sa naissance. Le rat a dorénavant sa queue
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à l'une de nos mains, comme les longs poils sensitifs et explorateurs du chat sont soudés à ses joues et à ses lèvres, comme le bois du cerf est soudé à son front, comme la barbe et les dents sont soudées à notre peau, nous situerions nos heurts au bout du bâton, comme très-probablement le chat situe ses attouchements au bout de sa moustache et le cerf au bout de ses cornes, comme très-certainement nous situons nos contacts au bout de nos poils de barbe et de nos dents.
III. La conséquence est que, lorsqu'une sensation aura pour condition ordinaire la présence d'un objet plus ou moins éloigné de notre corps et que l'expé rience nous aura fait connaître cette distance, c'est à cette distance que nous situerons notre sensation. — Tel est le cas en effet pour les sensations de l'ouïe et de la vue. Le nerf acoustique a sa terminaison extérieure dans la chambre profonde de l'oreille. Le nerf optique a la sienne dans la logette la plus interne de l'œil. Et cependant, dans l'état actuel, ce n'est jamais là que nous situons nos sensations de son ou de couleur, mais hors de nous et souvent à une très-grande distance. Les sons vibrants d'une grosse cloche nous semblent trembler bien loin et bien haut dans l'air ; un coup de sifflet de locomotive nous semble percer
plantée à rebours et dans le dos. Au bout des trois premiers mois, faibles signes de sensibilité quand on pince la queue. <i Au bout de six mois, neuf mois, la sensibilité avait beaucoup augmenté, mais l'animal ne reconnaissait pas encore l'endroit où on le pinçait. Après un an, il a parfaitement conscience de l'endroit où on le pince, et il se retourne pour mordre l'instrument. » On voit ici la preuve que l'expérience doit intervenir pour que l'animal puisse situer ses sensations.
l'air à cinquante pas, à gauche. — L'emplacement, même lointain, est bien plus net encore pour les sensations visuelles. Cela va si loin que nos sensations de couleur nous semblent détachées de nous ; nous ne remarquons plus qu'elles nous appartiennent ; elles nous semblent faire partie des objets ; nous croyons que la couleur verte, qui nous semble étendue à trois pieds de nous sur ce fauteuil, est une de ses propriétés ; nous oublions qu'elle n'existe que dans notre rétine ou plutôt dans les centres sensitifs qu'ébranle l'ébranlement de notre rétine. Si nous l'y cherchons, nous ne l'y trouvons pas ; les physiologistes ont beau nous prouver que l'ébranlement nerveux qui aboutit à la sensation de couleur commence dans la rétine, comme l'ébranlement nerveux qui aboutit à la sensation de contact commence dans les extrémités nerveuses de la main ou du pied ; ils ont beau nous montrer que l'éther vibrant choque l'extrémité de notre nerf optique, comme un diapason vibrant choque la superficie de notre main ; « nous n'avons pas ^ la moindre conscience de cet attouchement de notre rétine, même quand nous dirigeons de ce côté tout l'effort de notre attention. » — Toutes nos sensations de couleur sont ainsi projetées hors de notre corps et revêtent les objets plus ou moins distants, meubles, murs, maisons, arbres, ciel et le reste. C'est pourquoi, quand ensuite nous réfléchissons sur elles, nous cessons de nous les attribuer ; elles se sont aliénées, détachées de nous, jusqu'à nous paraître étrangères à nous. Projetées hors de la surface nerveuse oii nous logeons la plupart des autres,