Baillargcr, Des hallucinatiora, p
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suite?, et renouvelait le trouble et la terreur que la femme encore saine d'esprit avait éprouvés pendant le combat.
Même remarque pour les autres images, et notamment celles de la vue. Une dame vient de perdre son mari, s'afflige beaucoup, et, comme elle croit à l'immortalité de l'âme, elle s'occupe sans cesse de son mari comme d'une personnne encore existante *. « Un soir, au moment où elle se couchait, l'appartement étant éclairé par une pâle lueur, elle voit son mari s'approcher d'elle avec précaution ; elle l'entend prononcer quelques paroles à voix basse, et sent sa main pressée par celle du défunt. » Pleine de doute et de surprise, elle retient sa respiration, le fantôme disparaît, et elle reconnaît qu'elle a été dupe d'une hallucination. — « Deux individus, dit Griesinger, peu de temps avant l'explosion de la folie, s'étaient beaucoup adonnés à la chasse ; chez eux, le délire roula longtemps sur des aventures de chasse. Un autre avait lu, peu de temps avant de tomber malade, la relation d'un voyage dans l'Himalaya ; et c'est sur ce sujet que roulait principalement son déhre. » — Les circonstances ^ les plus effacées de nos premières années, les incidents les moins remarqués et les plus insignifiants de notre vie ressuscitent parfois avec cette hypertrophie monstrueuse. « J'ai passé mes px uiières années à Meaux, dit M. Maury, et je me rendais souvent
1. Renaudin, Études médico-psychologiques, p. 423, et Griesinger, Traité des maladies mentales, 83.
2. Quantité d'exemples rapportés par Maury, le Sommeil et les Rêves, troisième édition, 70, 120, 128. — Autres observations d'images qui, en renaissant, deviennent hallucinatoires, dans de Quincey, Confessions of an opium caler, p. 83.
dans un village voisin, nommé Trilport, situé sur la Marne, où mon père construisait un pont. Une nuit, je me trouve en rêve transporté aux jours de mon enfance et jouant dans ce village de Trilport. J'aperçois vêtu d'une sorte d'uniforme un homme auquel j'adresse la parole en lui demandant son nom. Il m'apprend qu'il s'appelle G..., qu'il est le garde du port, puis disparaît pour laisser la place à d'autres personnages. Je m'éveille en sursaut avec le nom de G... dans la tête. Était-ce là une pure imagination, ou y avait-il eu à Trilport un garde du port nommé G... ? Je l'ignorais, n'ayant aucun souvenir d'un pareil nom. J'interroge, quelque temps après, une vieille domestique, jadis au service de mon père et qui me conduisait souvent à Trilport. Je lui demande si elle se rappelle un individu du nom de G..., et elle me répond aussitôt que c'était un garde du port de la Marne, quand mon père construisait son pont. Très-certainement je l'avais su comme elle, mais le souvenir s'en était effacé. Le rêve en l'évoquant m'avait comme révélé ce que j 'ignorais. y> — Pareillement, Théophile Gautier me raconte qu'un jour, passant devant le Vaudeville, il lit sur l'affiche : « La polka sera dansée par M... » Yoilàune phrase qui s'accroche à lui et que désormais il pense incessamment et malgré lui, par une répétition automatique. Au bout de quelque temps, ce n'est plus une simple phrase mentale, mais une phrase composée de sons articulés , munis d'un timbre et en apparence extérieurs. Gela dura plusieurs semaines, et il commençait à s'inquiéter, quand, tout d'un coup, l'obsession disparut. — Il n'y a pas d'image normale, même la plus ancienne, la plus affaiblie, la plus latente, qui ne puisse végéter et s 'amplifier *de la sorte, de même
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qu'il n'y a pas de graine de pavot, la plus petite, la plus abandonnée au hasard, qui ne puisse devenir un pavot.
C'est pourquoi, si l'on veut compromettre le travail mental que provoque l'image en son état de réduction et d'avortement, il faut examiner le travail mental qu'elle provoque en son état de plénitude et de liberté, imiter les zoologistes qui, pour expliquer la structure d'un bourrelet osseux inutile, montrent, par la comparaison des espèces voisines, que c'est là un membre rudimentaire ; imiter les botanistes qui, augmentant la nourriture d'une plante, changent ses étamines en pétales et prouvent ainsi que l'étamine ordinaire est un pétale dévié et avorté. — Par des rapprochements semblables et d'après des hypertrophies analogues, nous découvrons que l'image, comme la sensation qu'elle répète, est, de sa nature, hallucinatoire. Ainsi l'hallucination, qui semble une monstruosité, est la trame même de notre vie mentale. — Considérée par rapport aux choses, tantôt elle leur correspond, et, dans ce cas, elle constitue la perception extérieure normale ; tantôt elle ne leur correspond pas, et dans ce cas, qui est celui du rêve, du somnambulisme, de l'hypnotisme et de la maladie, elle constitue la perception extérieure fausse, ou hallucination proprement dite. — Considérée en elle-même, tantôt elle est complète ou achevée dans son développement : ce qui arrive dans les deux cas précédents ; tantôt elle est réprimée et demeure rudimentaire : c'est le cas des idées, conceptions, représentations, souvenirs, prévisions, imaginations, et de toutes les autres opérations mentales.