‹ De l'intérêt conventionnel et de l'usureChapitre 14 sur 116 · ÉTUDES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

ÉTUDES HISTORIQUES

SECTION [. — L'intérêt et l’usure chez les Hébreux.

38. — La législation du peuple Hébreux est la plus ancienne de celles sur lesquelles nous ayons des données cerlaines. Mais, s’il y a des documents dont l’authenticité n’est pas conteslable, l’accord n’est pas absolu sur leur interprélalion. Il est certain que le prêt à intérêt était interdit par la loi de Moïse, mais quelle était la portée de la prohibition? Le cardinal de la Luzerne a soutenu au commencement du siècle une doctrine qui avait déjà trouvé des défenseurs au moyen-age, et d’après laquelle, la prohibition aurait été limitée aux prêts faits aux pauvres.

S’autorisant de deux textes (1) qui défendent l’usure à l’égard des pauvres, il soutient que le prêt à intérêt n’était

1. Si pecuniam mutuam dederis populo meo pauperi, qui habitat tecum, non urgebis eum quasi exactor, nec usuris opprimes (Exode, ch. XXII, V. 25). Si unus de fratribus tuis, qui morantur inter portas civitatis tuæ, in terra qua dominus tuus daturus est tibi, ad paupertatem venerit, non obdurabis cor tuum, nec contrahes manum; sed aperies eam pauperi, et dabis mutuum quo eum indigere perspexeris (Deuteron. ch. XV, V.7 et8),

interdit que pour eux, qu’il était permis en principe. Cette interprélalion ne doit pas être admise. Les deux textes ne parlent que des pauvres, parce qu’ils visent ceux qui soulfrant le plus de l'usure, ont le plus grand besoin de protection ; mais comment admettre que la loi puisse faire un devoir de prêter sans intérêt aux pauvres, tout en permettant de prêter avec intérêt aux riches. Le proverbe « on ne prête qu'aux riches » est de tous les temps : permettre de leur prêter à intérêt, c’est assurer l’inexécution du préceple de prêter gratuitement aux pauvres.

Ce système ne compte plus guère de partisans aujourd’hui. La prohibition s’appliquait à tous les Hébreux, riches ou pauvres : il existe nombre de textes qui ne laissent aucun doute :

« Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frêre, ni de l'argent, ni des vivres, ni quelque chose que ce soit.

« Tu pourras prêter à intérêt à AR mais tu ne donneras point à intérêt à ton frère, afin que l'Éternel te bénisse dans toutes les choses auxquelles tu metiras la main (1). » |

39. — Le prêt devait donc être gratuit entre Hébreux, le prêt à intérêt n’était permis qu’à l’égard des étrangers. Mais ici s'élevait une nouvelle coniroverse, présentant autrefois une grande importance au point de vue théologique, quand les canonistes cherchaient à établir que l'usure avait toujours été prohibée par les lois divines.

Page 1