HYSTÉRIE ET CASTRATION
Les accidents hystériques pouvant être provoqués soit par les fonctions de l'ovaire, soit par ses lésions ou celles de l'utérus, il semble naturel que la suppression de ces organes entraîne la disparition des accidents qui leur sont liés. Telle fut l'idée qui détermina Hégar et Battey à pratiquer pour la première fois la castration dans des cas de dysménorrhée nerveuse. La castration agit suivant deux modes disünets : elle supprime les accidents directement liés à la menstruation sans lésions apparentes de l’utérus ou des annexes, en amenant la cessation de lovulation et en pratiquant l'établissement de la ménopause. Quant à ceux qui dépendent d’une lésion utérine ou annexielle,elle agit sur eux en supprimant des organes malades et nuisibles, dont la présence seule suffit à provoquer ces accidents. Tels doivent être, du moins théoriquement, les résultats de cette opération, tels ils peuvent être en réalité, comme le prouvent un assez grand nombre de faits rapportés par les chirurgiens qui ont pratiqué dans ces cas la castration.
Les premières interventions qui aient été pratiquées dans ce but le furent par Hégar de Fribourg, qui, en juillet 1872, pratiqua l’ablation des deux ovaires chez une femme de 27 ans, dans le but bien arrêté de suspendre la fonction ovarienne, et en même temps des crises doulou-
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reuses qui survenaient à chaque période menstruelle dans a région ovarienne. Le mois suivant, le D° Battey pratiquait à Rome la même opération dans les mêmes condilions sur une femme de 30 ans, ovaralgique menstruelle, à qui les deux ovaires furent enlevés par la voie abdominale L’opérée d'Hégar mourut dans les premiers jours de péritonite septique ; celle de Ba Ley se rétablit rapidement et guérit des troubles qui avaient nécessité l'intervention.
Ce succès détermina bientôt de nouveaux opérateurs, et l'exemple de Battey ne tarda pas à être suivi en Amérique. Gilmore (de Mobile), en décembre 1872, prati qua une castralion double pour des crises hystéro-épileptiformes, et sa malade guérit. Peu à peu, les opérateurs américains sesuccédèrent dans cette voie, el pratiquèrent les opérations dans les ovaralgies tenaces à recrudescence menstruelle, accompagnées à cette époque de phénomènes généraux nerveux plus ou moins accusés.
En Allemagne, à part lPopération de début d'Hégar, l'ovariotomie ne pénétradanslesusages chirurgicaux qu'en 1876 et fut pratiquée dans certains états hystériformes en dépendance manifeste avec le fonctionnement ovarien.
En Italie, Franzolini, en août 1880, fitune castration suivie de succès dans un cas d’hystéro-épilepsie avec phénomènes mentaux el obtint une amélioration. Peruzzi fit deux opérations avec succès dans deux cas d’hystéroépilepsie. |
En France, ce fut le docteur Péan qui, en 1882 et en 1883, pratiqua les deux premières oophorectomies pour troubles nerveux. Lucas-Championnière, Terrier, Terrillon, Pozzi et d’autres suivirent bientôt son exemple, et aujourd'hui nombreux sont les chirurgiens qui imterviennent dansles cas d'accidents hystériques liés à des organes
œénilauxen opposant àceslésions un traitementapproprié.
SLR Si ce traitement n’a pas toujours été suivi de la disparition des accidents, il n’en est pas moins vrai que les guérisons qu'on doit lui attribuer sont assez nombreuses, comme le prouve le grand nombre de faits publiés sur ce sujet par les chirurgiens de tous les pays. Les thèses de Tissier, Magnin, Castagné contiennent de nombreuses observations ; nous en rapportons nous-même quelques-unes qui ont été publiées depuis.
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Observation Première
Grande hystérie. — Douleurs ovariennes continuelles. — Castration par M. le professeur Tédenat. — Retour des attaques dix mois après l'opération. — Persistance des signes hystériques. (Thèse de Castagné).
Le 14 mars 1890, entre à l'hôpital Saint-Éloi Suburbain, dans le service de M. le professeur Grasset, la nommée M C.., âgée de 23 ans, non mariée. Elle se plaint de douleurs violentes dans la fosse iliaque droite et a de fréquentes crises nerveuses.
Antécédents héréditaires. — Mère très nerveuse, sujelte à des hématémèses à la moindre émotion ; douleurs iliaques s’exispérant au moment des règles Morte il y a dix ans de phlisie pulmonaire.
Père alcoolique, se livrant à des actes de violence pendant l'ivresse, se mettant sans motif en colère. Mort en janvier 1891, dans un asile d’aliénés.
Antécédents personnels. — Dans l'enfance, variole très légère. Début de la maladie actuelle à l’âge de 11 ans.
De 2 jusqu'à 18 ans, la malade est élevée dns un orphelinat, où, parmi les pensionnaires, se trouvaient quelques jeunes filles atteintes de « haut mal » (hystérie ou épilepsie), et c'est en assistant à ces crises, consécutivement à une frayeur qu'elle aurait éprouvée, il y a 12 ans, que M. GC... aurait contracté la maladie qui la fait entrer dans nos salles. Enfin, vers l’âge de 18 ans, elle a reçu dans le ventre un violent coup de picd de son père.
En même lemps que se fait l'instauration menstruelle, apparait la maladie. A 11 aus, M. C.. est prise subitement et sans cause apparente d’hémorragies nasale el buccale qui durent quinze jours environ ; le sang, au dire de la malade, sortait à flots par la bouche et les narines. Un mois après, se montrait le premier écoulement menstruel, d'abord très peu abondant el durant deux ou trois jours à peine; tout se bornait à quelques gouttes de -ang sortant de loin