‹ De l'intervention chirurgicale dans l'obstruction intestinaleChapitre 40 sur 53 · OBSERVATION XV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XV

Ocelmion inleslinate par une brille épiploiquc. — Gaslroiomie. — Guêriton au bout de 9 jours. — Par le D"" J. Bseckel (de Strasbourg).

Georges 8... cultivateur, âgé de 37 ans. domicilié à Weitbruch (Alsace). C'est un homme de (aille moyenne, de bonne constitution, qui a toujours joui d'une excellente

— 3ilii —

Le 2 féi>rier 1880, il cuolracta uue périlyphlilc, suivie bienldt de périlonilo généralisëe et préseiilaiit les symptômes habituels de cette affection : hoquet, vomissements pori'acés, constipation, etc.. Le docteur Vosselman (de Brunualh) prescrivit des sangsues sur le ventre puis de la i^lace iiUus et extra. Champagne, potion opiacée. Au bout de trois semaines, tout danger était conjuré. Vers la cinquième semaine, le malade reprenait se? occupations habituelles.

Le 13 avril 1880, après avoir travaillé aux champs une bonne partie delà journée, il ressentit soudain des coliques très vives. Le docteur Lenlz, qui faisait par intérim le service du docteui' Vosselmann, croyant avoir affaire à une indigestion, prescrivil une potion de manne et rhubarbe qui resta sans effet.

Le- U avril, la constipation persiste. Vers le .loir, vomissements bilieux, purgatif sans plus de résultats que la veillo.

fcfi 1 H, l'état aempiré. Laconstipatiou elles vomissements persistent. Léger balonnement du ventre au pourtour de l'ombilic. Faciès altéré. On prescrit: Champagne frappé: application de glace sur le ventre. Potion avec opium: gr. 10 centigrammes.

Le 16, même état. Vomissements l'écaloïdes. Mon confrère soupçonnant un étranglement interne roc pria de visiter avec lui son client. Je m'y rendis le soir même accompagné de mes confrères Lentz, Ruhlmann et Kuho de Nancy, Nous trouvons le malade dans l'état suivant :

Faciès grippé. Apyrexie complète. Pouls à 120, relalivemenl plein. Les douleurs sont supportables grâce à la morphine. L'abdomen est raétéorisé. L'hypogaslre se trouve dans un état de relâchement qui contraste avec le ballonnement des régions épigastriquesetpéri-ombilicales. Les bosseluresde l'inleslin oe sont pas apparentes. Le toucher rectal ne fournit aucune indication capable d'éclairer le diagnostic ; on ne constate pas de tumeur. L'absence de fièvre et de douleurs, permet d'exclure la péritonite. Les antécédents morbides (pérityphlite avec péritonite généralisée) nous font immédiatement songer à l'existence probable d'une bride, tout en faisant nos réserves quant à la possibilité d'un volvulus. d'une invagination ou d'une hernie pariétale. En ce qui concerne le siège de l'étranglement, la forme du ballonnement nous incline à penser qu'il réside sur l'intestin grêle.

TraUcmciit, — Lavements forcés qui sont presque immédia-

tcment rendus. Glace i/ifm et t;xfra; Champagne frappé. Potion opiacée i) gr. 75 ceutigrammes. Nous engageons la famille à faire transporter le malade à la maison de santé des Dames Diaconesses de Strasbourg, afin de l'observer et d'intervenir chirui^icalement.le cas échéant.

La nuit est relativement calme. Vomissements fécaloïdes Le lendemain 17 avril, les douleurs et le ballonnement du ventre ont augmenté. Eructations fréquentes. Phiaieurs vomissements fécaloïdes. Le transport k Strasbourg s'effectue dans la matinée. Le soir, le malade vomit 4!J0 grammes d'un liquide brun foncé répandant ime odeur du matières fécales. Température 38" n, pouls 132 tendant à devenir filiforme. On expose la gravité de la situation aux parents du malade et on leur offre de pratiquer l'ouverture du ventre comme dernière ressource. L'opération est acceptée et fixée au lendemain matin. le 18 «m/, à dis heuresdu matin, gastpotomie avec l'aide du docteur Mûller de Nancy, de M. Kaîtenlhaler 'pour la chloroformisationetdu personnel du service. Précaution antiseptique. Spray à vapeur. Incision de 6 centimètres sur la ligne blanche à égale distance de l'ombilic et du pubis. Quatre pinces à forclpressure sont nécessaires. Incision du péritoine sur toute la longueur de l'incision téguraeutairc. Les intestins météorisés, fortement congestionnés apparaissent et tendent à faire hernie à travers l'ouverture de l'abdomen. J'essaie d'introduire l'index dans la cavité abdominale pour rechercher l'obstacle. N'y arrivant qu'avec la plus grande difficulté, je me décide à attirer les intestins au dehors et les recouvre aussitôt d'une compresse trempée dans la solution faible. Un volumineux paquet d'anses intestinales maintenu par mon aide est ainsi déplacé. Pénétrant facilement dans l'abdomen, je dirige mes recherches du cûlé droit. Mon doigt tombe presque immédiatement sur une sorte de bride résistante, fortement tendue, ' située à une profondeur de 8 centimètres. Je crois avoir découvert l'agent de l'étranglement. Pour me donner dujour, j'agrandis la plaie de Ucentimètres. Elle s'étend de l'ombilicàun travers de doigt du pubis, j'attire encore quelques anses intestinales au dehors et ne larde pas à apercevoir la bride en question et à sa gauche une longue partie d'intestin aplatie. La bride a' une direction verticale; elle est longue d'environ 10 ccnlimèlres,etlormée aux dépens du grand épiploou.qui se

trouve profondément situé du côté droit de la ligne blanche. A. Bon extrémité inférieure, elle adlière au mésentère. Sa consistance est ferme, rénitente. Elle mesure de à 8 millimètres d'épaisseur. Elle n'est pas adhérente à la portion d'intestîQ qu'elle a étranglé , ce qui permet de l'explorer avec la plus grande aisance. La saisissant entre deux doigts, je l'attire légèrement en avant et la sectionne entre deux ligatures de catgul (n" 1) dont les bouts sont coupés ras et abandonnés dans le ventre. Cela fait, on constate que la demi-circonférence seule de l'intestin est étranglée. Elle est d'une coloration pâle qui franche sur les parties voisines. Il ne semble pas toutefois qu'il y ait imminence de gangrène ; l'aspect n'est pas celui qu'offre parfois l'intestin dans la hernie étranglée, alor-s qu'une construction serrée et de longue durée en a amené la mortification. A gauche de l'étranglement, le calibre du canal alimentaire est réduit à l'épaisseur de 1 centimètre et demi sur une étendue considérable. A droite, par contre, il est augmenté do volume et a la forme d'une ampoule dilatée qui se continue avec les anses fortement niétéorisées. Le siège de l'étranglement me paraît être la première portion de l'iléon. Le ctecum est aplati. La réduction du paquet intestinal s'eËTectue aisément malgré son volume considérable et l'énorme distension des anses. Ici je m'empresse de rendre justice à l'habileté de mon aide qui maintenant toujours les intestins à l'aide d'une compresse phéniquée les fit rentrer doucement, méthodiquement par des pressions lentes, tandis que j'écartais les lèvres de la plaie jjour faciliter cette manœuvre. L'opération qui jusque-là avait duré une demi-heure est terminée par la réunion de laplaieau moyen : 1" de trois sutures métalliques ne comprenant que les parties fibreuses profondes, y compris le péritoine ; 2° de trois sutures métalliques profondes comprenant toute l'épaisseur de la paroi abdominale ; 3» d'une quinzaine de sutures métalliques superficielles.

Pansement de Lister etouale salycylique. Glace à l'intérieur, Champagne frappé. Injections sous-cutanées de morphine toutes les six heures.

A deux heures de l'après-midi, le malade se sent soulagé ; il n'a plus de vomissements, Galhétérisme de la vessie. A six heures, ilurine seul. Iln'a pas vomi. Borborygmes; température le soir, 38-1. Pouls 120,

le 19 avril. — Nuitcalme. Les vomissements ont CQtièremenl cessé depuis l'opéralion. Le faciès est meilleur. Le malade qui urine seul n'accuse plus de douleurs. A miuuil, des gaz sont rendus par l'anus. Traitement ul suprà.

T. matin 38°. P. 120. T. soir 38" 6. P. 132.

Le 20, état général satisfaisant. Bend des gaz par l'anus en grande quantité. Le ventre est moins ballonné.

Bouillon froid. T. M. 38.4 P. 134. T. S. 38.4 P. 108. Le 21. — T. M. 38.1 P. 96. T. S. 38.2 P. 92.

Le 22. — T. M. 38.4 P. 92. T. S. 38.4 P. 92.

Le 23. — T. M. 38.3 P. 82. T. S. 38. P. 82.

Ëtatdeplus en plus satisfaisant. Beatsteak. Lait. Bouillon. Champagne et glace supprimés.

Le 24. — T. M. 38.3 P. 82. T. S. 37.1 P. 72.

Première selle copieuse à midi après une dose de 1 5 grammes d'huile de ricin. On facilite son évacualiou à l'aide d'un grand lavement d'eau. Le ventre est souple, l'état général excellent. Le 25. — T. M. 37.6 P. 72.

Le 27 (9° jour). On défait pour la première fois le paosemenl. Enlèvement des sutures superficielles et profondes. Les sutures des parties fibreuses tiennent encore. Réunion parfaite, pas une goutte de pus. Le malade peut être considéré comme guéri. Pansement de précaution avec ouate maintenu par une large bande de sparadrap faisant deux fois le tour du ventre.

Le 28. Selle abondante après une nouvelle dose d'huile de ricin. (15 grammes).

Le l" mai, enlèvement d'une des sutures des parties fibreuses profondes. Les deux autres tiennent solidement. Pour faciliter leur enlèvement, j'exerce sur chacune d'elles une, traction cou* tinue à l'aide d'un poids de lOU grammes. La réunion s'est bien maintenue. La cicatrice est solide. Pas trace de pus le long dd trajet des fila. Pas d'éventration de la ligne blanche.

Le 6 mai (18" jour). Les fils tombent. Réunion parlaite. Ëlat général des plus satisfaisants.

i« 7 m«i (19" jour). Le malade se lève.

Le 13 mai. Je présente mon opéré à la Société de Médecine de Strasbourg.

Esceal le 15, muni d'une ceinture abdominale.

Comme conclusion je dirai: i*> que la gastrotomie me paraît être Tunique planche de salut dans Tocclusion intestinale aiguë, lorsque les moyens ordinaires ont échoué ; 2^ qu'elle permet d*obtenir en peu de jours la guérison d*une affection répotée mortelle, grâce à la méthode antiseptique qui réduit ses dangers au minimum.

Je ne fais donc que partager, en cela, Topinion exprimée par la plupart des membres de la société de chirurgie à propos d'une récente communication de M. Terrier sur un faitqui offre avec le mien la plus grande analogie.

Page 1