‹ De l'intervention chirurgicale dans l'obstruction intestinaleChapitre 37 sur 44 · OBSERVATION XIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIV

Étranglement interne. — Laparotomie. — Mort. Professeur Verneuil (observation inédite).

Le dimanche 30 mai 1880, on vint chercher le professeur Verneuil pour opérer une femme atteinte d'étranglement interne.

Cette femme, maraîchère, âgée de trente et quelques années, d'une bonne constitution fut prise, le jeudi 27 mai, sans cause connue, d'une douleur abdominale très vive siégeant à gauche de la région ombilicale, douleur qui la força à se mettre au lit.

Un médecin, consulté le vendredi 28, conseilla de larges cataplasmes sur l'abdomen, et, la malade se plaignant de ne pas aller à la selle, il ordonna un purgatif qui fut vomi presque aussitôt. Dans la journée, légère élévation de la température.

Le samedi matin, 29 mai, symptômes plus alarmants. Lama-

lade n'est pas allée à la garde-robe et n'a rendu aucun gaz. La douleur ombilicale devient intolérable, des vomissements apparaissent et ont lieu sans interruption. Le samedi soir vomissements fécaloïdes, le ventre se ballonne, une grande agitation se manifeste.

Le dimanche 30 mai au matin, l'anxiété augmente, le ventre se ballonne de plus en plus, la douleur à gauche de l'ombilic s'accentue (un fait à noter c'est que sur les côtés, c'est-à-dire dans la région du gros intestin, la palpation ne fait accuser aucune souffrance). Les vomissements fécaloïdes persistent; ni selles ni gaz. La face est vultueuse. Le pouls est petit, plus de fièvre, mais par contre, léger refroidissement des extrémités principalement.

M. le professeur Verneuil, en présence d'un début aussi soudain de l'intensité des phénomènes, de l'anxiété extraordinaire de la patiente, des vomissements fécaloïdes apparaissant quarante-huit heures après le début de la maladie, de la constipation opiniâtre manifestée dès le premier jour, ayant enfin appris que dix ans auparavant la malade avait contracté une péritonite généralisée; (il y a dix mois cependant la patiente accoucha et l'accouchement n'eut aucune suite fâcheuse) ; en présence, dis-je, de tous ces symptômes, M. Verneuil diagnostiqua un étranglement interne par une bande épiploïque, écartant l'idée soit d'un engorgement stercoral, soit d'une invagination, ces maladies ne s'annonçant jamais par un cortège de symptômes aussi soudains.

Deux procédés pouvaient être mis ici en usage : \° l'entérotomie; 2° la laparotomie.

En raison de la douleur fixe qui siégeait, comme nous l'avons dit, à gauche de l'ombilic et qui semblait indiquer le siège de l'obstacle, M. Verneuil se décide pour la laparotomie.

Avec l'aide de M. Levrat et d'un autre médecin, la malade étant chloroformée, M. Verneuil fait, sous la vapeur phéniquée, une incision sur la ligne blanche allant de l'ombilic au pubis. Arrivé à l'épiploon qui fait saillie à travers la solution de continuité, M. Verneuil l'écarté et plonge la main dans l'abdomen. A gauche aucune bride n'est sentie. Par contre, à droite, la main rencontre une bride épiploïque, s'étendant de l'ombilic au pli de l'aine. Il fut impossible à M. Verneuil de sentir si cette bride étranglait la masse intestinale. On déchire la bride,

on tire au dehors l'épiploon, qui semble malaxé et saigne assez abondamment. Puis, saisissant une anse intestinale, on la suture par le procédé de Nélaton à la paroi abdominale et on établit de cette façon un anus contre nature. A l'ouverture de l'anse intestinale, issue d'une grande quantité de matières fécales. Pansement antiseptique rigoureux.

La malade une fois réveillée se plaint d'un refroidissement assez grand. Les extrémités étaient en effet cyanosées. M. Verneuil ordonne de grands cataplasmes sur le ventre, des boules d'eau chaude aux pieds, sur la face interne des cuisses, etc., A. l'intérieur grogs chauds, etc.

L'agitation est toujours aussi forte; de plus, la malade se plaint d'une douleur atroce au creux de l'estomac, douleur que M. Verneuil rapporte au tiraillement de l'épiploon resté au dehors.

En somme, l'opération n'avait procuré à la malade aucun soulagement; seuls les vomissements avaient disparu.

Finalement, la malade succomba dans la nuit du 30 au 31 mai.

Un fait à noter encore, c'est qu'à l'ouverture de l'abdomen, M. Verneuil constata que l'épiploon et les intestins étaient très finement vascularisés et qu'un peu de liquide clair s'est échappé.

Y avait-il de la péritonite ? Ai-je bien fait, ai-je mal fait? dit M. le professeur Verneuil. Devais-je opérer? Devais-je m'abstenir? Quel diagnostic avais-je à poser? Quel pronostic? A toutes ces questions je ne puis répondre, l'autopsie n'ayant pas été faite.

Page 1