AVANT-PROPOS
Jusqu'à ces derniers temps on se contentait d'opposer aux tumeurs de la vessie un traitement symptomatique presque exclusivement médical : le cathétérisme évacua-i teur dans les cas de rétention d'urine ; des injections intravésicales de liquides plus ou moins justement réputés hémostatiques dans les cas d'hémorrhagies abondantes, étaient à peu près les deux seuls moyens chirurgicaux mis en œuvre. Aujourd'hui une réaction semble se faire très heureusement contre cet aveu d'impuissance dé la chirurgie jadis désarmée, et les efforts de praticiens éminents tendent à attaquer de front les néoplasmes de la vessie. Si hardies que paraissent de prime abord ces tentatives, elles ne le sont certainement pas plus que celles aujourd'hui passées dans la pratique, et dirigées contre les cancers de l'estomac, les dégénérescences de la rate et les autres affections des viscères abdominaux*
De nombreuses observations d'intervention chirurgî-
cale dans les tumeurs dejla vessie chez les deux sexes étaient éparses dans les publications périodiques étrangères, et dans ces derniers temps il m'a été donné d'assister à plusieurs opérations de ce genre pratiquées par mon maître, M. le professeur Guyon; j'ai réuni les unes et les autres, je les ai analysées et comparées, et de cette étude j'ai tâché de déduire les indications et les contre-indications Opératoires, ainsi que le meilleur mode d'intervention.
Mais une question de la plus haute importance se pose avant tout acte thérapeutique, c'est celle du diagnostic ; or la symptomatologie des néoplasmes de la vessie, si obscure autrefois, s'est enrichie depuis quelques années de notions précieuses qu'il me faudra rappeler. D'autre part, les notions anatomiques de nature, de forme, de volume, de connexions des tumeurs vésicales doivent être connues, afin que le clinicien doublé de l'anatomo^pathologiste ait avant tout quelque présomption sur les caractères les plus probables d'une tumeur donnée.
Ces quelques considérations devaient naturellement tracer le plan de mon travail, qui sera divisé en deux parties.
La première partie comprendra :
Un chapitre d'historique ;
Un chapitre de considérations ânatomo-pathologiques ;
Un chapitre de notions de diagnostic.
La seconde partie sera consacrée aux indications et contre-indications opératoires et aux opérations ellesmêmes. D'où deux derniers chapitres, dont le second très important devra être subdivisé en plusieurs sections.
Ce deuxième chapitre renfermera en effet :
Une première section, où sera jugée la question des opérations exploratrices si en faveur à l'étranger ;
Une deuxième section, dans laquelle seront exposées et appréciées les opérations d'extirpation pratiquées jusqu'ici dans les deux sexes ;
Une troisième section, dans laquelle nous examinerons la question delà résection de la vessie.
Tel est le plan que nous suivrons.
Notre titre « De Tintervention chirurgicale dans le traitement et le diagnostic des tumeurs de la vessie » et aussi notre plan paraissent accorder une place considérable à l'opération exploratrice; nous semblons mettre sur un même pied d'égalité l'acte chirurgical qui poursuit un but curatif ou palliatif, et celui qui n'a d'autre objet que d'éclairer un diagnostic obscur. Or nous tenons à faire dès le début cette déclaration : que nous n'admettons pas l'opération exploratrice. Fidèle aux traditions de la chirurgie française, qui n'intervient qu'après avoir posé un diagnostic préalable, nous rejetons toute incision, toute manœuvre opératoire ayant un autre but qu'un but thérapeutique. Si notre titre est ainsi formulé, c'est que traitant une question tout à fait à l'ordre du jour, nous avons voulu conserver les termes mêmes du problème, qui en ce moment préoccupe le monde chirurgical. En fait, à cause de l'importance qu'on y attache dans les pays voisins,nous devrons discuter longuement l'intervention exploratrice, que rend inutile selon nous la riche symptomatologie des néoplasmes vésicaux.
Je ne me dissimule pas la difficulté de l'œuvre que j'ai entreprise. Se prononcer sur une question de thérapeutique aussi délicate, à la veille de la pratique de l'art, serait présomptueux, si à défaut de notre expérience nous n'avions celle de cliniciens éminents. Ayant eu l'honneur d'être l'interne de M, le professeur Guyon, j'ai puisé près
de ce savant et cher maître des principes et des leçons que je serais heureux de pouvoir refléter dignement dans ce travail inaugural. C'est pour moi un devoir bien doux que de saisir cette occasion de remercier cet excellent maître des conseils et des encouragements qu'il n'a cessé de me donner pendant le cours de mes études médicales.