‹ De l'intervention chirurgicale dans les ankyloses du coude consécutives à des traumatismesChapitre 4 sur 47 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'idée d’une intervention chirurgicale pouvant ramener les mouvements après une ankylose osseuse rectiligne du coude n'est pas très ancienne. [Il y a encore soixante ans, l’ankylose rectiligne du coude rendait infirme à tout jamais le malheureux qui en était porteur. Tout ce que la chirurgie pouvait faire pour lui était de tenter de transformer cette ankylose rectiligne en une ankylose à angle droit, et cela au prix de combien de souffrances, suivies quelquefois d’un insuccès complet. Dans les cas heureux, où le résultat cherché était obtenu, l’individu u’en n'était pas moins porteur d’une ankylose, et son bras, bien qu'étant dans une position meilleure, ou pour mieux dire moins mauvaise, ne pouvait plus lui rendre les services qu’il lui demandait. Il n’est donc pas étonnant que les chirurgiens du milieu du siècle aient tenté de combattre cette infirmité qui pouvait survenir à la suite d’un accident bénin en apparence, mais qui entrainait à sa suite les conséquences les plus terribles pour le malade.

Section sous-cutanée des tendons et des ligaments. — Cette question, une fois mise à l'étude, suggéra de nombreux procédés opératoires. De tous ces procédés le premier en date est la section sous-cutanée des tendons et

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des ligaments. Dès 1839, Gerdy essayait l’efficacité de cette opération sur une luxation du coude datant de .six Mois. Malheureusement cette tentative ne fut pas couronnée de succès, car, après avoir divisé le tendon du triceps d’abord, puis les fibres superficielles du faisceau inséré à l’épitrochlée il ne put réduire la luxation.

Liston en même temps que Gerdy, peut-être même avant lui, tentait aussi de réduire ces luxations irréductibles et de rendre à l’articulation ses mouvements perdus. Plus heureux que Gerdy, il put obtenir la réduction de quelques luxations en ayant soin de couper au préalable les adhérences fibreuses qui unissaient les os entre eux.

En 1847, Maisonneuve rapportait à la Société deChirurgie le cas d’une luxation irréductible du coude. Tous les efforts pour amener la réduction n’avaient-eu d'autre résultat que de fracturer l’olécrane. Maisonneuve commença par sectionner tous les tendons qui entourent l’articulation et remit les os en place. Plus tard, ayant eu l’occasion de revoir son malade, il put constater que tout les mouvements du coude étaient absolument libres.

Plus tard un chirurgien de Philadelphie, Lewis À Seyre, dans deux cas de luxation en arrière, datant l’un de 14 semaines et l’autre de plus de 3 mois, put obtenir un succès complet en pratiquant la section sous-cutanée du triceps. Un autre chirurgien, Wilmart, dut aussi pratiquer la ténotomie du triceps pour obtenir la réduction d’une luxation spontanée du radius en avant.

Résection du coude. — Cest généralement à Butcher qu'est attribuée l’idée d’avoir le premier proposé la résec-

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tion pour l’ankylose osseuse du coude.En 1855 cet auteur, dans un article sur la résection du coude. proposait d’appliquer cette opération aux cas d’ankylose osseuse du coude. Cependant Gunther cite un cas de résection 08seuse totale pratiquée par Textor en 1840, mais qui fut. suivie du retour de l’ankylose, et un autre de Gordon Bück, datant de 18414, qui fut suivi d’un succès complet. Cependant, d'après Gunther, la résection n'aurait pas été tout à fait complète dans ce dernier cas, car on n'avait pas enlevé la totalité de l’épiphyse huméralie.

Il faut arriver jusqu'en 4858 pour trouver le premier cas d’ankylose osseuse du coude qui fut traitée par la résection totale ; cette résection fut pratiquée par Langenbeck avec un plein succès. En 1862 Lücke publiait un long article où se trouvaient consignées toutes les résections du coude qui furent pratiquées jusqu’à cette époque par Langenbeck. Sur les 35 cas qui sont relatés dans ce mémoire, il n’y en a que six qui se rapportent à l’ankylose osseuse, et sur ces six cas d'’ankylose, cinq seulement furent traitées par la résection totale. Cette intervention eut pour résultat de ramener les mouvements anciens dans l'articulation ankylosée.

Ried (d’Iéna), qui déjà en 1847 avait proposé la résection pour l’ankylose osseuse du coude, publia trois cas. d'ankylose bilatérale qui donnèrent lieu à six interventions opératoires. D’autres résections du coude ankylosé furent encore pratiquées par Wagner (de Kœnigsberg) par Neudorfer et par Brick.

Hueter fit en 1868 et 1872 deux résections du coude en pratiquant une double incision latérale, et en sectionnant l’humérus au moyen de la scie passée sous le triceps. Ce

procédé opératoire ressemblait beaucoup à celui que M. le professeur Ollier (de Lyon) avait proposé dès 1867.

Watson (d’'Edimbuurg) trouvait que souvent les résections du coude, ayant pour but la guérison de l’ankylose qui survient à la suite des fractures et des luxations non réduites, ne donnaient pas toujours des résultats aussi satisfaisants qu'on pouvait l'espérer. Dans certains cas on" obtenait une trop grande mobilité de l'articulation, dans d'autres au contraire, l’'ankylose se reproduisait de nouveau. Ce chirurgien attribuait le premier de ces inconvénients surtout à l’absence d’action du triceps. Se fondant sur ces idées et pour remédier à cet inconvénient il tenta de conserver l'insertion musculaire du triceps. La première intervention de Watson date de 1869 mais dans ce cas le résultat fut mauvais car l’ankylose se reproduisit. Reprenant son manuel opératoire et ayant apporté quelques modifications à son procédé, il fut assez heureux pour obtenir cinq succès complets surf les six cas qu’il eut à opérer.

En 1872, un autre chirurgien d’'Edimbourg, Annandale, proposait de réséquer simplement l'extrémité inférieure de l’humérus et de retrancher Ia saillie de lolécrane.

Von Wahl (de Dorpat) en 1879, à la suite de deux résections totales du coude qui durent être pratiquées dans deux cas d'ankylose osseuse du coude où larthrotomie avait échouéet dont nous parlons plus loin, recommandait l'incision radiale de Hueter, mais se demandait s'il ne serait pas préférable de réséquer simplement les deux os de l’avant-bras, tout en conservant l'extrémité inférieure de Phumérus .

Enfin en 1888 Monsieur le professeur Ollier de Lyon

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après avoir proposé plusieurs techniques opératoires à des dates différentes, posait dans son traité des Résections les règles du manuel opératoire de la résection souspériotée totale du coude tel qu’il est admis presque universellement aujourd’hui.

Arthrotomie. — En 1847, c’est-à-dire la même année où Maisonneuve faisait à la Société de Chirurgie la communication dont nous avons parlé plus haut, Blumhardt s'attaquait lui aussi à une vieille luxation du coude où toutes les tentatives de réduction, soit par la méthode de force, soit par l'intervention sanglante de la section des ligaments, avaient échoué. I] fit une large incision longitudinale sur les deux côtés de l'articulation qu’il ouvrit largement, détruisit complètement les adhérences fibreuses qui unissaient les os entre eux et opéra la réduction. A la suite de cette opération il fit de bonne heure exécuter tous les jours des mouvements passifs qui rendirent au membre son ancienne mobilité, et le malade put reprendre assez rapidement son rude métier de charpentier. Ce fût là la première arthrotomie.

Beaucoup plus tard, en 4879, E. von Wahl (de Dorpat) tenta d'opérer par l’arthrotomie deux anciennes luxa-: tions du coude enarrière qu'il avait en vain essayé de réduire par des méthodes non sanglantes. I ouvrit l’articulation en dehors par l’incision radiale de Hüter, sectionna le ligament latéral externe (dans un des deux cas, il fut même obligé de sectionner le ligament latéral interne) et détruisit les adhérences fibreuses. Malgré cela il ne put arriver à réduire la luxation en faisant passer l'extrémité inférieure de l’humérus par-dessus lapophyse coronoïde, et dut pratiquer immédiatement la résection

osseuse qui eutune marche favorable et fut suivie d’un plein succès. ,

Von Lesser, en 1881, tenta, chez un enfant de quatre ans, la réduction d’une luxation du cubitus en arrière accompagnée d'une fracture du condyle externe de l’humérus. Il ouvrit l'articulation par une incision externe, enleva le condyle fracturé et put alors replacer l’olécrâne dans sa position normale. Il sutura ensuite, et Ila guérison Se fit sans aucune réaction inflammatoire. Cependant, par suite de l’absence du condyle externe, le cubitus. n’était plus assez soutenu, et l’olécrane put en conséquence se déplacer de nouveau. Malgré cet accident, le résultat pouvait encore être regardé comme excellent, puisque la flexion était possible jusqu’à (30° et l'extension jusqu'à un angle obtus. Malheureusement il y avait suppression complète des mouvements de pronation et de supination. . Toutefois ce n’est pas l’arthrotomie qui doit être incriminée ici, car seule la fracture du condyle externe, et par suite son absence, doit être rendue responsable de l’accident ; l’arthrotomie permit de faire la réduction, les mouvements de flexion et d'extension purent être recouvrés grâce à elle, l’arthrotomie a donc donné dans ce cas

tout ce qu’on était en droit d’en attendre.

L'arthrotomie fut dès lors pratiquée un grand nombre de fois, entre autres par Maydl en 1884, par Stimson, par Nicoladini, et enfin par MM. Doyen et Decès (de Reims). Presque toutes ces interventions furent couronnées de succès. Nous y reviendrons du reste dans le chapitre ayant trait plus spécialement à l’arthrotomie.

Résection temporaire de l’olécrane. — Ce fut, pour ainsi dire, par hasard qu’on fut mis sur la voie d’un nou-

veau mode de traitement des luxations irréductibles du coude ; nous voulons parler de la résection temporaire de l’olécrane. On avait remarqué que les fractures de l’olécrane, survenues accidentellement pendant les efforts de réduction, avaient eu souvent pour effet de permettre une: réduction relativement facile, là ou les efforts les plus grands et les plus soutenus avaient échoué. Les remarques de ce genre furent publiées par Capelleti, Roux et Hamilton, mais c’est Blandin qui eut l’idée d’ériger en méthode cet accident des réductions et de rechercher systématiquement à produire une fracture de l'olécrane pour obtenir la réduction de la luxation. Cependant la priorité semble devoir revenir à Dixi Crosby (de New-Hamsphire) qui, dans deux cas de luxations anciennes de lavant-bras en arrière, pratiqua la flexion forcée du coude de facon à fracturer l’olécrane. Une fois la fracture obtenue, la réduction fut facilement opérée en ramenant le bras dans l'extension.

Malheureusement cette méthode brutale était forcément aveugle, et il n’est pas étonnant qu’on ait cherché à pratiquer directement la section de lolécrane sans attendre sa fracture par les méthodes de force. En 1877 M. Pingaud proposa, avec une certaine réserve, de faire consécutivement à l’arthrotomie la section de l’olécrane. « Il « serait peut-être bon, disait-il, si l’olécrane ne se rom- € pait pas pendant la manœuvre de réduction, ainsi que « cela est arrivé souvent, de la sectionner à sa base, soit «avec un petit ciseau à froid, introduit sous la peau sur « ses côtés, soit, et par la même voie, à l’aide de la scie « de Larry ou celle de Langenbeck. On éviterait sure- « ment la lésion du nerf cubital en sectionnant aux trois

€ quarts l’olécrane avec le ciseau à froid introduit par le . « Côté externe et en fracturant le reste par la flexion for- « cée de Pavant-bras. » Mais ce principe était purement théorique, M. Pingaud ne l'avait jamais vu mettre en usage et ne l'avait pas essayé lui-même. Ce n’est que deux ans plas tard, en 1879 que Trendelenburg (de Rostock) exécutait avec succèsla première résection temporaire de l’olécrane pour obtenir la réduction d’une luxation complète en arrière datant de huit semaines. En 1880 la résection temporaire de l’olécrane donnait également un succès à O. Volker chez un jeune garçon de 13 ans.

Ostéotomie trochléiforme. — Enfin en terminant cet historique des interventions chirurgicales dans l’ankylose du coude, nous devons encore signaler le cas qui fut opéré en 1886 par M. Defontaine (du Creusot). Ce chirurgien n’eut pas recours à la résection, mais bien à l’ostéotomie et à une ostéotomie spéciale, puisqu'il tenta, avec succès du reste, de refaire, autant que possible, une extrémité humérale normale. Cette ostéotomie, désignée par l’auteur sous le nom d’ostéotomie trochléiforme, fut suivie d’un suecès complet. Nous lui avons du reste consacrégin chapitre spécial où l’on trouvera, in extenso, l'observation publiée par M. Defontaine dans la Revue de Chirurgie. |

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