‹ De l'intervention chirurgicale dans les ankyloses du coude consécutives à des traumatismesChapitre 40 sur 47 · OBSERVATION XVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVII

Ankylose osseuse rectiligne du coude droit consécutive à une luxæatlion non réduite. — Soudure du radius et du cubilus à l'humérus; ossificalion périphérique à. la partie antérieure de l’'articulalion. — Résection totale de l’articulalion 8 ans après l'accident. — Abiation d'une zone périostlique au niveau de l’interligne articulaire. — Reconslitulion del’articulationsur son lype physiologique.— Grande mobiiilé de l'articulation, solidité latérale complète. — (OLLrER. — Traité des Résections. T. IT).

Eugénie R... née à Thones(Haute-Savoie) fit, à l’âge de 12 ans une chute sur la paume de la main, le bras étendu ; il en résulta une luxation en arrière qui ne fut pas réduite. Plusieurs rhabilleurs firent cependant des tentatives, mais sans succès : in flammation violente de l'articulation et douleurs atroces dès qu'on esssayaitde fléchir lavant-bras Une ankylose rectiligne fut la suite de cet accident. M. Ollier vit la malade pour la premiere fois le ? mai 1869, trois ans après l’accident. Il tenta vainement des rompre les adhérences pour changerla position du membre et il décida alors la résection qui fut pratiquée à l'Hôtel-Dieu le 9 mai, avec l'assistance de M. le docteur Laro-

D A Ron

yenne, chirurgien en chef de la Charité, et de M. le docteur Tripier.

Il n’y avait pas trace d’inflammation dans le membre, la peau était saine et glissait sur les parties profondes : pas de cicatrices, pas de traces d'anciens abcès ; membre raccourci de 21 mil. et masses musculaires notablementatrophiées ; main plus petite

que celle du côte opposé. Cette circonstance indique que la diminution de longueur est due, en partie du moins, à l'arrêt d'accroissement occasionné par le défaut de fonctionnement du membre. On constate tous les signes de la luxation incomplète en arrière.

M. Ollier,espérant pouvoir rompre les adhérences une fois les os mis à nus, eut recours à son procédé ordinaire : incision brisée externe et postérieure.

Cette incisionayant mis à découvert? Re rtion en arrière, M. Ollier introduisit un fort détache-tendons bien tranchant entre l’olécrane et lhumérus et détruisit les adhérences osseuses ef ostéo-fibreuses ; mais la flexion ne pouvant être obtenue, il brisa avec le ciseau des adhérences plus profondes, sépara l’olécrane à sa base, et put alors, par un effort prudemment ménagé, achever la séparation de l’humérus et du cubitus ; une forte adhérence antérieure, formée par lossification du ligament antérieur, fut brisé avec bruit dans ces efforts. L'articulation était devenue mobile, il procéda, comme dans les cas ordinaires, en commençant par la section des os de lavantbras avec la scie. Dans cette opération, il sacrifia-une zone de périoste de { cent. environ, qu’il laissa adhérente aux condyles etenlevaaprès la section des os. L’isolement du nerf cubital fut rendu difficile par l'épaisseur de la gaine bordée d’ostéophytes. En avant de larticulation était une coque osseuse, résultat de l’ossification de la partie antérieure de la capsule et des tissus conjonctifs périphériques. L’apophyse coronoïde paraissait avoir été arrachée ; la cavité sigmoïde et la trochlée étaient déformées et entourées sur leur bord d'ostéophytes.

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Le radius était immobilisé par des adhérences fibreuses et très serrées, parsemées de quelques grains osseux. La colonne osseuse, enlevée, représentait une hauteur de 55 millim. L’extrémité inférieure de l’humérus était rétrécie dans son diamètre bicondylien et élargie dans son diamètre antéropostérieur. |

4er juin. — On commence à électriser les muscles sous le bandage. La malade se sert déjà de sa main pour tricoter.

A la fin de juin, la cicatrisation est complète, et l’on sent déjà quelques faibles contractions dans le triceps. On continue les mouvements et l'électricité en soutenant toujours le-bras dans une valve silicatée. ;

16 août. — Les mouvements passifs sont très étenduset à peu près complets pour l'extension et laflexion, ceux de pronation et de supination très étendus. L'articulation se consolide de plus en plus latéralement, et l’on sent déjà deux saillies transversales de nouvelle formation sur l'extrémité inférieure de l'humérus.

28 août. — Les mouvements actifs gagnent chaque fois en force et en étendue. On sent plus distinctement la reproduction de deux tubérosités latérales à l’humérus, l’olécrane est représenté par un large noyau osseux mobile sur le cubitus, mais assez fixe cependant pour limiter un peu le mouvement d'extension. La main a repris toute sa force ; le malade accuse cependant encore un peu de faiblesse dans les deux derniers doigts, due au tiraillement du nerf cubital pendant l'opération. La sensibilité est pourtant redevenue normale.

Voici l’état du membre à divers intervalles. En février 1879, on constate ce qui suit : ,

Le membre est actuellement plus court de 5 centimètres, quand on le mesure de l’acromion au bout des doigts. L'humérus seul est plus court de 3 centimîtres. Il mesure 28 centimètres de l’acromion à la saillie épicondylienne de nouvelle formation. Entre les mêmes points, l'humérus du côté sain me

Prades

sure 31 centimètres. — 38 millimètres avaient été retranchés par l’numérus seul ; 54 en tout, c'est-à-dire 16 par le cubitus.

De la pointe du nouvelolécrane à l'apophyse styloïde du cubitus, en contournant l’olécrane, 246. Entre les mêmes points par le ‘côté sain, 262. : .

Quant au radius, son extrémité supérieure se perd au milieu des muscles et paraît arc-bouter contre l’humérus.

La flexion et l'extension sont complètes. La flexion active peut être portée plus loin que ne l'indique lafigure prise trois ans auparavant.

Les mouvements de pronation et de supination sont presque : aussi étendus qu'à l’état normal, mais le cubitus est moins bien fixé : il tourne un peu avec le radius.

Au point de vue de la reproduction, voici ce qu’on peut apprécier à travers la peau : L’humérus se termine par deux tu-

bérosités latérales de nouvelle formation, ayant le même diamètre bicondylien que celui du côté opposé. Ces tubérosités n’ont pas la forme malléolaire, comme on les observe sar la plupart des sujets opérés pour un arthrite chronique suppurée par la méthode périostée ; au lieu de former des espèces de cornes à sommet dirigé en bas, eHes forment deux saillies transversales. ;

En arrière de l'humérus, on distingue un olécrane de nou- ‘velle formation, uni à la diaphyse du cubitus par un tissu fibreux très serré, ce noyau osseux se prolonge en pointe dans le tendon du triceps et ressemble à une rotule qui se loge en arrière, dans la dépression comprise entre les deux condyles huméraux. |

Depuis lors, l'état d'Eugénie R...…. a été s’améliorant au point de vue de la force et de la mobilité. Le 16 octobre 1878, elle écrivait à M. Cllier :

« J'ai le plaisir de vous annoncer que je porte à bras tendu

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