OBSERVATION XXXVII
(Communiquée par M. le professeur Poncf.t.)
Péritonite tuberculeuse à forme ascitique enkystée.
Marie L..., 37 ans, cultivatrice, née à St-Martin-du-Mont (Ain), et y demeurant. Entrée le 24 octobre. Sortie le 5 décembre 1889.
Père et mère encore vivants et bien portants.
Mariée, elle a eu deux enfants ; les couches ont été bonpes, toutes deux ; la dernière remonte à 12 ans.
Réglée à 16 ans; pas de troubles de la menstruation; pas d’antécédents personnels.
11 y a quatre mois que la malade s’est aperçue que son ventre augmentait de volume insensiblement en son milieu, sans qu’aucun autre symptôme se fût manifesté. Pas de troubles de
la miction ni de la défécation ; pas de douleurs dans le bas ventre. Elle ne ressentait aucune gène, de sorte qu’elle continua son travail jusqu’à la fin septembre. A ce moment, après de grandes fatigues, le ventre a subitement pris un accroissement plus rapide, ainsi que les deux flancs, qui deviennent douloureux, surtout le gauche ; on lui mit de ce côté un emplâtre de Vigo qui a déterminé un érythème encore apparent.
Un médecin qui vit la malade à ce moment, fit le diagnostic de kyste de l’ovaire et lui conseilla d’entrer à l’hôpital.
Aujourd’hui le ventre fait une forte saillie en avant mais ne présente cependant pas une forme conique. La tumeur s’étale en haut sous les fausses côtes et refoule le diaphragme ce qui détermine un pt u de dyspnée.
La peau est distendue et sillonnée de vergetures, l’ombilic est presque effacé.
La malade a perdu l’appétit et a maigri beaucoup, surtout de la face qui ju'ésente le caractère du faciès ovarien. Elle n’éprouve aucune gêne de la défécation, cependant, quelques phénomènes d’entérite par compression depuis la fin septembre. Mictions moins fréquentes qu’auparavant mais non douleureuses, pas do vomissements; pas de douleurs dans le ventre, sauf la gêne occasionnée par le volume de la tumeur. Quelques névralgies assez fortes.
La fluctuaction est facilement perçue ; matité peu prononcée, invariable par les changements d’attitude de la maladie ; par le toucher vaginal, on trouve les culs-de-sac effacés ; l’utérus est mobile.
6 novembre. — Laparotomie médiane. Issue de cinq litres d’un liquide verdâtre. Avec la main, M. Poncet explore la cavité abdominale dans tous les sens, il ne trouve aucune tumeur; rien du côté de l’utérus ni de ses annexes. Le péritoine pariétal est épaissi, granuleux, rougeâtre; il a trois à quatre millimètres d’épaisseur environ; pas de fausses membranes. Tout l’intestin grêle forme un paquet de teinte rougeâtre à parois épaissies; les anses intestinales sont agglutinées entre elles. Rien du côté du foie ni de la rate.
Avant l’opération, on avait plus ou moins cru à un kyste de Tovaire; cependant, la malilé à limite convexe en'haut^ le ballottement du ventre, la sensation facile de flot, la température rectale entre 38° et 39°, la diarrhée devaient faire rejeter ce diagnostic, ainsi que l’effacement du cul-de-sac vaginal postérieur.
Le 5 décembre 1889. — La malade sort guérie, le ventre a un volume normal; réunion par première intention (1).