OBSERVATION XLIII
(Personnelle, recueillie dans le service de M. le professeur Poncet.)
Péritonite tuberculeuse, forme sèche.
Colombe T..., 19 ans 1/2, domestique, née à Sl-Marcel, demeurant à St-Just-la-Pendue (Loire). Entrée le 23 octobre 1890, salle St-Paul, n" 103.
Père mort à 38 ans, phtisique. Mère âgée de 55 ans, en bonne santé, quatre frères bien portants. Un frère mort en bas âge des convulsions.
Cette jeune fille a toujours été délicate, en outre, elle est réellement malade depuis plusieurs années, avec des alternatives d’amélioration et d’exacerbation.
Réglée à 18 ans, elle l’a été irrégulièrement d abord, elle l’est régulièrement depuis un an. Leucorrhée fréquente. Elle n’est pas mariée, n’a jamais eu d’enfant ni de fausse couche.
A 14 ans, elle était anémique, dit-elle.
Depuis deux ans, elle est sujette à tousser l’hiver.
Il y a LUI au, elle fui soiguée à la quatrième salle de femmes fiévreuses, dans le service de M. le docteur Clément, pour une pleurésie gauche qui s’accompagna d’hémoptysies, et nécessita un séjour de trois mois à l’hôpital.
Elle retourna chez elle. Pendant deux mois, aménorrhée.
Il n’y avait que quinze jours qu'elle avait quitté l’hôpilal lorsqu’un refroidissement, se manifestant par des points do côté, de la dyspnée et dos quintes de toux, l’obligea de nouveau à s’aliter.
En avril 1890, elle entre de nouveau à la quatrième salle (le femmes, pour une péritonite (augmentation de volume du ventre, fièvre de 40", douleurs, vomissements); depuis cette époque, elle a subi dans c lie salle un ti-aitemenl médical.
Néanmoins la maladie progresse.
Actuellement la malade est pâle, amaigrie, avec les pommettes rouges, elle a des sueurs nocturnes, une toux fréquente avec des hémoptysies se reproduisant de temps à autre.
.\norexie, ballonnement du vmitre, constipation; la diarrhée est rare ; les vomissements ont cessé.
Le ventre, dit-elle, était plus gros au mois de mai qu’actuellement, cependant son augmentation de volume est encore manifeste; il est assez souple, sauf à gauche où il présente une induration, douloureuse à la pression. A la percussion, matité dans les deux flancs; à gauche, cette matité varie un peu, suivant les changements d’attitude; à droite, elle est fixe. Pas de sensation de flot.
Le toucher vaginal n’est pas pratiqué.
Les zones de matité hépatique et splénique ont une étendue normale.
Aux poumons, affaissement notable- de la paroi thoracique du côté gauche, où a siégé la pleurésie. Submatité au sommet gauche, en arrière, avec retentissement delà toux et quelques frottements pleuraux. Mêmes signes en avant, sous la clavicule gauche.
Rien au cœur.
Un peu d’œdème malléolaire lorsque la malade s’est tenue debout,
27 octobre. — Laparotomie médiane. Le péritoine pariétal est très épaissi, comme lardacé; immédiatement après l’avoir incisé, M, Poncet tombe sur les anses intestinales qui sont adhérentes entre elles, mais non à la paroi.
Le péritoine viscéral, comme le péritoine pariétal est couvert d’une infinité de granulations grises, avec quelques légers exudats pseudo-membraneux .
Pas de liquide. — M. Poncet, avec le doigt, explore le petit bassin ; le péritoine pelvien est, comme celui de la grande cavité péritonéale entièrement granuleux, mais également partout, sans prédominance en tel ou tel point, les annexes parraissent indemnes de toute altérations.
Nous recueillons un fragment de péritoine dont une portion est mise immédiatement dans l’alcool pour l’examen histologique, une autre dans un flacon stérilisé, pour servir à des inoculations.
M. Poncet lave la cavité péritonéale avec de l’eau boriquée bouillie, chaude ( à 45" ), étanche le liquide avec des tampons stérilisés, place un crayon d’iodoforme légèrement flambé dans la cavité péritonéale, et l’y abandonne; suture profonde, péritonéale, au catgut, suture superficielle au fil de soie. Pansement légèrement compressif, comprenant, comme d’ordinaire, l’abdomen et la racine des cuisses. Suif une élévation de la T. R. à 38"4 le surlendemain de l’opération, la T. R. reste normale après l’opération. Au bout de quelques jours la malade reprend appétit, et demande des aliments.
8 novembre. — La malade ne souffre pas du ventre, et se déclare améliorée. La constipation persiste. Bon état général, teint frais, un peu trop coloré quelquefois au niveau des pommettes .
Mais la malade tousse toujours un peu; avant-hier elle a eu quelques crachements de sang.
A l’auscultation, en arrière expiration prolongée dans toute la hauteur du poumon gauche, en avant, à droite, submatité.
iiisitii'alion .saccadée el nule, expiration .soiifllanle; à gauche, rien d’anormal.
15 novembre — Etat général très bon, la malade paraît engraisser; elle est toujours apyrétique.
La plaie opératoire s’est réunie par première intention. Le ventre n’est pas douloureux, mais est toujours un peu ballonné.
Le fragment destiné à l’examen histologique, a été remis à notre ami, M. Bret, préparateur au laboratoire d’anatomie patliologiqiie , qui a bien voulu en faire des coupes que M. Bard, agrégé, cdief des travaux d’anatomie pathologique, a eu l’obligeance d’examiner. Voici le résultat de son examen, tel qu’il est consigné sur le registre du laboratoire, sous le n° 166, 1890.
La pièce comprend le péritoine pariétal et un fragment adjacent des muscles do la paroi. Le péritoine présente une injection assez vive, des vaisseaux dilatés, et, de plus, disséminés par places, des zones constituées par du tissu conjonctif densifié, contenant dans sou intérieur des follicules tuberculeux très nets, avec cellule géante centrale, cellules épithélioïdes assez nombreuses autour d’elle, mais par contre, très peu de cellules rondes périphériques. Immédiatement autour du follicule, le tissu conjonctif néoformé présente déjeà l’aspect fibrillaire ; la surface libre de la lame péritonéale est onduleuse, mais régulière et lisse. Au voisinage du bord libre, il existe, de distance en distance, de petits îlots de prolifération embryonnaire, dont l’évolution n’est pas aussi nettement dessinée que dans les follicules pro-
fonds. Sur un point seulement, il existe une fausse membrane fibrineuse, parsemée de nombreux vaisseaux lacunaires. La limite n’est pas nette du côté extérieur, les couches musculaires voisines sont le siège d’une néoformation de fibres conjonctives assez denses, pauvres en cellules, atrophiant les fibres musculaires qu’elles enserrent, mais ne présentant nulle part de follicules tuberculeux. Le processus s’atténue de dedans en dehors, il est déjà beaucoup moins apparent sur le bord de la coupe.
Quant aux inoculations faites avec du liquide ou des fragments de péritoine recue-illis dans les deux précédentes laparotomies, en voici le compte rendu tel que nous l’a remis notre ami M. Gourmont.