‹ De l'intervention chirurgicale dans les peritonites tuberculeuses generalisees et localiseesChapitre 48 sur 56 · OBSERVATION LUI · texte numérisé non relu

OBSERVATION LUI

Due à l’obligeance de M. le professeur agrégé Ghandelux, suppléant M. le professeur L. Tripier

(Recueillie par MM La’onnet et Fayard, internes des hôpitaux)

Salpingite tuberculeuse. — Péritonite localisée. — Légère ascite. — Ablation des deux trompes.

B..., Marie, 18 ans, tisseuse, née à St-Maurice-sur- Dargoire (Rhône), demeurant à St-Laurenl-d’Agny, entre à i’Hôtel-Dieu le 18 mars 1890, salle Ste-Marie, n® 17, dans le service de M. le D’’ Humbert Mollière.

Père et mère vivants et bien portants. Quatre sœurs en

parfaite santé. Deux frères et une sœur sont morts en bas âge d’affection indéterminée (un de transport au cerveau).

l a malade a eu une bonne santé jusqu’à ces derniers temps. Pas d’accidents scrofuleux dans l'enfance. Vers dix ans, elle a eu une maladie fébrile, sur laquelle elle ne peut donner de renseignements précis. Rougeole quelque temps après.

La menstruation s’est établie à l’âge de quinze ans. Depuis quelque temps, environ deux mois, sont survenus dos troubles assez accentués.

Pas de rhumatisme; pas d’impaludisme. Pas de toux. Pas de palpitations, ni d'essoufflement après un effort.

C’est du mois de septembre 1888 que date l’affection actuelle. A cette époque, elle ressentit dans l’abdomen un point douloureux localisé à peu près exclusivement au flanc gauche ; elle put cependant continuer à travailler. Depuis le mois d’août 1889, le ventre grossit, les douleurs augmentèrent. Aucun trouble digestif; cependant l’appétit diminua un peu, mais il ne se produisit jamais de vomissements. Les fonctions intestinales s’exécutaient bien ; jamais de diarrhée ni de ccnstipation.

Depuis deux mois, la malade a des pertes à peu près continuelles, mais peu abondantes.

Etal actuel. — Cette jeune fille, à son entrée, se plaint de souflrir dans tout l’abdomen.

L’état général est satisfaisant; la malade a cependant un peu perdu ses forces. Elle présente sur le milieu du front une mèche de cheveux blancs , particularité héréditaire, d’après ce qu’elle raconte.

A l’examen de la malade, on constate que l’abdomen est tuméfié d’une manière uniforme. L’ombilic est saillant.

La palpation est douloureuse surtout du côté gauche. Par la percussion, on arrive à délimiter une zone de matité située au-dessus de la symphyse du pubis, s’étendant jusqu’à deux travers de doigt environ de l’ombilic. Cette matité est nettement séparée de la matité hépatique par un espace sonore.

Los fosses iliaqiies ne donnent pas une matité bien nette, on a même plutôt de la sonorité, et surtout à droite.

Par la percussion sur les parties latérales, on n’obtient pas la sensation de flot.

Des mensurations prises le lU avril donnent les résultats suivants :

Périmètre total en passant par l’ombilic, 80 centimètres ;

D’une épine iliaque à l’autre, 32 centimètres ; ,

De la symphyse du pubis à l'appendice xiphoïde, 31 centimètres.

Par le toucher vaginal, on sent une tumeur indépendante de l’utérus, et perçue dans le cul-de-sac antérieur et le cul-de-sac latéral droit. Celte tumeur est molle, mais offre certains points indurés. Pas dé modification du col.

Rien au cœur.

Rien aux poumons.

Les urines présentent, par l’acide azotique, un très léger disque d’albumine.

12 avril 1890. — Opération. La malade est anesthésiée au chloroforme.

On commence par faire une ponction avec l’aspirateur de Potain dans la masse dure que l’on sent par le vagin. Il ne sort aucun liquide.

En examinant le col au spéculum, on voit alors deux petites ulcérations sur les parties latérales de ce col, qui paraissent être des ulcérations tuberculeuses.

La palpation de l’abdomen, la malade étant en résolution musculaire, ne permet pas de sentir^ une tumeur bien nette.

L’hystérométrie pratiquée à ce moment montre que la cavité utérine a une profondeur de 5 centimètres environ.

On fait alors une boutonnière à la ligne médiane de 3 à 4 centimètres environ. On tombe sur un péritoine épaissi, enflammé, qui, incisé, laisse écouler environ un demi-litre d’un liquide ascitique très clair.

L’incision est prolongée jusqu’à l’ombilic. On trouve une cavité bien limitée, tapissée de fausses membranes. Cette

cavité, que l’on peut comparer comme dimensions à une tête d’enfant, laisse voir des anses intestinales complèiement recouvertes d'un véritable réseau de fausses membranes.

Les deux trompes sont sinueuses, vermiformes, farcies de tubercules. Elles sont enlevées toutes deux, après ligature de leur pédicule. 11 n’y a pas d’bémorrhagie.

On touche quelques fongosités au lliermo-cautèro.

La toilette péritonéale achevée, on referme l’abdomen à l’aide d’un double plan de sutures.

Pansement antiseptique.

Dans les jours qui suivirent l’opération, la température oscilla entre 38°, 2 et 38°,6;puis, au bout de huit jours environ, la fièvre dépassa chaque soir 39", et bientôt, l’on vit au niveau de l’angle inférieur de la ligne de section, les téguments devenir rouges, tendus et douloureux à la pression. On fit alors sauter les trois points de suture inférieurs ; il s’échappa par cet orifice une assez grande quantité de liquide séropurulent. Un gros drain fut insinué dans cet orifice, et les pansements, à partir de cette époque, furent renouvelés tous les deux jours, en -faisant des irrigations dans le drain.

Des oscillations assez grandes furent observées dans la température, qui redevint normale au commencement de juillet, époque à laquelle on put constater une diminution très grande de la cavité suppurante. La malade, en même temps, reprenait de l’appétit et des forces. Vers le aoùA., la malade put retourner chez elle, une fois le drain enlevé.

Son état général à ce moment était relativement assez bon ; on lui prescrivit un traitement général (huile de foie de morue^ vin phosphaté , sp . d' iodure de fer). Néanmoins, en raison de la tuberculisation péritonéale constatée lors de l’opération, le pronostic semblait devoir être très réservé pour l’avenir. (Communication de M. Cliandelux, 27 octobre 90). Mais, le 14 novembre 1890, nous recevons, par l’obligeant intermédiaire de M. le D’' Monin, de Mornant, des nouvelles de M"' Marie B... L’état général de notre opérée est aussi bon que possible, elle a engraissé ; pris des

couleurs, son appétit est bon, et le sommeil parfait. Depuis sa sortie de l'iiôpital, amélioration de jour en jour. Elle n’a pas de fièvre. Les règles n’ont jamais reparu. Elle ne tousse pas. Quelques râles dans les poumons.

Etat local. — Toujours un peu de suppuration, autour d’un petit drain qu’elle a continué à porter.

C’est là un exemple remarquable de l’efficacité d’une intervention hâtive; nous ferons observer qu’au cours de la laparotomie, on a constaté que le péritoine était couvert de fausses membranes, mais non de granulations. Le diagnostic de tuberculose était d’ailleurs rendu certain par la présence d’ulcérations tuberculeuses du col utérin.

Cette observation était déjà livrée à l’impression, lorsque le 23 novembre 1890, nous avons pu nous-méme nous rendre compte de l’état de M'‘° B... ,

Etat général bon; teint frais, joues pleines; thorax cependant un peu amaigri, ainsi que les membres. Abdomen légèrement ballonné , très petite ouverture par laquelle suinte encore un peu de pus. Néanmoins, aucune douleur spontanée, n. provoquée. Digestions bonnes, appétit normal. La malade dit ue pas tousser. Cependant, à l’examen des poumons, on constate au sommet droit en arrière, de la submalité, de l’expiration soufflante, de légers frottements pleuraux, et quelques petits craquements fins dans les grandes inspirations et les efforts de toux ; en avant, à gauche, submatité, retentissement des bruits du cœur, pas de bruit anormal.

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