OBSERVATION LIV
(Malade operée par M. Ghandelux.)
(Observation personnelle).
(Recueillie grâce à l’obligeance de M. le professeur Teissier, et de MM. Doyon et Toussaint, internes des hôpitaux).
P. . ., 45 ans, salle Montazet, à l’Hètel-Dieu. Entrée le 2
octobre 1890. Père mort à 65 ans d’une maladie indéterminée, probablement phtisique. Mère morte à 52ans, hydropique.
Deux frères âgés, l’iin de 54 ans, en bonne santé; l’autre, âgé de 48 ans, tousse et a eu plusieurs bronchites. Une sœur est morte accidentellement des suites d'une chute.
Elle a eu à 21 ans une fille qui, actuellement âgée de 20 ans, est en bonne santé. Cette enfant est venue à terme, la grossesse a été normale. Jamais de fausses couches.
Santé médiocre dans son enfance ; quelques manifestations scrofuleuses, telles que maux d’yeux; pas d’érup lion du cuir chevelu ; pas d’engorgements ganglionnaires ; angines fréquentes. Variole à 16 ans ; pas d’autre maladie éruptive. Pas de rhumatismes ; pas de syphilis ni d’alcoolisme. Jamais de blennorrhagie.
Réglée à 17 ans, elle l’a été assez régulièrement depuis, en moyenne tous les 15 jours; écoulement peu abondant, peu coloré, durant deux jours, rarement trois ; leucorrhée frequente ; métrorrhagies il y a 18 mois, à la suite desquelles survint de l’aménorrhée durant 5 mois ; de mai à juin 1890, menstruation de nouveau régulière.
Depuis l’âge de 29 ans environ, elle est sujette à s’enrhumer au printemps ou en hiver. Depuis cette époque elle a eu trois bronchites consécutives ; dans la même année : toux, hémoptysie, sueurs nocturnes ; en octobre de la même année, à la suite de sa deuxième bronchite, dit-elle, elle contrata, après un bain froid, une péritonite, (coliques atroces, ventre ballonné, vomissements), qui dura sept semaines environ. Ensuite, bonne santé pendant sept ans. Alors, apparition de douleurs abdominales très vives, avec épreintes vésicales très pénibles ; il se serait à ce moment formé dans le petit bassin un abcès qui se serait ouvert dans la vessie : elle urina des Ilots de pus, pendant huit jours (1/4 de vase les premiers jours, quantité moindre les sept jours suivants). En môme temps, douleurs sourdes, utérines, et leucorrhée assez abondante (1882). Depuis 4 ans, règles douloureuses, peu abon-
riantes et suivies de leucorrhée. 11 y a un an, début de la maladie ad celle, par des symptômes aigrs : fièvre, augmentation de volume du ventre ; celui-ci était si douloureux qu’il ne pouvait supporter le poids des couvertures ; vomissements ; elle resta au lit une quinzaine de jours. Depuis lors, amélioration relative : la malade put se lever, mais les douleurs persistaient, malgré deux saisons à Néris. Au mois de mai elle consulta M. Laroyenne qui lui ordonna des bains très chauds et interdit les injections. En octobre elle entre à l’hôpital.
A l’entrée, ventre augmenté de volume, ressemblant à celui d’une femme au cinquième mois de la grossesse ; l’augmentation de volume porte surtout sur le côté gauche. Douleurs abdominales ; constipation, vomissements fréquents. Sueurs nocturnes; pas de toux.
La tumeur est manifestement fluctuante, mate à la percussion, sans déplacement de la matité par les changements d’attitude, tumeur limitée, saillante, que l’on peut facilement circonscrire à la palpation ; presque immobile ; il semble cependant que de faibles mouvements de latéralité peuvent lui être imprimés; ces légers mouvements se transmettent à l’utérus (exploration bimanuelle). Cette tumeur, qui à la palpation abdominale, paraît remplir tout le petit bassin, est perceptible au toucher vaginal ; elle occupe les deux culsde-sac latéraux et le cul-de-sac postérieur.
L’utérus est fixé, le col dévié et maintenu à gauche. Par le toucher rectal, on sent une masse énorme comprimant le rectum et le sacrum. Opération par M. le docteur Chandelux, agrégé.
27 octobre 1890. — Dans le but de reconnaître la nature du liquide et contrairement à la règle habituelle, une ponction exploratrice fut faite et permit de retirer un liquide citrin en quantité assez considérable et très albumineux. En raison de l’inconvénient que peuvent présenter ces ponctions, au point de vue de l’issue dans le péritoine d’une certaine quantité de liquide, une fois l’aiguille enlevée, s’il s’agit par
exemple d’un kyste tubaire non adhérent à la paroi, l’incision fut pratiquée immédiatement, au niveau de la fosse iliaque gauche. On pénètre dans une vaste cavité d’où s^’échappe en assez grande abondance 4 à 500 grammes d’un liquide semblable à celui retiré par la ponction et ne renfermant ni grumeaux ni concrétions fibrineuses. La poche limitée, par de faibles adhérences en haut, a cédé, et les intestins venaient faire hernie par la plaie.
On les refoule et on pose 3 points de suture au catgut fort, comprenant toute l’épaisseur de la paroi abdominale et le péritoine. Avec le doigt, on avait senti des masses dures entourant et immobilisant l’utérus, très probablement des masses tuberculeuses.
7 novembre 1890. La malade souffre un peu en urinant. Il lui semble que les douleurs abdominales aient augmenté depuis l’opération, mais le ballonnement a disparu , l'appétit n’est pas revenu, les vomissements ont cessé ; l’oedème des membres inférieurs a disparu.
La langue est saburrale, la T. R. depuis l’opération oscille entre 37*3 et 37“ 5 ; la malade dit avoir eu un peu de fièvre avant son entrée.
Le pouls est un peu faible. La malade répond bien aux questions ; elle n’a pas le faciès grippé.
Les injections de morphine qui étaient habituelles auparavant, n’ont plus été nécessaires depuis l’opération.
15 novembre — La malade va assez bien ; réunion par première intention ; néanmoins le bas-ventre est toujours tuméfié du cété gauche ; on sent un peu de fluctuation limitée à ce niveau, La malade est encore en observation.
A ces observations, nous joindrons le résumé de quelques autres, recueillies dans diverses publications :