RARE
ties spéciales, permettra de réaliser de nouveaux progrès grâce auxquels toutes entraves réellement inutiles pourront être évitées à la navigation et au commerce.
La dernière conférence internationale est celle qui s'est tenue à Venise au début de l'année 1897. Son but exclusif était de provoquer les mesures nécessaires pour s'opposer à l'importation de la peste, qui sévissait, et qui sévit encore en Extrème-Orient. Les travaux ont été poussés avec une rare activité. Parmi ses décisions, la désinfection joue un rôle de premier ordre, sinon le plus important. D'autre part, un décret de 15 avril 1897 édictait, en ce qui concerne la France, un certain nombre de mesures d'ordre intérieur tendant à la préservation de notre sol. L'ensemble de ces mesures a produit les meilleurs résultats, et l'épidémie, tant redoutée, n'a pu réussir à s’infiltrer chez nous.
En somme, et cette constatation sera le résumé de cette étude, la politique sanitaire est plus que jamais dominée par la nécessité d'adapter les mesures prophylactiques aux exigences du trafic international. Il faut aussi reconnaitre que l'orientation nouvelle des recherches épidémiologiques, et surtout le perfectionnement des procédés de désinfection, sont de nature à satisfaire plus aisément qu'autrefois cette impérieuse nécessité. Nous nous rapprochons de plus en plus, par la rapidité des communications, des pays où sévissent endémiquement les plus redoutables fléaux exotiques; nos échanges commerciaux avec leurs agglomérations et leurs peuples se multiplient: il nous faut nous armer pour que la surveillance soit facile et prompte, la prophylaxie simple, rapide et efficace, sans dommages inutiles pour les choses et pour les personnes.
Les peuples disposent de trois moyens pour se préserver des maladies exotiques : l'isolement, la désinfection, l'assainissement. Le premier, avec son attirail de quarantaines, de lazarets, de cordons sanitaires, a donné la mesure de son impuissance. Les conférences internationales, dont nous venons de tracer l'historique rapide, ont abouti à constater l'incfficacité de la politique sanitaire fondée sur ce moyen, en mème temps que son impraticabilité à une époque où les relations commerciales et maritimes vont sans cesse en se développant. Elles ont contribué à y substituer une politique fondée sur la désinfection, c'est-à-dire sur la purification des lieux infectés et des navires qui sont appelés à y faire escale, à l'aide de liquides antiseptiques, des marchandises et des bagages avec les étuves à vapeur. Cette politique, actuellement encore suivie, n’est, à proprement parler, qu'un expédient.
Sans renoncer complètement à lutter contre le fléau sur les lieux mèmes où il se développe, et à se prémunir contre son importation par une surveillance hygiénique des navires qui peuvent constituer des agents de transmission des maladies épidémiques, 1l convient de pratiquer de plus en plus une politique fondée sur l'assainissement de notre propre territoire. Les Anglais l'ont bien compris. Ils ont dépensé déjà pour cette œuvre plus de cinq milliards, etils n'ont pas lieu de le regretter.
Ainsi nous sommes amenés à constater que la politique sanitaire extérieure doit avoir la même base que la politique sanitaire intérieure. Dans son application, surtout au début, certaines restrictions devront être apportées à
la liberté des Iudividus. Nous avons vi jusqu'à quel point
l'État peut intervenir pour imposer à l'Individu une limitation de sa liberté, et nous savons qu'il ne saurait dépasser certaines limites. En tout cas, cette politique sanitaire fondée sur l'assainissement est encore celle qui comporte le moins de réglementation, de tracasseries, de vexations et d'entraves à la liberté. C'est la politique de l'avenir, car c'est la plus libérale et la plus féconde en résultats. Lorsque les nations riveraines de la Méditerranée auront assaini leur territoire, elles pourront attendre les épidémies de pied ferme, et renoncer aux dernières mesures
d'isolement qui sont encore nécessaires.
Vu par le Doyen, Vu et approuvé :
GARSONNET. Le Président,
F. LARNAUDE.
Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recleur de l’Académie de Paris,