‹ De l'intervention de l'État en matière d'hygiène publiqueChapitre 3 sur 161 · I DEUR · texte numérisé non relu

I DEUR

l'augmentation des naissances; par la diminution des décès. Mais si ces deux remèdes sont dignes d'une égale attention, s'ils doivent tous deux ètre mis en œuvre, il faut cependant reconnaitre que le second est d'une application singulièrement plus facile que le premier, et, qu’en tout cas, il est possible à l'État de contribuer bien plus efficacement à la diminution des décès qu'à l'augmentation des naissances.

Le progrès sanitaire nous apparait done comme une œuvre de salut publie. Pour la mener à bien, il est indispensable que l'individu connaisse ses devoirs et les observe. D'autre part, ie concours de l'État n’est pas moins nécessaire. Mais comment et dans quelle mesure l'action de l'État s'exercera-t-elle ? Le citoyen, surtout le citoyen français, si pénétré de ses droits, si jaloux de ses prérogatives, ne permetirait pas à l'État d'y porter atteinte dans un but qu'il ne comprendra jamais qu’imparfaitement. [l faut tenir compte de la répulsion naturelle du peuple pour tout ce qui peut apporter quelque gène à des pratiques anciennes, quelque trouble dans une manière de vivre fondée sur une longue habitude. Il importe donc d'agir avec prudence, de ne pas se laisser entrainer trop loin. d'éviter les réactions qui compromettraient œuvre entreprise. Une législation sanitaire qui ne respecterait pas les droits de l'individu serait vouée à un échec certain.

Ici surtout, l’action de l'État doit être raisonnée.

: Nous croyons (et c’est la justification de cette étude)

EN

qu'il convient, avant d'examiner la valeur propre de chacune des mesures législatives recommandées par les hygiénistes, de discuter le rôle de l'État, de rechercher quels sont ses devoirs, jusqu'où vont ses droits.

Ainsi cette étude se rattache à la théorie générale des Rapports de Pindividu et de l'État. Pour savoir dans quelles limites l'État peut intervenir dans les questions d'hygiène, il faut savoir quels sont, d’une façon générale, les droits réciproques de ces deux forces sociales : l’Individu et l'État. Quand ét comment l'action de l'État doitelle s'exercer? Où doit-elle s'arrêter? Grave problème qui divise depuis longtemps les philosophes, les publicistes, les hommes politiques ! Comporte-t-1l une solution ? Estil possible de déterminer exactement où finit le domaine de l'activité individuelle, où commence celui de l'État? Cette vieille question des rapports de l’Individu et de l’État sera-t-elle jamais tranchée, et les luttes politiques qui se livrent chaque jour autour d'elle, auront-elles une fin ? Jamais peut-être elle n'a été aussi débattue. Il n'est, pour ainsi dire, aucune mesure législative qui ne la soulève plus où moins ouvertement. C'est tout le problème de la Liberté!

Nous nous demanderons done quels sont d’une facon générale les devoirs et les droits de l'individu et quels sont ceux de l'État : puis nous essaierons de déterminer d'une manière pratique et précise les limites abstraites que nous aurons fixées à l'activité sociale de

l'individu et de l'Etat, en recherchant comment et dans

LPO

quelle mesure l'action de l'État peut s'exercer en matière d'hygiène publique.

Mais avant de pénétrer plus avant dans l'étude de ce problème, il importe de définir exactement les deux forces en présence, bientôt en conflit, et le terrain sur lequel elles vont s'exercer l’une et l’autre.

D'un côté nous avons l'Individu. Il serait plus exact de dire les forces privées, car l'Individu n'est pas seul: en cause en face de l'État : la famille, l'association y sont également.

De l’autre, il ne s'agit pas exclusivement de l'État, mais aussi des personnes morales administratives, comme le département, la commune, etc.

D'une part les forces économiques privées. L'Individu, libre, émancipé; l'unité économique moderne. — La Famille, dont le rôle économique est aujourd’hui singulièrement diminué et qui tend à ne plus être que l'abri social de l’Individu. — Enfin l'Association, groupement volontaire des forces individuelles, variable à l'infini, agent de tous les véritables progrès sociaux, caractéristique d’un état de civilisation, avancée, dont la valeur économique augmente à mesure que celle de la famille diminue, et qui tend à limiter la puissance de l'État.

Ces trois forces économiques privées, agissant au dehors par la seule action de la Liberté, chacune d'elles est égale en droits dans son unité à l'unité voisine corres-

pondante.

D'autre part l'État (sous la forme de l'État moderne), |

réunion de ces individus, de ces familles, de ces associations situés sur un même territoire, investi de la souveraineté territoriale et pouvant assurer à tous et à chacun par voie d'autorité le respect de la Liberté.

Tel est l'Individu. — Tel est l’État. Qu'est-ce maintenant que l'hygiène publique?

De nombreuses définitions ont été données de l'hygiène. « C’est l'étude de toutes les conditions qui assurent la « prospérité de l'Individu et de l'Espèce, qui les améliorent « moralement et physiquement, en un mot qui favorisent « et activent leur évolution”. »

« L'hygiène n'est pas seulement l'art de prévenir les « maladies, d'améliorer la santé; elle a pour but aussi « d'améliorer la race*. »

Il résulte de ceci que tout ce qui tend à assurer à l'Individu sa prospérité propre constitue l'hygiène privée. Mais toute mesure dont l'utilité ne concerne pas seulement un Individu envisagé isolément, tout ce qui peut intéresser d'autres Individus, tout ce qui intéresse l'Espèce constitue l'hygiène publique.

L'hygiène publique comprend deux ordres de faits qui se trouvent en pratique confondus® : ceux qui ne sont que des exemples d'hygiène privée généralisée et ceux qui ressortissent à l'hygiène publique proprement dite. En prescrivant la circoncision et les ablutions à {ous les 1. PRoUsT, Traité d'hygiène.

Page 1