‹ De l'intervention de l'État en matière d'hygiène publiqueChapitre 40 sur 161 · V. DECHAMBRE, Dictionnaire · texte numérisé non relu

V. DECHAMBRE, Dictionnaire

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reconnu depuis qu'il à besoin de l'air, du soleil, du poison lui-mème. Les forces physiques et vitales ne sont point en lutte. L'hygiène ne saurait consister à soutenir celles-ci contre celles-là. Le milieu commande aux phénomènes vitaux, 1] les accommode peu à peu : de telle sorte que lé mal ne vient que de leur désaccord momentané. L'étude de l'hygiène se ramène ainsi à l'étude des modificateurs, — soit externes comme le sol (géologie, minéralogite), l'air (chimie, physique, météorologie), les aliments (chimie minérale el organique), la géographie, (diversité des faunes et des flores, provenance des épidémies), l’agriculture, l'industrie et le commerce (d’où résulte l'hygiène professionnelle) — soit internes (d’où l’étude de l'anatomie, de la physiologie, de l'anthropologie).

On comprend dès lors que lhygiène, tributaire de toutes les sciences‘, se chargeant d'appliquer leurs plus récentes découvertes à la protection de la vie humaine, à l'amélioration de la santé générale, ne pouvait remplir efficacement ce rôle qu’à une époque où toutes les sciences ont acquis le degré de certitude relative qu'elles possèdent aujourd'hui.

Les applications de l'hygiène acquérant, elles aussi, un caractère plus scientifique, leurs résultats étant mieux connus et plus certains, on conçoit que l'État ait été amené à intervenir davantage pour encourager ou prescrire certaines pratiques hygiéniques.

La science, de nos jours, a fourni à l'intervention de l'État une justification nouvelle ?. Sans méconnaitre que les causes des maladies sont à la fois extrinsèques et

intrinsèques, la plupart des hygiénistes inclinent à penser

1. V. NapraAS, Traité d'hygiène industrielle. 2, Encyclopédie de ROCHARD.

ire

que celles-là sont de beaucoup les plus dangereuses. La prophylaxie des maladies contagieuses notamment a changé de face. Les notions positives que la bactériologie a fournies sur l’évolution des agents infectieux, leurs conditions d'existence, la résistance de leurs spores, leurs voies de transmission et les moyens de les détruire ont déjà modifié profondément les mesures sanitaires et amèneront dans un avenir prochain des réformes plus sérieuses encore. La plupart des découvertes relatives à ce sujet sont récentes et les nombreux travaux que suscitent ces questions montrent déjà quel avenir s'ouvre dans cette voie féconde'. Aussi l'hygiène publique entrevoit-elle nettement des horizons qu'elle espérait à peine autrefois pouvoir jamais alteindre. Eu

Les résultats principaux de ces études” sont la découverte de l’atténuation des virus et des méthodes propres à l'obtenir, les recherches sur la nature parasitaire d'un certain nombre d'affections contagieuses, l'étude de plus. en plus approfondie des maladies et des milieux épidémiques, et enfin, au point de vue prophylactique, les mesures prises pour exécuter l'information officielle, la désinfection, l'isolement, la vaccination.

Au reste le développement de l'action de l'État en matière d'hygiène publique est absolument conforme aux aspirations démocratiques de l'État moderne. Comme le disait le docteur Fauvel® à propos des maladies pes tilenüelles {mais ce qu'il disait est également vrai pour toutes

les maladies): « L'intérèt de la santé publique c'est l'in-

1. V. MARTIN et NapraS, L'Étude et les progrès de l'hygiène en France, ch. VIII.

2. V. Bulletin de l’Académie ‘le médecine, t. 26, p. 762. 3. V. Rapport à l'appui dun règlement sanitaire du 22 fév. 1876.

RS

« térêt populaire, par excellence puisque c’est princi- « palement parmi les classes peu aisées que sévissent les « maladies pestilentielles. Aussi est-ce au gouvernement « qu'il appartient de prendre en main la cause de l'intérêt « sanitaire qui n'a pas d'autre protecteur puissant chargé « de le défendre. » Et le gouvernement présentant à la

Chambre en 1891 le projet de loi pour la protection

de la santé publique avait bien raison de dire‘ que ) . .

« cest l’une des plus importantes fonctions de tout

« gouvernement, et c'est, plus que d’un autre, le « devoir d’un gouvernement démocratique de veiller à la

santé publique. »

D'ailleurs il ne faut pas méconnaitre que les questions d'assistance et d'hygiène sont intimement liées l’une à l’autre?, On peut dire que l'hygiène publique c'est de l'assistance préventive. Quelle est én effet la principale cause du chômage et de la misère si ce n’est la maladie? Écarter celle-ci c'est diminuer la misère, c’est soulager le budget de l'assistance publique. Et comme l'assistance est une des préoccupations les plus pressantes dans un gouvernement démocratique, on conçoit que l'hygiène publique soit également l’objet des soins les plus justifiés de ce gouvernement.

A ces causes générales du développement de l'action de l'État qui trouvent en matière d'hygiène publique une application particulière, nous en avons ajouté une bien spéciale, c'est l'impuissance relative de l'initiative indivi-

duelle qui tient à deux ordres de faits : la répulsion du

1. Journal officiel. Documents parlementaires, session extraordi-

naire 1891, n° 1774. U :

9. Voir le 7° Congrès international d'hygiène tenu à Londres en 1891.

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