CHAPITRE [I
Du rôle et des attributions de l'État.
I. — L’ErTarT. — SA SITUATION PAR RAPPORT A CETTE AUTRE FORCE SOCIALE : L'INDIVIDU.
Se demander quels rapports réciproques doivent exister entre l’État et l'Individu, n'est-ce pas soulever une question insoluble? — Depuis qu'il existe au monde une société organisée, au fond des débats multiples, sans cesse renouvelés ou rajeunis, qui agitent chaque jour le monde politique, n'est-ce pas toujours le même problème que nous retrouvons? Il semble cependant que lhumanité ne soit pas plus près aujourd'hui qu'il y à deux
mille ans de trouver le mot de cette énigme sociale ?
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On nous dira peut-être que les sociétés ont pu s'organiser, que les nations se sont développées sans que ce problème ait été résolu; qu'il n’a donc pas l'importance que nous lui attribuons.
Mais on reconnaitra aussi que cette œuvre de progrès social ne s'est faite qu'à talons, au milieu de secousses périodiques, instable toujours. La solution de ce problème est la condition du véritable progrès. Ce n’est que lorsqu'elle aura été trouvée que l'Individu et l'État, exerçant en toute sécurité leurs droits désormais Incontestés, poursuivront l'un et l’autre leur action légitime, sans crainte de ces empiétements continuels, suivis de réactions imévilables, écueils également redoutables, qui ont entravé la marche du progrès jusqu'à ce jour.
Le progrès demeure l'espérance invincible de l'humanité. Nous croyons tous qu'un jour viendra où le problème de la Liberté recevra une solution définitive, et notre raison nous commande d'en entreprendre l'étude. Problème redoutable cependant! Car il nous ramène toujours à cette éternelle question : Qu'est-ce que la Liberté? Dans quel but a-t-elle été donnée à l'homme ? :
C'est parce qu'ils évitent d'y répondre que la plupart des systèmes sociaux ue nous donnent sur les rapports de l'État et de l’Individu que des formules vagues et creuses. Ce que ces doctrines devraient nous dire, c'est quel doit ètre le domaine propre de chacune de ces deux forces sociales. Elles devraient en outre justifier la délimitation qui les sépare.
Dire que l'État est un mal plus ou moins nécessaire, que l'Individu est supérieur à l'État, ce sont là de pures affirmations dont la valeur n'est pas démontrée. Pour-
quoi l’État est-il un mal? Pour quels motifs l'individu
est-il supérieur à l'État? L'un et l'autre, en effet, pe sontils pas un bien quand ils agissent dans leur sphère d'action, un mal lorsqu'ils en sortent ?
Mais on peut proclamer la nécessité de l'Individu et de l'État, démontrer l'égalité de leurs droits, sans pour cela déterminer les droits propres à chacun d'eux. Ainsi il ne suffit pas de dire avec Henry Michel’ que « loin de s’ex- « clure, de se limiter ou de se gèner réciproquement, « l'Individu et l'État se supposent, se soutiennent et se « complètent. Le droit individuel a sa garantie dans « le droit social. Le droit social n'a d'autre objet « que le respect et le développement du droit individuel. » Cette théorie conduit à une limitation du droit social quoiqu'elle n'en précise guère la notion. Mais il n’en résulte aucune définition du droit individuel, d’où dérive pourtant le droit social. Nous ne savons pas d'une façon précise où s’arrète le droit individuel et quand l'Individu outrepasse ses droits.
L'État, pour M. Beudant*, « c’est la force collective qui « protège le libre développement de chacun, et qui veille à « ce que personne n'usurpe le droit de personne. La loi, « c'est l'arme mise entre les mains de l'État pour organiser « la discipline sociale, Elle est uniquement, ajoute Bastiat, « l'organe du droit individuel préexistant de légitime « défense. Elle a pour objet de réaliser l'accord et l'équiii-
« bre des libertés. Elle est la juste limite imposée à l'usage
extérieur de la liberté humaine à raison de la coexistence
des hommes. » Sans doute. Mais que faut-il entendre par
le libre développement de chacun ? Quand la discipline