Henry MIcHeL, L'idée de l'État
1. BEUDANT, Le droit individuel et VEtat, p. 137, 142 et suiv.
sociale devra-t-elle s'exercer ? Dans quelles occasions l'état dé légitime défense sera-t-il proclamé ? Sur quelles bases s'élabliront l'accord et l'équilibre des libertés individuelles ? Si la loi constitue la juste limite imposée à l'usage extérieur de la liberté humaine, à raison de la coexistence des hommes, il nous semble qu’elle doit constater cette limite, plutôt qu’elle n’a le pouvoir de la tracer, sinon, ne légitimons-nous pas le despotisme et la tyrannie ?
Déclarer, comme le fait Rousseau, que le problème de la science sociale consiste à « trouver une forme d'asso- « ciation qui protège et défende de toute la force commune « la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle « chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui- « mème, et reste aussi libre qu'auparavant », c'est ériger en principe que la personne est inviolable tant qu'elle demeure dans la limite de son droit, c'est-à-dire tant qu’elle respect la liberté d'autrui. Mais, quand la liberté d’autrui cesse-t-elle d'être respectée ? Quand la force commune doit-elle’ venir à la défense de cet associé dont les droits auront été méconnus ? Pour répondre à cette question, n'est-il pas nécessaire de savoir quel usage chacun de nous doit faire de ses droits, quelle est la fin de la Liberté ?
« Le droit est pour chacun, nous dit Kant?, ce qui « s'accorde avec la liberté de tous. » Et ailleurs : « La”
« loi universelle du droit agissant extérieurement de
« telle sorte que le libre usage de mon arbitre puisse s’ac-
« corder avec la liberté de chacun suivant une loi géné-
« rale, m’impose sans doute une obligation, mais elle n’at-
1. ROUSSEAU, Contrat social, livre I, chapitre vi. 2. KANT, Métaphysique du droit, traduction BaRIN, Introduction, p. 44, 45, C et D.