L. Say, Le Socialisme d’État
vigilance des autorités locales qui pouvaient prendre ou ne pas prendre les mesures nécessaires à la protection de la santé publique, selon le souci qu'elles en avaient.
Il existait en Angleterre, avant 1847, quatre centres d'administralion locale : le comté, la paroisse, l'union de peroisses Œquidate de 183%, et le bourg municipal corporé. La paroisse était chargée des égouts, de la salubrité et de l'hygiène. Le vestry (pouvoir exécutif) avait à cet égard les pouvoirs les plus étendus et le droit d'imposer à la paroisse une {axe spéciale pour assurer le fonctionnement de ces services. Quand le vestry ne voulait rien faire, les habitants s’entendaient directément avec des entreprises privées, ou se groupaient par quartier. Pour forcer les résistances des récalcitrants on s’adressait au , Parlement.
En somme, jusqu'en 1848, l'hygiène était laissée entièrement à l'initiative des autorités locales. Il n'y a pas lieu de s'en étonner, étant donnée l'importance de la vie municipale en Angleterre et l'individualité que les eommunes y ont si parfaitement conservée. Tant que l'esprit communal conserva quelque chose du stimulant de l’ancienne liberté communale, les voies de recours ouvertes à chacun et les mesures prises par les paroisses suffirent aux exigences de la police sanitaire, Mais, avec l’affaiblissement de l’activité communale, ces moyens furent reconnus défectueux.
En 1818, sous la menace d'une épidémie de choléra d'autant plus redoutée que celle de 1831 avait laissé présent à tous les esprits le souvenir de ses ravages, on comprit que l'intérêt de la santé publique permettait et ordonnait une limitation des pouvoirs absolus, abandonnés
jusque-là aux autorités locales.
Le Public healt act de 1848 créa le Bureau général de santé, composé de membres nommés par la reine. En outre, dans les villes et localités furent constitués des bureaux locaux de santé placés sous son contrôle, L'act était applicable aux localités sur leur demande en vertu d'une ordonnance de la reine.
Les bureaux locaux étaient chargés du sawerage (égouts), de la propreté des rues, de la police des établissements insalubres, des eaux, etc... [ls pouvaient prélever des taxes sous le contrôle du bureau général. Ils se composaient, dans les bourgs, du conseil municipal, dans les localités où existaient des commissaires aux sewers de ces commissaires; dans les autres localités enfin, de membres élus par les contribuables et les propriétaires fonciers. — Tous les règlements émarés des bureaux locaux devaient ètre confirmés, après approbation du Bureau général, par le principal secrétaire d'État (Ministre de l'Intérieur).
Cet act, voté tout d'abord pour cinq ans, fut ensuite renouvelé. De 1848 à 1854, il avait été appliqué dans 284 localités représentant une population de 2100 000 habitants.
L'act de 1848 conservait et aggravait mème le manque d'unité existant dans l'administration sanitaire locale. Il existait de ce fait un grand nombre d’autorités sanitaires presque partout indépendantes les unes des autres : 1° les commissaires des égouts et eaux souterraines (commission of Servers) qui existaient déjà sous le règne de l'ancienne législation ; 2° les comités chargés des maisons de bains et des lavoirs, dont la création avait été autorisée par deux anciens statuts; 3° les commissions pour
l'amélioration des villes (act de 1847); 4° les autorités
que le Conseil privé pouvait créer en vue de prendre les mesures propres à prévenir les épidémies et les maladies contagieuses ; 5° enfin, les bureaux de santé institués par la loi de 1848. Cette incohérence, ce manque d'unité produisaient parfois de singuliers résultats et créaient une grande confusion.
Le gouvernement allait tendre à modifier progressivement l'administration sanitaire,
L'act de 1855 institua dans toutes les localités un bureau local qui devait nommer une inspection sanitaire. Ce bureau était celui du Public healt de 1848 1à où il existait, sinon les commissaires pour l'amélioration des villes (act de 1847), sinon enfin une commission élue par la vestry dans les provinces et les kouscholders dans les localités extra-paroissiales.
Ces bureaux locaux pouvaient nommer un bureau chargé de l'administration. Ils étaient chargés de recueillir les plaintes des particuliers ; le juge de paix pouvait enjoindre les mesures nécessaires.
L'act de 1855 est le premier act vraiment général.
L'act de 1858 (local government act) allait placer les bureaux locaux sous le contrôle du principal secrétaire d'État, celui qui remplace le Bureau général, qui disparait comme trop démocratique. L’act refond l'institution des bureaux locaux. Le Bureau a désormais pour attributions le sewerage, le balayage, la police des établissements insalubres, la police sanitaire des rues, les bains, abattoirs, sépultures, les eaux. Il est composé du maire et du conseil de ville dans les bourgs, de la commission pour l’amélioration des villes (act de 1847) dans Les localités où il en existe une ; ailleurs, d'un bureau élu
conformément à l’act de 1855.
D'autres acts de détail promulgués de 1861 à 1863 forment avec l’act de 1858 les local. governments acts.
La multiplicité de ces lois sanitaires atteste le souci qu'avait le gouvernement de protéger efficacement la santé publique. La preuve de cette sollicitude résulte également des dépenses effectuées pour travaux d'assainissement. De 1850 à 1870 le gouvernement sanctionna pour cet objet des impositions extraordinaires s’élevant à 260 millions de francs. En l’année 1850 les impositions pour cet objet n'avaient guère dépassé un million de francs. En 1858, elles s’élevaient déjà à 6 600 000 franes et en 1870 à 32 millions.
Néanmoins l'on rencontrait bien des résistances. Le rédacteur du premier rapport annuel du Local Government board constatait que « tandis que sur certains points « l’on ne reculait pas devant de larges dépenses pour « réaliser des améliorations sanitaires, ailleurs, les auto- « rités locales, inertes, ne s'occupaient que d'entretenir « les chemins, avant tout soucieuses de ne pas com- « promettre leur popularité par des augmentations CAMPUS ES SUR EE STE OR CS Fr « L’impatience des impôts et l'ignorance des vérités les « plus élémentaires de l'hygiène sont portées à l'extrème... « Comme les travaux à faire sont coûteux et doivent « entrainer un sérieux accroissement des taxes, ils ren- « contrent nécessairement une résistance acharnée de la « part de ceux qui craignent les impôts plus que les « maladies, et dans les communes rurales, il v à bien « des chances pour que ceux-là soient la majorité, » Nous avons cité ces paroles parce qu'on les croirait écrites
pour la France et qu'elles peignent fort bien les résis-
lances que rencontre dans tous les pays le développement de l'hygiène publique.
L'act de 1871 eut pour but de vaincre ces résistances. Il fusionne en partie les services de l'assistance et de l'hygiène en créant le Bureau de l'Administration locale (Local government board), Ce Bureau hérite des pouvoirs couférés au Bureau de la loi des pauvres, ainsi que des attributions du principal secrétaire d'État et du Conseil privé en ce qui concerne les mesures à prendre contre les épidémies. Les autorités locales sont chargées des travaux d'amélioration locale. [Il les surveille et leur donne les pouvoirs nécessaires, il fait des enquêtes pour s'assurer que les autorités locales remplissent les devoirs qui leur incombent aux termes des acts sanitaires.
Le Public healt act de 1872 consolide la législation sanitaire en fondant tous les acts antérieurs, de 1847, sur les commissions d’ameloration, les travaux d’édilité et la santé publique, de 1858, 1861 et 1863 sur lé gouvernement local, de 1861, 1863, 1867 sur les logements d'ouvriers, de 1851 et 1853 sur les maisons garnies, de 1863 sur les boulangeries, de 1816, 1847, 1855, 1860, 1863, 1866, 1868 sur la propreté des lieux habités. Il unifie et centralise encore davantage l'administration sanitaire. L'Angleterre est désormais divisée en districts sanitaires urbains et ruraux : les autorités locales de ces districts exercent les pouvoirs conférés par les acts antérieurs, et nomment des médecins de santé agissant sous le contrôle et la surveillance du Local government board.
Certaines modifications de détail sont apportées à l'act de 1872 par le Sanitary law amendment act du T août 1874,
qui confère au Local government board des pouvoirs
plus efficaces à l'égard des autorités locales en défaut, et lui permet de donner à ses arrêtés’ la sanction d'un Wri de mandamus. D'autre part, tout ce qui concerne l'hygiène publique est placé dans chaque district sous le contrôle du Conseil d'administration local, qui peut partager le district en arrondissements dans chacun desquels ce qui intéresse la salubrité est confié à un conseil local élu. Ces conseils peuvent avoir un budget alimenté par les taxes locales; ils peuvent acquérir, emprunter. Ils autorisent, modifient, ou font détruire les travaux ou édifices que Ja loi soumet à leur approbation. Ils font des règlements sous le contrôle du Local government board et nomment des inspecteurs pour en assurer l’application. Les juges décernent des mandats à la requète de ces inspecteurs.
Le grand act de 1875 an act for consolidating and amending the acts relatings to public health in England achève l’œuvre de consolidation commencée en 1872.
Cette loi confirme la division de l'Angleterre en districts urbains et en districts ruraux. Les premiers comprennent les bourgs, les districts constitués par les acts d’amélioration, et les districts de gouvernement local. Les autorités sanitaires y sont les a/dermen et le conseil municipal, les commissaires d'amélioration et le bureau local élu. Les seconds comprennent ce qui ne rentre pas dans les districts urbains. Les autorités sanitaires y sont les administrateurs de l'union.
En outre, cette loi institue dans chaque district un medical officer nommé soit par le Local government board, soit par les Conseils locaux, selon que son traitement est à la charge du budget général où du budget
local. Le medical officer, choisi parmi les médecins
munis de diplômes spéciaux, a pour mission générale de veiller à la santé publique ; mais il ne se borne pas à faire des rapports ; il est en outre agent d'exécution pour ordonner la répression des contraventions. Il propose des mesures d'assainissement au conseil local, Le medical officer à sous ses ordres un inspecteur, dit #nspector of nuisances, qui à pour attributions de rechercher les circonstances qui peuvent nuire à la salubrité publique et de renseigner le medical officer. Auprès du conseil local est également placé un swrveillor : c'est un ingénieur chargé d'étudier et d'exécuter les travaux d'’assainissement; et un public analyst où chimiste chargé de vérifier la salubrité des denrées alimentaires.
Quatre grandes lois intéressant la santé publique sont votées en 1878 : l’une est relative aux bains et lavoirs: la seconde à la fourniture de l’eau; la troisième aux mesures à prendre contre les maladies contagieuses du bétail; la quatrième enfin au travail des personnes employées dans l'industrie.
En 1879, des lois sur la protection des enfants, sur l'ivresse, sur les logements ouvriers et enfin une loi amendant sur certains points l’acf de 1875, viennent compléter la législation sanitaire.
* En 1885, une grande enquête est entreprise à l’occasion des logements pauvres. Elle fait apparaître des résultats qui détermineront le législateur à renforcer encore davantage les pouvoirs de l'administration sanitaire. IL est constaté en effet que les autorités locales sont demeurées souvent passives malgré l'abondance des pouvoirs que le Parlement leur avait conférés. Les lois relatives à l’assaipissement des habitations, en particulier, sont presque
restées à l’état de lettre morte. Les autorités locales ont
été au-dessous de leur tâche. L'enquête propose en conséquence de fortifier les pouvoirs du Local government board.
La loi du 13 août 1888, sur la réforme du Government local vint donner en partie satisfaction à ces desiderata.
Le projet de loi proposé tendait à supprimer toutes les anciennes divisions administratives (comté, bourg, paroisse, union de paroisse, paroisse routière, district routier, district sanitaire, urbains et ruraux) et à les remplacer par des conseils de district. [l fut repoussé. Mais on ramena le plus possible les districts sanitaires à la limite des comtés pour qu'ils se rangent sous la mème autorité: et on désigna les autorités sanitaires sous le nom de conseils de district.
En outre, les autorités locales perdirent beaucoup de leurs attributions au profit des Conseils de comté.
L'exécution d’un certain nombre de lois relatives à la santé publique fut confiée aux Conseils de comté : ainsi les lois sur les épizooties, les publics health acts; quant à la nomination des médecins du service de santé, les lois de 1875 et de 1879 sur la vente des aliments, des boissons et des médicaments, en ce qui concerne Ja nomination des experts chimistes chargés des analyses, la loi de 1876 sur la pollution des rivières.
La loi de 1888 développa aussi le Local government hoard, en étendant ses pouvoirs, notamment en lui donnant la faculté de remanier les paroisses, les districts, les unions de paroisses et les bourgs.
£n 4890, nous relevons deux lois intéressantes. L'une en date du # août pour la propagation des maladies infectieuses, la seconde, du 18 août 1890, pour amender
les lois sur la santé publique.
En 1891, une loi réglemente à nouveau les pouvoirs conférés aux autorités locales contre les maladies contagieuses et une loi du 5 août consolide et amende la législation sur la santé publique à Londres.
Londres n'avait pas, jusqu'ici, bénéficié des amélioralions ni des progrès réalisés dans les provinces du Royaume Uni. La législation sur l’hygiène, très incomplète, était éparpillée dans un grand nombre d’acts souvent fort anciens et renfermée dans 29 statuts différents. De l’aveu de tous, il importait de doter la capitale d'un code sanitaire répondant aux découvertes et aux exigences de la science médicale moderne. La nouvelle loi est à la fois une œuvre de consolidation et une œuvre de réforme. À ce dernier point de vue, elle multiplie et renforce entre les mains des autorités sanitaires les moyens d'information et d'exécution; elle étend aussi le cercle de leurs attributions, précise et sanctionne leurs reponsabilités. En un mot, elle révèle une incontestable tendance vers ce système de la centralisation, si longtemps antipathique aux habitudes d'esprit et aux tradi- ‘tions de nos voisins, Ajoutons que, d'un caractère pénal très accentué, la nouvelle loi élève considérablement pour certaines contraventions le taux de l'amende.
Nous pourrions nous arrèter après cet historique de la législation anglaise relative à l'administration sanitaire. Nous avons vu les autorités sanitaires se substituer sans cesse les unes aux autres, et, dans ce mouvement législatif incessant, nous avons relevé deux tendances qui, à la vérité, n’en font qu'une : la tendance à l'unification et à la centralisation. Mais nous pensons qu'il n’est peut-être pas inutile de résumer brièvement l'organisation actuelle.
L'administration centrale est représentée par le Minis-
tère de l'Intérieur (auquel se rattache tout ce qui concerne les manufactures et les cimetières), Le Ministère d'État (avec les quarantaines et les épizooties), le Ministère du Commerce et le Conseil du Gouvernement local.
L'origine du Local government bourd remonte au premier essai d'organisation sérieuse des services de la salubrité publique. Le public health act de 1848 avait inmstitué un Bureau général de santé dont le fonctionnement parut bientôt peu satisfaisant. On supprima ce Bureau en 1858 pour placer les bureaux locaux, qui en avaient dépendu, sous la direction du principal secrétaire d'État. En 1871, on créa le Local government board. Les acts de 1872 et de 1874 en firent la clef de voûte de la nouvelle organisation des services de la salubrité publique. L'act de 1875 continua leur œuvre, que Îles lois postérieures confirmèrent et étendirent encore.
Nous avons dit qu'il lui avait été donné à la fois certaines attributions concernant l'hygiène publique et le gouvernement local, et, d'autre part, que les pouvoirs et les fonctions du Conseil des pauvres lui avaient été transférés. En tant qu'autorité centrale, il organise différentes sortes d'inspections touchant la situation, les revenus et les actes des municipalités.
Par le moyen de ses inspecteurs généraux, il s'enquiert des mesures adoptées pour l’assislance des pauvres, il surveille des officiers sanitaires, il veille à l'application des lois d'hygiène publique et donne aux municipalités des avis sur divers sujets. Au moyen de ses inspecteurs, ingénieurs, il se fait rendre compte de la valeur probable et de l'utilité des travaux proposés et pour lesquels les administrations locales ont besoin d'emprunter, Grâce à
ses inspecteurs de santé, il fait telles enquêtes qu'il lui
plait relativement à la santé publique dans les districts, et à la situation des localités au point de vue sanitaire.
Un genre tout à fait spécial d'enquête locale peut être effectué par lui, à savoir sur la plainte adressée par les habitants d'un district contre la négligence des autorités sanitaires de la localité. Rarement il a l'occasion de procéder à cette sorte d'enquête. Mais s’il était forcé de l’effectuer, et si la plainte était reconnue fondée, il a le pouvoir d’ordonner à la commission municipale d'hygiène de faire son devoir, et en ce cas, pour l'y obliger, il peut avoir recours à des mesures légales.
Ses ordonnances, sous forme de mémorandums, sont pour la plupart applieables à des cas généraux : instruetions relatives au service de la vaccination, à la désinfection des locaux où se sont déclarées des affections épidémiques, etc... Elles embrassent des questions qui intéressent à la fois plusieurs régions ou le pays tout entier.
Ce conseil forme un véritable département ministériel, d'autant que son président est membre du cabinet. Si les attributions de ce conseil ont quelque analogie avec celles de notre Direction de l'assistance et de l'hygiène publique, il faut avouer qu'elles en diffèrent aussi considérablement, en ce sens que cette dernière n’a pas les pouvoirs de police qui sont la force du Local Government board, et surtout elles en diffèrent à raison de la situation parlementaire de son président, situation qui lui permet de prendre une part directe à l’action législative, et de soutenir lui-même à la tribune du Parlement les crédits demandés pour l'application des mesures nécessaires à la salubrité générale.
L'Administration locale nous présente des autorités
(conseils) et des agents.
Les Conseils sanitaires sont urbains et ruraux. Les Conseils urbains sont formés par les villes et bourgs, districts de la loi d'amélioration, districts de gouvernement local.
Dans les bourgs, le Conseil sanitaire est le Conseil de la ville (fon Council). Dans les districts de la loi d’amélioration, le Conseil sanitaire est formé par des commissaires élus par les contribuables (improvement commisioners). Dans les districts de gouvernement local, enfin, c'est un Conseil local élu par les contribuables.
Les Conseils ruraux sont les Conseils des unions. Ils sont constitués par le Conseil des gardiens (board of quardians). Les juges de paix en sont membres de droit,
Ajoutons que les Conseils de comté tendent à jouer un rôle de plus en plus considérable en matière d'hygiène publique.
Ces diverses autorités sanitaires prennent des arrêtés exécutoires sous peine d’une amende qui ne peut dépasser 125 francs.
En ce qui concerne les agents sanitaires, une distinction doit être faite selon qu'il s'agit des administrations rurales ou urbaines.
Les premières n'ont qu'un medical officer of health, un énspecior of nuisances, des assistants et le personnel auxiliaire,
Les seconds possèdent des médecins sanitaires, des inspectors, des surveyors, des publics analysts, des vaccinalion officers.
Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons déjà dit au sujet des médecins sanitaires, si ce n’est que les fonctions spéciales de leur charge les obligent à consa-
crer tout leur temps à l'administration ; qu'ils recoivent
un traitement variant de 2000 à 30 000 francs. Le medical officer est le conseiller dû board. Son indépendance est ainsi assurée ; tout se fait au nom du board.
L'inspector of nuisances est un agent nommé par l’administration de concert avec le Local government board, Placé sous les ordres du médecin sanitaire, il peut cependant recevoir des instructions de l'autorité et prendre l'initiative de certaines mesures, quitte à en rendre compte ensuite à qui de droit.
Le surveyor est un ingénieur où un architecte. Il se livre aux enquètes nécessitées par les demandes de construction, par les projets de voirie de la ville : il entreprend d'office les ouvrages ordonnés par le Conseil dans les propriétés des particuliers qui refusent d'obtempérer aux sommations de l'autorité. Muni d’une autorisation du Conseil, il a le droit de pénétrer dans toutes les habita- .
tions qu'il juge à propos de visiter afin de s'assurer de l’état des fosses, conduites d’eau, etc..,.. En résumé, le surveyor est l’architecte-ingénieur-conseil de l'autorité. Son rôle est essentiellement exécutif, et, par la mise en pratique des décisions délibérées en assemblée, il complète efficacement l'organisation sanitaire. Les places de swrveyor, largement rétribuées, et auxquelles on ne peut atteindre que par un mérite personnel reconnu, sont fort recherchées. Dans les: circonscriptions trop peu importantes pour posséder à la fois un inspeclor et un surveyor, c'est ce dernier qui est chargé des travaux.
Les conseils locaux sont investis de la surveillance de la vente des substances alimentaires et pharmaceutiques. Dans ce but, des lois spéciales de 1872 et 1875 ont institué des chimistes experts et, prescrit aux inunicipalités de se faire assister d’un de ces agents. Plusieurs
districts se réunissent et s'entendent le plus souvent pour allouer une indemnité à un chimiste commun. La loi de 1875 donne une grande puissance d'action à ces experts. Au moment où ils ont été institués, un tolle général s’est élevé de la part des commerçants. Mais le choix éclairé de l'administration a eu pour effet d'arrêter la méfiance et ils en inspirent actuellement si peu que les délinquants en sont arrivés à ne plus se servir du recours aux chimistes de Somerset-House, que leur accorde la loi. Une société composée de tous les publics analysts de la Grande-Bretagne centralise leurs travaux, publie une revue mensuelle et, au moyen de tables précisant les limites à partir desquelles un aliment doit ètre considéré comme fraudé, elle fournit aux analysts une base de connaissances au moyen desquelles leurs conclusions sont toujours identiques.
Les vaccinations officers sont nommés et payés par l'administration des pauvres. Leur nombre est considérable. Le vacein leur est distribué par une sorte d'Institut national de vaccine qui se trouve sous le contrôle direct du Local government board avec des stations réparties sur la surface du royaume.
Telle est, en résumé, l'administration sanitaire du Royaume-Uni. Elle se caractérise par la constitution d’une autorité centrale très solide, d’autorités locales variées, disposant d'agents nombreux, munis de pouvoirs étendus. Elle est appelée, sous l'action efficace du Local government board, à se centraliser et à s’unifier davantage encore.
On peut toutefois adresser actuellement à la législation sanitaire de l'Angleterre un reproche analogue à celui que
mérite son administration. Elle manque d'unité. Cela tient
au respect, fort puissant, de l'autonomie locale, et à l'habitude législative anglaise d'abroger rarement les vieux textes. Cependant les efforts dés hygiénistes anglais ont été couronnés de succès pendant les trente dernières années. La loi de 1875 est un véritable code sanitaire, qui résume d'une facon complète les prescriptions d'hygiène les plus importantes. Nous aurons l’occasion d'étudier de plus près, en étudiant les principales branches de l'hygiène publique, chacune des prescriptions les plus importantes édictées par la législation anglaise. Il est utile de signaler ici le degré général de perfection qu'elle a su atteindre.
Si l’on veut juger dé l'impulsion donnée aux travaux d'assainissement par l'institution du Local government board et par les nouvelles lois sanitaires, il suffit de constater que les dépenses pour ces travaux qui étaient de 260 millions de francs, pour la période de 1850 à 1870, se sont élevées, de 1871 à 1882, à 1 598 millions de francs, soit 695 millions autorisés par le Local government board, et 903 millions autorisés par le Parlement.
Que l'on s'étonne, après cela, de la diminution de la mortalité en Angleterre! La moyenne annuelle de la mortalité de 1841 à 1850 était de 22,37 °/,, chiffre peu élevé. De 1879 à 1883, elle est tombée à 19,85 °/,, soit une ciminution annuelle de 2,59 °/,, qui se décompose ainsi : diminution sur les maladies épidémiques 1,47 °/,, soit, sur une population de 27 millions d'habitants environ, 40000 existences préservées ; diminution sur les autres maladies de 1,12 °/,, soit environ 30 000 existences préservées. L'effet du mouvement sanitaire en Angleterre a donc été, sans tenir compte du gain énorme pro-
venant des maladies évitées (il faut compter environ 12
malades pour 1 décès), de sauver chaque année de la mort 70000 existences : en dix ans, 700 000 existences.
Si on arrivait en France, et, notre pays, somme toute, est plus sain que l'Angleterre, par l’organisalion générale d’un service de santé publique et par des travaux d'assainissement, à faire baisser la mortalité dans la mème proportion, nous sauverions chaque année 100 000 existences, 1 million en dix ans. Le problème de la dépopulation serait résolu sans qu'on ait eu pour cela besoin de bouleverser le Code civil, ni de violenter les mœurs publiques.
Et si l'on veut connaitre la philosophie de ce mouvement hygiénique anglais, nous la demanderons à M. Goschen. Pour lui, trois causes ont coopéré aux changements qui, depuis cinquante ans, se sont produits dans la législation sanitaire anglaise. D'abord, un réveil de la conscience générale, qui se révolte contre les abus de la liberté individuelle ; ensuite, une protestation contre la répartition des richesses produite par la liberté inorganisée ; enfin, une distribution nouvelle du pouvoir politique entre les diverses classes de citoyens, qui tend à confier de plus en plus de puissance à l'État, seul capable
de vaincre les résistances individuelles.