EN 1871 EN 1881 EN
Europe 5.278 380.352 470.732
Afrique 3.645 62.203 15.214 Amérique .026 579.355 1.429.241 .016 1.625 8.640 140 2.877 4.320
Le vieux dicton : « Dans quelque pays du monde que l’on ouvre un œuf, il en sort un Gênois » trouve donc encore son application.
Les différentes nations consentiront-elles encore pendant longtemps à recevoir ce flot toujours envahissant d'Italiens ? Les économistes italiens reconnaissent eux-mêmes la formation d’une question italienne faisant pendant à la question chinoise. Il y aurait en effet entre les deux une grande analogie. « Les paysans italiens, surtout ceux du Midi, disait M. Nitti dans un discours du 21 novembre 1896, qui sont dans leur pays peu amis de l’eau et beaucoup des parasites, dépouillés dès leur départ et abandonnés durant le voyage, arrivent dans les pires conditions et doivent donner à une nation bien nourrie une assez triste idée de l'Italie » (1). D'autre part, il est actuellement bien peu de nations qui n'aient eu l'exemple de crimes célèbres commis par des Italiens, en tous cas, ils sont réputés pour jouer facilement du couteau.
L’Italien, habitué dans son pays à un gain infime, accepte à l'étranger du travail à prix trés réduit ainsi que les tâches les plus dures souvent réservées aux races inférieures. Or que reproche-t-on de plus aux Chinois? Aux États-Unis notamment, l'Italien est mis sur le même rang que le nègre et le Chinois, « parce qu’il vit en épargnant, épargnant toujours,
(1) V. Riforma sociale. Turin, Roux et FrassarTr. 20 déc. 1896.
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« renoncant non aux commodités, mais aux premières « nécessités de la vie; il gagne de deux à quatre dollars par « jour, mais dépense à peine une lire; il fait baisser le prix « dela main-d'œuvre et devient pour l'ouvrier américain undesirable (1). » Les États-Unis ont d’ailleurs commencé à entraver spécialement leur immigration qui, depuis 1820, ne cesse de s’accroître (2).
Italiens aux Etats-Unis.
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D'eux seuls on exige l'extrait du casier judiciaire avec la cause de la prison s’il y en a (3); l'interdiction d'entrer prévuc pour tous ceux qui ne possèdent pas au moins 250 francs leur est très sévèrement appliquée (en 1894, 731 ont été renvoyés); enfin, ce sont eux qui ont été spécialement visés par la loi sur lesillettrés ; on espère ainsi atteindre 52 0/0 de leur immigration.
Les économistes italiens paraissent d’ailleurs prendre leur parti de cette situation, mais fondent les plus grandes
(1) M. VinceNzo Gross, Economista d'Italia, ? août 1896.
(2) D’après la Revue consulaire des États-Unis, un quart des arrivants de l’année 1894-95 aurait été renvoyé en Italie, ce qui aurait diminué d’une facon sensible l’'embarquement. Le vapeur Hespérie, aménagé pour 1,500 passagers, n’en amène que 200, » (Moniteur Officiel du Commerce, 11 juin 1896, p. 474.)
(3) Bolleltino del ministero degli Affari Esteri, janvier 1897.
espérances sur la position de leurs concitoyens dans la République Argentine et au Brésil.
Dans la République Argentine, la colonie italienne dépasse le quart de la population totale, et cette énorme proportion fait réfléchir les gouvernements argentins. Lors d’un récent conflit entre le Brésil et l'Italie (1896) ils redoutèrent beaucoup de voir dévier sur leur territoire les immigrants italiens qui allaient autrefois au Brésil.
Les Italiens sont également dans la proportion d'un quart dans la population de l'État de Saô Paulo du Brésil ; l'Italie fut longtemps la seule puissance européenne qui autorisa le recrutement de ses nationaux à destination du Brésil. Ces immigrants furent donc bien accueillis et rendirent de très réels services ; en ce qui concerne spécialement l'État de Sad Paulo, ce sont eux qui l'ont transformé économiquement ; après l'abolition de l'esclavage, en 1889, ils l’ont sauvé d’une ruine imminente et d’une crise terrible provenant dela pénurie de la main-d'œuvre au lendemain de l'émancipation. Cependant, le développement de l'immigration italienne au Brésil semble enrayé.
Un contrat passé en 1896 avec la Compagnie Fiorita avait pour but l'introduction d’immigrants ; mais originaires d’autres contrées que l'Italie. Un « relatorio » du ministre de l'Agriculture, Commerce, Travaux publics et Colonisation, de cette même année 1856, indique pour quels motifs les Italiens ont été écartés. Il y était dit:
« J'appelle l’attention des pouvoirs publics sur l'énorme « proportion que la statistique de l'immigration accuse en « faveur de la nationalité italienne. C’est un devoir, une « nécessité de l’État d'assurer le transport gratuit des émi- « grants, mais il ne doit pas envisager seulement le côté « économique de la question ; le point de vue social n’est pas « moins important, il s'impose à sa sollicitude; sous peine « de paraître sacrifier à l'intérêt immédiat et à la richesse du « moment les garanties qui doivent défendre l'intégrité « nationale. l'introduction de plusieurs milliers d’immi- « grants d'une seule nationalité est une faute qui doit cesser.
« Au point de vue économique, la diversité d’origine sera « avantageuse, car, aussi divers sont les peuples, aussi « variés sont leurs cultures et leurs procédés agricoles; delà, « par une conséquence naturelle, nous obtiendrons un effort « moindre pour l'exploitation de toutes les richesses les plus « diverses de notre sol et avec une abondance plus complète « de productions. »
C’est donc nettement condamner à deux points de vue différents l'énorme immigration italienne.
On sait enfin que, dans les États européens, les ouvriers indigènes ne cessent de faire entendre leurs revendications contre la concurrence des ouvriers italiens.
Quoi qu’il en soit, l’émigration italienne a eu pour cette nation un avantage très appréciable : celui de contribuer à un large développement de son commerce extérieur. Le débouché que les vins italiens, par exemple, ont trouvé dans là République Argentine a compensé, dans une certaine mesure, la perte du marché français sur lequel, avant la rupture des relations commerciales de 1888, était dirigée l'importation vinicole italienne.