‹ De l'Intervention des Pouvoirs publics dans L'Émigration et L'ImmigrationChapitre 36 sur 103 · A. — IMMIGRATION LIBRE · texte numérisé non relu

A. — IMMIGRATION LIBRE

La France, qui, dans les siècles précédents, s’était si hardiment intéressée à l’œuvre coloniale (1) et qui avait manifesté de si grandes qualités colonisatrices, dont les fautes de la politique et des revers de fortune ont anéanti les plus brillants résultats, s’est, pendant la plus grande partie du xIX° siècle, tristement désintéressée des colonies restées en sa possession ou entrées dans son domaine.

La conquête de l'Algérie elle-même n’a pas été, à l’origine, entreprise dans un but colonial, mais bien pour détruire un foyer de corsaires.

Ce désintéressement tient à des causes multiples.

Après les grandes guerres de la Révolution et de l’'Empire, les hommes manquaient pour s'occuper d'œuvres

(1) C’est donc très injustement, à notre avis, que dans un mémoire présenté à l’Institut en 1796, M. de Talleyrand écrivait :

« Jusqu'à présent, les gouvernements se sont fait une espèce de principe de politique de n’envoyer, pour fonder les colonies, que des individus sans industrie, sans capitaux et sans mœurs. C’est le principe absolument contraire qu’il faut adopter, car le vice, l'ignorance et la misère ne peuvent rien fonder, ils ne savent que détruire. »

Ce reproche ne peut pas, bien évidemment, être applicable aux colonisateurs du Canada, de la Louisiane et de l’Inde française.

coloniales. Lorsque ce vide fut comblé, survint une période ‘d'activité industrielle très intense, absorbant toutes les préoccupations et tous les efforts.

Enfin, la centralisation administrative excessive qui, depuis le premier Empire, est restée la base de notre régime politique, était pour la bonne gestion d'un domaine colonial un obstacle qui, malheureusement, n'a bn encore disparu.

L'exemple de l’ eo démontre à l’ due que l’autonomie sagement réglementée est la condition nécessaire du Bi poinbit rapide et continu des colonies.

L'administration des colonies par le Département de la Marine a également présenté des inconvénients; un ministère militaire absorbé par les préoccupations primordiales de la défense nationale ne pouvant apporter une attention égale au développement agricole et commercial d'une colonie.

Fort heureusement, dans ces dernières années, un mouvement d'opinion de plus en plus caractérisé s’est produit, ‘qui proteste contre ce système de désintéressement.

Nombreux sont les hommes politiques, les économistes et les publicistes qui, frappés de l'insuffisance des résultats obtenus dans notre domaine colonial, si on les compare aux sacrifices considérables d'hommes et d'argent qui y ont été faits, recherchent les moyens nouveaux d'avancer l’œuvre de la colonisation dans les immenses territoires qui sont devenus la propriété de la France.

On a préconisé l'emploi des grandes Compagnies sur le modèle de celles qui existaient aux siècles derniers, il a êté présenté dans ce but, le. 17 juillet 1891, un projet de loi gouvernemental et, à la date des :8 novembre 1892 et 24 janvier 1896, des “propositions de loi d'initiative parlementaire (1).

(1) Voir Cauwis, Les nouvelles compagnies de colonisation -privilégiées, Larose et Korcel, 1892.

Voir Eug. ÉTIENNE, Les ‘compagnies de colonisation, Paris, Challamel, 1897.

La discussion de ces projets ne pourra vraisemblablement

avoir lieu dans la législature actuelle, mais ils s’imposeront à l'attention de la nouvelle Chambre.

‘ Leur examen ne rentre pas dans le cadre de cette étude, puisque leur adoption aurait pour résultat de déléguer à des Compagnies d'initiative privée l’action des pouvoirs publics, ceux-ci n'intervenant que pour donner les autorisations nécessaires sur des bases préalablement arrêtées parle légis- Jateur.

Revenons donc à notre sujet, en recherchant ce qui a été fait par le gouvernement français et ce qu’il projette de faire pour le peuplement et l'exploitation des colonies françaises.

Au point de vue budgétaire, les ressources mises à la disposition du gouvernement sont d’une parcimonie navrante.

Le ministère des Colonies dispose d’un crédit spécial affecté à l'introduction de travailleurs aux colonies; ce crédit est insuffisant pour faire face à une émigration importante, la gratuité du transport n’a pu être jusqu'ici donnée que pour les personnes et non pour le matériel qu’elles emportent avec elles. Le seul bon côté de cette fâcheuse économie est d'obliger l'Administration à faire un choix parmi les postulants et de n’envoyer aux colonies que des individus qui présentent toutes les conditions de réussite (1).

(1) L'Administration fait son choix parmi les postulants qui fournissent les justifications suivantes :

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