‹ De l'Intervention des Pouvoirs publics dans L'Émigration et L'ImmigrationChapitre 60 sur 103 · IMMIGRATION ARTIFICIELLE · texte numérisé non relu

IMMIGRATION ARTIFICIELLE

Dès le début du xixe siècle, les conditions économiques qui régissaient les républiques Sud-Américaines furent modifées ; leur indépendance fut reconnue; la traite, puis l’esclavage abolis. Ces républiques, pouvant enfin s'organiser et mettre en valeur leurs immenses territoires, durent, pour se procurer la main-d'œuvre nécessaire, provoquer un courant d'immigration. Le chemin était peu connu, aussi durentelles recourir à l’immigration artificielle, leurs agents parcouraient les pays d'émigration promettant le passage, des primes, des avances en argent, en terres ou en vivres. Ce

fut la première manière. Il semblait qu’elle ne devait avoir qu’un temps; que la route, une fois tracée, le nombre des immigrants augmentant sans cesse, ces républiques pourraient promptement supprimer tout au moins le passage subsidiaire, même opérer un choix parmi les arrivants. Les espoirs conçus à cet égard ont été déçus. C’est qu'en effet, l'éloignement de ces régions des centres d’émigration, le climat torride qui règne dans certaines d’entre elles avec son cortège de fièvres et de maladies, un système terrien défectueux ne donnant aucune base certaine à la propriété, l'organisation insuffisante de la justice, un régime politique mal assis engendrant de fréquentes discussions civiles, l'intolérance religieuse, furent et sont souvent encore des obstacles sérieux à l’arrivée des colons libres.

Une seule parmi elles, la République Argentine, a pu, pendant quelques années, éviter l'immigration artificielle. Les statistiques enregistraient un nombre considérable d’immigrants. Mais cette prospérité n’était qu’apparente ; une crise financière, deux ou trois mauvaises récoltés, ont suffi à détruire l'engouement des années précédentes, la rétromigration est devenue importante. Les lois de cette République étaient cependant considérées comme les meilleures de l'Amérique du Sud.

On peut donc augurer que l'immigration artificielle sera longtemps le régime normal de ces centres d'immigration ou, tout au moins, devra coexister avec l’immigration libre pour diriger et renforcer l’essor de cette dernière.

Le système qui a remplacé les moyens les plus extrêmes, parfois les plus injustifiables, semble devoir tendre à la réserve de l’octroi des faveurs spéciales aux seuls agriculteurs, on remarque également une forte tendance à prohiber l'entrée des indigents ou individus inutiles; on peut done prévoir une meilleure adaptation de l'immigration aux besoins de ces Etats.

Nous conservons à l’'Uruguay sa place dans ce groupe, bien que sa législation, sans que l’on puisse trop s’expliquer pourquoi, étant donnée sa situation économique, semble se

rapprocher de celles qui mettent des entraves à l’immigration.

L'Amérique Centrale trouvera également place dans ce chapitre, bien que l'immigration y soit presque nulle. Le type le plus complet des pays qui pratiquent l'immigration artificielle est le Brésil, qui, après avoir épuisé tous les sysièmes pour attirer un courant régulier d'immigration, a dû

renoncer à cette tâche et faire de l'immigration un service « estadoal ».

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