‹ De l'Intervention des Pouvoirs publics dans L'Émigration et L'ImmigrationChapitre 67 sur 103 · PEROU · texte numérisé non relu

PEROU

Le gouvernement péruvien n'intervient officiellement dans l'immigration que depuis 1848, bien qne son indépendance date de 1821 (1). En 1839, encore, la Constitution se montrait hostile aux étrangers. Il à été promulgué depuis de nombreuses lois pour attirer l'immigration blanche; mais ce furent autant d’insuccès. La cause vient de la situation physique du Pérou, qui est toute particulière. Sans doute, le pays est d’une nature riche; possède d'immenses terrains, qui pourraient être cultivés avec succès ; mais l'accès de ces territoires est si difficile, qu'il suffit à décourager les immigrants les plus entreprenants. Le Pérou se divise, en effet, au point de vue géographique, en trois bandes parallèles à la mer : la côte, la Sierra et la Montaña. Dans la première, le sol est peu productif; la seconde est une zone montagneuse et aride ; enfin, la Montaña est très fertile, couverte de forêts remplies d’essences précieuses et c’est elle, qui est destinée à la colonisation. Mais la difficulté est d'y accéder et d’en exporter les produits. La voie ferrée ne peut, en effet, traverser la Sierra, d’une altitude trop élevée; d'autre part, les

Sources : Le Pérou en 1889, Alejandro de YpraquEez, Le Havre, Le Roy et Porée, 1890. x

Recueil consulaire belge, année 1895, tome LXXXIX, n° 2; année 1897, tome XCVI, n° 2.

(1) En fait depuis 1824.

chemins de terre sont peu nombreux, étant donnée la rareté des cols. Une brochure officielle de propagande recommande d'y arriver en remontant le cours de l’Amazone; or, c'est là un voyage très long et très coûteux. De plus, le climat est chaud (1) etle pays si peu connu, qu’on ne connait encore, que d’une facon théorique les limites de la Bolivie et du Pérou.

Au point de vue politique, la situation n'est guère plus enviable : l’état de guerre, qui dura de 1825 à 1885, aujourd’hui l'instabilité gouvernementale, l'absence de liberté religieuse maintenue par la Constitution de 1860 ; ne sont pas des conditions propres à attirer l'immigration.

De 1850 à 1876, les autorités péruviennes se sont constamment occupées de colonisation et d'immigration.

L'immigration spontanée a été à peu près nulle. Six cents Allemands seulement, arrivés en deux fois (302 en 1857 — 321 en 1868) ont formé, en Amazonie, la colonie de Pozuzo, aijourd'hui prospère. Leur condition était réglée par la loi du 24 mai 1845, première réaction contre la Constitution de 1839, qui permettait aux étrangers d'acquérir des propriétés namobilières.

L'immigration artificielle fut inaugurée avec le système de la prime par la loi du 17novembre 1849 : on offrait 30 sols (2) par tête d'immigrants de race blanche ou asiatique amenés par convois d'au moins 50 individus. Chacun d’eux recevait des terrains en friche, exempts de toute redevance pendant vingt-cinq ans.

Pendant les années 1850-1851, on avait ainsi introduit 3,932 colons :

2,016 Chinois, 820 Irlandais, 1,096 Allemands.

Le montant des primes s'était élevé à 117,960 sols, soit environ 589,800 francs.

Ce système fut abandonné et remplacé, dans la loi du 15 avril 1853, par le payement du passage et le don à chaque

(1)La température moyenne est de 25-30 degrés. (2) Le sol, qui vaut aujourd’hui 2 fr. 90, valait environ 5 francs à cette époque.

immigrant de semences, d'instruments et d'un terrain de 20-40 fanegadas (1).

Les immigrants avaient de plus, la faculté de former des communes; qu'ils administreraient eux-mêmes, en dehors de toute ingérence du gouverneur de la province.

Ce nouveau régime n’eut pas plus de résultats, il en fut de même de contrats passés en 1859, par le gouvernement avec des compagnies de navigation, pour l'introduction de 25,000 Irlandais et 10,000 Espagnols.

En 1862, on avait attiré quelques indigènes des îles Hawaï (150), mais cette immigration fut prohibée dès 1863.

Les Chinois furent la seule source d'immigration un peu considérable au Pérou pendant cette période. Les premières entrées datent de 1849, le dernier convoi arriva le9 juillet 1874; le traité de Tientsin du 7 août 1875 ayant inauguré un nouveau régime.

À vrai dire, cette immigration, en dépit de la loi du 5 mars 1856, qui obligeait tout capitaine à prouver que les Chinois venaient librement, fut plutôt une sorte de traite. Ceux qui les amenaient, les cédaient aux planteurs pour 500 sols par tête. Ils furent d’ailleurs très maltraités; le gouvernement portugais crut même de son devoir d'interdire, le 27 décembre 1873, le départ par Macao d’émigrants chinois pour le Pérou; ceux-ci, de leur côté, se vengèrent plusieurs fois par l’assassinat.

De 1849 à 1874,il fut introduit 87,393 émigrants de racejaune.

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