‹ De l'Intervention des Pouvoirs publics dans L'Émigration et L'ImmigrationChapitre 90 sur 103 · LA QUESTION CHINOISE · texte numérisé non relu

LA QUESTION CHINOISE

La race chinoise est l’une des plus prolifiques du globe, lémigration est donc pour elle une chose nécessaire. Cependant presque partout les lois d'exception frappent le Chinois; la majeure partie du continent américain, l'Océanie, quelques contrées de l’Afrique, de l’Asie et même de l’Europe lui sont fermées. Ce qu’on appelle la « question chinoise » est loin d’être résolue. |

Avant d'énumérer les nombreuses lois qui contiennent : ces interdictions, il convient d'indiquer l’origine du procès, : d'examiner les différentes pièces de l’accusation, ce qu’elles - disent et ce qu’elles sous-entendent, puis les arguments de la . défense; nous serons alors à même de prendre parti et de conclure que le jugement a été tout au moins très sévère.

On trouve des traces d'immigration chinoise dans le Sud de l'Asie, l'Australie ét la Polynésie dès le dix-septième siècle, mais la formation du courant d’émigration régulier ne re-

Sources : Rapport sur l'immigration, Edwarg Younc. Washing-

ton 1872.

Die antichinesen bewegqung in America, D'Otto FREIHERN von BŒNIGH,

Recueil consulaire belge.

Revue des Deux-Mondes 1878.

Economiste français, passim, V, aux tables le mot : Chine.

monte qu’à 1840; la question chinoise est encore plus récente (1860).

La conclusion du traité de Wanghia, en 1844, entre l’Amérique et la Chine, qui étaient en relations maritimes depuis 1784; la découverte en 1848 des mines d’or de la Californie sont le point de départ de l'immigration chinoise en Amérique. À partir de 1849, on commença les grandes constructions de chemins de fer, le Chinois se présenta et fut accueilli ; l'Amérique lui doit les 4/5 du travail du «Pacific Central ».

Tous, bien ou mal disposés en sa faveur, s’accordaient à louer sa fidélité et son labeur patient (1).

Le travail des mines notamment avait réussi-aux Chinois; sur leurs économies, ils avaient acheté des concessions minières et en- possédaient en 1851 pour une valeur de 1,850,000 dollars.

Ils farebt obligés, en 1852, de se munir d’un permis du prix de trois, puis quatre, puis six dollars par mois, mais ils ne faisaient que partager en cela le sort de tous les mineurs étrangers dont on désirait resteindre le nombre. Cette taxe était perçue en vertu d’un act du 3 mars 1807sur l'occupation des terres cédées aux Etats-Unis et qui avait été appliqué à la Californie en 1852.

Le Chinois avait également, à cette époque, fait son apparition dans les villes ; la disette de femmes adonnées aux travaux domestiques avait fait recourir à lui, il n'avait d’ailleurs pas son égal comme cuisinier, il était blanchisseur, il servait même de bonne d'enfants; puis il eut des aspirations plus hautes et devint manœuvre ; tous les petits métiers furent remplis par des Chinois et ils y excellaient au point que les cOREPRER CNE recherchaient leur travail habile et bon marché et :es consommateurs leurs produits. Ce fut leur perte.

(1) Une grande partie de Ces renseignements nous a été fournie par un «rapport sur l’émigration chinoise « du 4 juillet 1884, fait pour le compte du gouvernement canadien et publié à Ottawa en 1885.

. Dès 1861, les Chinois sont frappés enCalifornie d’une taxe Spéciale de quatre dollars par mois, pour obtenir l’autorisation d'extraire du métal des mines ; dans les villes ils sont pourchassés et, si bien accueilli en 1852, « Cheap John », comme on l’appelait, n’osait plus se montrer dans les rues en 1862. |

On commença alors contre lui une campagne acharnée et habilement menée. On poursuivit en lui le bouddhiste à la religion étrange (1), le fumeur d’opium, le joueur, le thésauriseur; on lui reprochait d’être inassimilable, de conserver son costume national et de former dans les quartiers toujours distincts qu'il habitait, une sorte de gouvernement occulte, tout au moins des corporations et des tribunaux d'arbitrage; “on l’accusait d'apporter la lèpre et toutes les femmes chinoises, disait-on, atteintes d’une maladie spéciale, étaient adonnées à la prostitution.

Le dossier, on le voit, était complet; mais à côté des griefs qu’il énonçait, il y ena eu beaucoup qu'il taisait.

On omettait de dire que ce quel’on reprochait surtout dans le Chinois, c'était le travailleur habile, acceptant de l'ouvrage à bas prix et tendant par cela même à faire baisser les salaires, préféré des patrons parce « qu’il ne chômait pas le lundi » (2), et assez laborieux pour faire rapporter la terre et les mines abandonnées par les blancs. On méconnaissait les services qu'il avait rendus, sa ponctualité et son honnêteté à remplir les conventions qu'il avait acceptées.

Les rapports, faits à la suite de deux enquêtes menées à San-Francisco et à Victoria (Colombie anglaise) pour le compte du gouvernement canadien qui songeait, en 1885, à interdire également l’entrée: des Chinois, fournissent à la défense des arguments sérieux.

(1) La religion du Chinois exige son inhumation en terre chinoise. A cet effet, dans le prix du passage, est compris celui du retour du corps en cas de décès, et de temps à autre des navires partent avec une Cargaison de cercueils.

(2) Voyez rapport précité.

L'immigration des Asiatiques, si ardemment désirée pour l'accomplissement des grands travaux de chemins de fer, avait-elle été de la part des Chinois entièrement libre? L’article 5 d’un second traité passé en 1868 entre les Etats-Unis et la Chine permet de supposer le contraire. Pourquoi, en effet, s'y serait-on accordé « à condamner toute émigration « qui ne serait pas absolument libre et à soumettre à des lois « pénales, le fait par un Américain ou un Chinois detrans- « porter des Américains ou des Chinois d’un pays dans l’autre « sans leur libre et plein consentement? » |

D'autre part, l'histoire suffit à excuser les Chinois RS je passion pour l’opium. |

N'est-ce pas l'Angleterre qui, depuis 1850, leur en HbBoSS l'usage, « détruisant leurs villes et les massacrant pour le leur « faire admettre? » Il paraît d’ailleurs, disent les rapports des enquêtes, que longtemps avant l’arrivée des Chinois en Colombie, les Anglais n'avaient plus rien à CES d'eux sur ce point (1).

La religion du Chinois empêche, il est vrai, une assimilation complète; mais l’on à remarqué que dans lesendroits où il était bien traité, comme Victoria et Portland, il restait d’unniveau bien supérieur. LE.

L'hypothèse qu’ils forment un tribunal d'arbitrage et un gouvernement secret est probable; maiselle n’a jamais pu être prouvée, malgré les nombreuses visites de jour et de nuit, faites par les membres de la Commission et la PE dans les quartiers chinois.

Il est avéré que le changement de costume Pda chez lui la phtisie.

Une statistique indiquée par M. Grag, Hifatie du rapport concernant la Colombie, montre que les Chinois n’augmentaient pas outre mesure la liste des criminels.

(1) Rapport précité, chapitre 5,

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