ANNÉES BLANCS SAUVAGES CHINOIS
41883 ler sem, 1884
Le reproche de prostitution porté contre les femmes cst également peu fondé. Celles-ci sont d’abord très peu nombreuses. « Une des particularités de l'immigration chinoise « est le petit nombre de femmes, lequel n'excède pas 7 0/0 « de la totalité » (1). En cinq ans, deux rapports de police seulement signalaient dés faits de prostitution. Sur uné population chinoise de 10,550 individus, il n'y avait que 151femmes, sur lesquelles 70 à peine datent connues comme prosti-
‘tuées.
Mais en réalité, Fa ten publique était plus surexcitée que convaincue par les agitateurs de toute sorte et les candidats, ‘ qui faisaient de l’ expulsion des Chinois leur Piatform élec- “ torale (2).
(1) Edward Youxe, op. cit. page 7.
(2) Dans un meeting tenu le 19 décembre 1877, un candidat, Kearney, haranguait ainsi les. électeurs : « Je vous le dis et vous le « répète que les Chinois partiront — peine de mort à qui reviendra — « la Constitution des Etats-Unis ne nous donne pas seulement le droit « de dénoncer publiquement le directeur de la Compagnie de navires « à vapeur du Pacifique, mais aussi le Président de la République. « Celui-là nous irons le chercher à la Maison-Blanche et nous le con- / « duirons à la porte par les oréilles. On nous dupe depuis trop long- - « temps. Que font nos représentants à Sacramento? Ces gens-là vous « vendent comme ils vendraient Jésus-Christ pour un pot de bière. « Plus de Chinois ! achetez de la poudre et des balles. Quant à vos « représentants, achetez de la corde et pendez-les haut et court. Le « voulez-vous ? Que ceux qui le veulent lèvent la main! — Tous lèvent la main.— « À la bonne heure, vous entendez les affaires. » Avec de semblables idées Kearney ne pouvait manquer d’être élu. L'élection eut lieu à Sacramento le 19 juin suivant et il réunit sur son nom 15,000 voix contre 800.
Les rapports précités ramenaient les choses au point: Celui relatif à la Californie , rédigé par M. Chapleau, concluait qu ‘il était bien difficile de savoir de quel côté penchait l'opinion; que si l’on voulait restreindre cette immigration, il ne fallait pas perdre de vue les résultats obtenus; qu'il valait mieux la régulariser que la prohiber. |
Le rapport de M° Grag posait des conclusions analogues; mais n'avait pas répondu à la question de savoir s’il fallait ou non empêcher les Chinois d’immigrer.
Dans tous les cas, fondée ou non, la question chinoise prenait en Californie chaque jour plus d'importance (1). Le programme minimum des revendications se résumait dans la mise en demeure aux Chinois de quitter le territoire dans le délai de quatre ans ; à la fin de cette période on les aurait renvoyés d'office.
Cependant, à Washington, où les opinions étaient plus calmes, on fit longtemps la sourde oreille et lorsque l’on se décida à intervenir, ce fut seulement pour modifier ie traité Burlingham (1868) et en conclure un nouveau (17 novembre 1880) d’après lequel le gouvernement des États-Unis se réservait le droit de régulariser, limiter ou suspendre l’immigration chinoise. Mais en réalité ce nouveau traité n’était qu’une satisfaction donnée à opinion ; un journal de l’époque, The Nation, l'appréciant, disait qu'il contenait pas mal de « Padding » ou choses oiseuses.
Il faut en venir à l’année 1882 pour voir se réaliser les désirs des ennemis du « Celestial ».
Sur l'initiative de M. Miller, on vota un bill qui suspendait l'immigration chinoise pendant vingt ans: Le président Arthur opposa son veto à un projet qui, d'après lui, était un manque de bonne foi et contraire aux conventions conclues
(1) Un plébiscite de 1879 accuse :
154,638 voix pour l’expulsion des Chinois.
5,914 — contre.
avec le gouvernement chinois, et qui risquait en outre d’arrêter le trafic naissant avec cette contrée (1).
Un second bill fut alors adopté par les Chambres et le Président, cédant notamment devant la pression du parti irlandais, promulgua la loi du 6 mai 1882.
Cette loi suspendait pour dix ans l’immigration chinoise par mer. Elle tolérait la présence sur le territoire américain de tous les Chinois qui y résidaient avant le dernier traité (17 novembre 1880), mais les assujettissait au port de cer tficats d'identité dont la falsification devait être très sévèrement punie. Ces individus ne pouvaient en aucun cas être naturalisés ou obtenir le droit de cité. S'ils voulaient retourner en Chine avec l'intention de revenir plus tard, ils devaient se munir de passeports spéciaux. |
Le tableau suivant montre le résultat de la loi en indiquant le chiffre des entrées avant et après sa promulgation.