OBSERVATION I
Le sujet de cette observation est une vache hollandaise âgée de 9 ans.
Un soir, vers 18 heures, elle devait se rendre à une mare située à 50 mètres environ, en même temps que les autres bêtes de l’étable, sous la surveillance d’une fillette.
Cet abreuvoir est en bordure de la place du village sur laquelle est installé un de ces alambics qui, sous le régime actuel, vont de commune en commune, pour la distillation des résidus de cidre appartenant aux habitants.
Ace moment, le distillateur et son aide étaient dans un café voisin et par la fenêtre de la salle ils surveillaient de loin le fonctionnement de l'appareil.
En allant à la mare, notre sujet s’approcha de lalambic, découvrit un baquet à moitié plein de liquide en partie distillé et se mit à boire cette boisson qui, probablement, lui rappelait le breuvage qu'on lui avait offert après ses parturitions des années précédentes .
Le distillateur apercevant ce client indésirable vient aussitôt pour le chasser, la bête effrayée s'enfuit dans les
rues du village et ne peut être ramenée à son étable que M. Godet 3
Que cinq minutes après. En arrivant elle tomba une première fois, peut-être à la suite d’une simple glissade. Elle fut attachée à sa mangeoire comme d'ordinaire et surveillée.
Rapidement (moins d’un quart d'heure) après l'ingestion d'alcool, la météorisation est apparue, s'exagérant progressivemént. En même temps des signes de surexcilation se manifestaient. La bête allait d'un côté à l'autre sans se préoccuper de ses voisines, s'avançait vers la mangeoire et se cognait au mur qu'elle ne semblait pas voir. Elle se plaignait et se frappait le ventre avec ses membres postérieurs, comme font les bovins atteints de coliques.
Ces mouvements quoique insolites étaient faits avec précision au début. Bientôt ils devinrent plus irréguliers et la bète commença à tituber. Enfin après plusieurs chutes, elle resta couchée. Il y avait trois quarts d’heure environ qu'elle avait bu au baquet du distillateur.
Lorsqu'elle fut en décubitus, des excréments et des gaz furent rejetés, et la météorisation disparut peu à peu.
Dans cette position, elle fit encore quelques tentatives pour se relever, quelques mouvements brusques et maladroits mais qui devinrent de plus en plus rares.
Au moment de notre visite, une heure environ s'était écoulée depuis l'absorption de l'alcool. Nous trouvons la bête en décubitus sterno-abdominal. Excitée pour la faire relever, elle ne fait aucun mouvement; piqûres dans la région lombaire ne sont pas suivies de réaction ; un chien aboyant à son mufle, mordant son encolure, aboyant autour d'elle Ia laisse indifférente d’abord ; enfin un vague effort de relever. La tète balance d'un côté à l'autre, les yeux pirouettent dans
les orbites et le sujet revient à sa position première.
Nous faisons les constatations suivantes : le regard est terne, donnant à la physionomie une apparence d’hébétude caractéristique, la pupille est très dilatée, la conjonctive est à peine injectée.
Le pouls est bien frappé, bat 80 à la minute ; la respiration est courte, accélérée (près de 4o à la minute) ; la tempéra= ture rectale est de 380.
Nous ordonnons 250 gr. d'acétate d’ammoniaque à faire prendre en trois fois à une demi-heure d'intervalle dans un litre de café à chaque fois.
D'autre part, une friction sinapisée devait être faite immédiatement. La bête nous dit le propriétaire à notre deuxième visite, n’a pas paru s’apercevoir de cette intervention :l'anesthésie était complète.
Le lendemain matin le sujet était un peu plus éveillé, mais toujours en décubitus. Il resta dans cette position pendant toute la journée, A plusieurs reprises, le propriétaire essaya de le faire relever sans résultat. Les membres antérieurs remplissaient bien leur rôle, mais l’arrière-train était comme paralysé, et la bête arrivait seulement à se traîner sur une litière et à changer de côté.
La rumination restait faible et paresseuse. Par contre les évacuations étaient sensiblement normales. Quant à la lactation elle se trouvait diminuée dans une forte proportion.
Notre sujet se releva vers minuit, c'est-à-dire 28 heures après l’ingestion de l'alcool.
Âu sujet de la quantité de liquide absorbé nous avons pu recueillir des renseignements assez précis à cause du soin que ledistillateur doitapporteràses manipulations pour répondre
aux exigences des Agents de la Régie. C’est ainsi que nous 3:
avons appris que la vache devait avoir absorbé un peu plus de quatre litres d’eau-de-vie titrant exactement 50°. De cette déclaration nous concluons que le malade avait
ingéré environ deux litres d'alcool absolu.
OBSERVATION Il
Une génisse normande âgée de trois ans accoucha normalement et deux heures après les enveloppes furent expulsées en totalité.
Malgré cela, les eflorts expulsifs continuèrent très fréquents et de plus en plus violents. Aussi, par crainte d'un renversement de l'utérus, le propriétaire nous fit demander sans tarder.
Pour une cause indépendante de notre volonté, nous ne pouvions nous rendre aussitôt auprès de la bête. Nous prescrivons donc de mettre en attendant notre arrivée un bandage, de faire une friction sinapisée sur les reins et d’administrer un verre d'eau-de-vie dans un litre de cidre chaud et de renouveler une demi-heure après ce breuvage en cas d'insuccès.
Je ne sais si je me suis mal exprimé en donnant ce conseil, ou si le propriétaire peu habitué au téléphone a mal compris, mais toujours est-il qu'au moment de ma visite deux heures après, le sujet avait absorbé en deux fois deux litres d’eaude-vie titrant 62°.
La bête avait manifesté d'abord une vive excitation dont les signes se superposaient avec les efforts expulsifs ; ce que
voyant le propriétaire avait administré une deuxième dose.
Les symptômes s'atténuèrent ensuite à la grande satisfaction du propriétaire.
A notre arrivée, noustrouvons donc la bête en décubitions très calme, ne réagissant nullement à toutes les excitations mises en œuvre. La conjonctive est normale, mais la mydriase est très nette. Le pouls bat à 75 environ, et je note 34 respirations à la minute. Température rectale 38° ; les yeux sont vagues, la physionomie hébétée. La rumination est arrêtée (la bête, il est vrai,a vêlé quelques heures avant) la météorisation n'existe pas.
Traitement : administration de café fort et friction sinapisée.
Huit heures après la bête s’est relevée spontanément et resta quelques heures sans appétit, mais 24 heures après
toutes les fonctions étaient revenues normales.