CHAPITRE lIIl
À. — Symptomatologie.
Ce que nous venons d’exposer laisse prévoir que les symptômes devront être variables avec la dose absorbée. En réalité, comme il s’agit toujours d’ingestion accidentelle (obs. T) ou d'erreur thérapeutique (obs. Il), la quantité d’alcool qui arrive dans l'estomac est habituellement assez considérable, ce qui donne une certaine régularité au tableau clinique. Cela apparaît nettement à la lecture des observations publiées antérieurement et des nôtres.
Dans les minutes qui suivent l'ingestion de l’alcool, on observe des troubles digestifs évidents, qui résultent de l’action locale sur les réservoirs gastriques. Il y a arrêt très net de la rumination et de la digestion, se traduisant parfois par une météorisation de courte durée. Celle-ci, chez l’un de nos sujets est apparue moins d’un quart d’heure après l’ingestion d’alcool et elle n’a pas duré plus d’une demi-heure.
La disparition a coïncidé avec des évacuations
gazeuses. Dans ce cas, sila météorisation a été toute transitoire, l'arrêt de la digestion, au contraire, a duré plusieurs heures ; cette fonction d’abord paresseuse, s'est rétablie peu à peu dans la journée suivante.
Il semble aussi que dans certains cas, il y ait des coliques au début. Les plaintes signalées dans l’observation de Leduc peuvent avoir cette origine, de même que certains mouvements insolites notés chez l’un de nos sujets. Disons pourtant que cette interprétation n’est pas certaine, ces manifestations pouvaient être aussi bien le fait de l’action locale sur le tube digestif que l’action générale après absorption.
Très vite après le début de ces troubles gastrointestinaux vont apparaître des signes qui traduisent l'excitation générale. Ceux-ci sont en parfaite concordance avec ceux notés au cours des recherches expérimentales, et décrits dans le paragraphe précédent. Ils se manifestent sur la bète debout : titubation, démarche ataxique, puis celle-ci fait des chutes, et bientôt reste en décubitus. Dans cette position l'excitation dure encore quelques minutes puis s’atténue peu à peu pour faire place au coma. Remarquons que dans notre observation II, pendant cette période, il y aurait superposition des signes de cette surexcitation alcoolique et des symptômes assez semblables se rapportant à l’affection qu'on avait voulu traiter. Disons enfin que, d’après Friedberger et Frôhner, des troubles peuvent être notés
au cours de cette phase.
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La période de coma se développetrès rapidement; chez nos sujets elle était parfaite une ou deux heures après l’ingestion de l’alcool. À ce moment, d’après les observations qui ont été publiées et d’après les nôtres, malgré toutes les excitations, il est impossible de faire relever le sujet ; les coups quels qu'ils soient ne produisent le moindre mouvement ; l’approche d’un chien n’a pas plus de succès (Leduc). Cette sorte de pseudo-paraplégie peut durer 8 heures (obs. IT), 15 heures (Kreutzer), 28 heures(obs. I).
Quant aux altérations des grandes fonctions elles sont assez irrégulières. En dehors de la période de début, une anesthésie de plus en plus marquée s'installe. Pourtant, et même pendant la période de coma, il ne semble pas que l'animal soit plongé dans le sommeil véritable ; les yeux sont grands ouverts mais vagues, ce qui donne au sujet un air d’abrutissement très particulier, La conjonctive nous a paru à peine injectée.
La mydriase est manifeste ; la température rectale reste voisine de la normale avec tendance à l’hypothermie : 3706 (Leduc), 38 (obs. I), 3802 (obs. IT). Les extrémités sont chaudes.
La respiration est très courte, nettement accélérée, le double de la normale. D'après Leduc, « par instants elle s'arrête quelques secondes pour reprendre ensuite un peu plus accélérée ». Nous n'avons pu faire de semblable constatation.
Quant au pouls, ses modifications nous paraissent variable. D’après Leduc on le trouve très rapide,
affolé. Dans nos observations au contraire, il est à peine supérieur à la normale.
Ce même auteur a constaté l'absence de défécation. Aucun trouble de cette sorte n’a été noté par nous. Chez les vaches la lactation est fortement diminuée. Enfin nous n’avons pas remarqué de modifications dans l’odeur de l’air expiré.
Dans les accidents occasionnés par absorption de pommes les symptômes sont les suivants : œil fixe, mydriase, respiration courte, à peine accélérée, | pouls faible, pas de ballonnement, station debout sans stabilité, marche titubante, diarrhée fétide, température normale, urine exhalant une forte odeur de résidus de distillerie de lie de cidre (Bedel).
La période d’excitation paraît manquer ou passe inaperçue, ou a pu être masquée par l'abattement produit par l’indigestion.
B) Anatomie pathologique.
Les cas que nous avons observés s'étant terminés par la guérison, nous n'avons pas eu l’occasion de faire l’autopsie. :
Voici les constatations notées par Leduc :
« La viande ne présente rien de particulier, sauf quelques taches ecchimotiques, traces de coups portés la veille. Du côté des viscères, un tableau assez complexe : lésions congestives des poumons,
dont la surface a un aspect de mosaïque ; à côté de
en er
régions de couleur et de consistance normales, on trouve des lobules de coloration rouge foncé presque linéairement délimités et de consistance plus dense que leurs voisins.
« Sur la coupe, ces différences de coloration et de consistance existent dans toute la profondeur des lobes jusqu'aux bronches principales. Il semble y avoir apoplexie localisée à un certain nombre de lobules. Pas de trace de sang dans les bronches et la trachée.
« Cœur normal.
« Le foie est demesurément gonflé ainsi que la rate. De leurs coupes, s'écoule une sérosité rougeître.
« Le cerveau et le cervelet sont recouverts de leurs enveloppes rouge hémorragique. Ces lésions s'expliquent quand on se rappelle que l’assommement a eu lieu au merlin anglais.
Le rumen, ponctionné laisse échapper une telle odeur d’alcool que cette fois, enfin, nous pouvions songer à l'absorption d’une dose considérable de ce liquide.
En remuant le contenu alimentaire, l’odeur devenait de plus en plus accusée, et les quatre estomacs ouvert successivement recélaient ce même bouquet. L'intestin grêle, sur une longueur de quelques mêtres était imprégné d'alcool, sa muqueuse présentait de nombreuses arborisations vasculaires.
Ces observations sont à rapprocher de celles qui ont été faites par certains expérimentateurs. Tabourin les résume de la facon suivante : € Quant aux
lésions cadavériques qu’on rencontre sur les animaux empoisonnés par les liquides alcooliques elles consistent en une irritation plus ou moins vive des voies digestives ; dans un état noir et coagulé du sang dans le cœur et les gros vaisseaux, son accumulation dans les centres nerveux et dans quelques organes parenchymateux tels que le foie, la rate, les poumons, etc. »