DE PLOMB
Ouvriers des fabriques de litharge.
Ouvriers des fabriques de chromate de plomb.
Peintres en bâtiments.
Peintres en voilures.
rtiLiLics cie Qecois^ lettres et aiuiDUis*
Peintres sur porcelaine.
J-'UicUlbalil UUls et aUl IdOUe,
jt ciuimb cl vernibseurs sur meiaux.
Fabricants de papiers peints.
Broyeurs de couleurs.
Fabricants de cartes d'Allemagne.
l'abricants de cartes glacées.
Ceinturonniers.
Parlumeurs.
7~) OlIVRÎtrilQ TTMPT nv V M'I' \J\J \ niCfllD JLaL i LiU i Ail L
Potiers de terre.
l^aienciers.
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Vitriers.
X 01 teiamiers.
V erriers.
Fabricants d'émaux de toute nature.
Fabricants de verres mousseline.
niarmaciens-
Dessinateurs en broderies.
vjuviicrcs en cieuieiies.
Tisseuses de coton.
Dévideuses de laine colorée en orange.
Ouvriers en soie. — Couturières.
Ouvriers travaillant à la contre oxydation du fer.
Fabricant! de bdches. — Cardèurs de crin.
Si l'on jette un coup d'œil sur les tableaux qui précèdent, on voit au premier abord que les faits qu'ils contiennent ont été groupés d'une façon tout artificielle. Je vais maintenant essayer de faire comprendre comment, au point de vue physiologique, on peut se faire une idée de l'introduction du plomb dans l'économie, et par quelles voies d'absorption cette introduction a lieu.
Les surfaces d'absorption qui peuvent donner passage au plomb se réduisent au tégument^ interne et externe ; mais cette donnée générale ne suffît pas. Il est nécessaire de la développer dans ses détails.
A. Téguments internes. — La voie la plus ordinaire des ingesta, le tube digestif, a été considérée par tous les auteurs comme la voie principale, sinon unique de l'introduction lente du plomb dans l'économie. Si l'on fait avaler à un animal des doses successives et répétées de l'une quelconque des préparations solubles de plomb. Cette préparation, après s'être changée en chlorure dans l'estomac (Rabuteau), est introduite par l'absorption intestinale daûs la masse du sang, et provoque des accidents aigus d'empoisonnement. Chez l'homme, les accidents d'intoxication saturnine chronique se produisent par voie d'ingestion^ de la manière la plus évidente. On peut s'en convaincre en consultant le tableau statistique ci-dessus annexé. C'est ordinairement dans le cas où l'empoisonnement a eu Heu à la suite de l'usage prolongé de boissons sophistiquées volontairement, ou rendues involontairement nuisibles par l'immixtion accidentelle du plomb, que l'on trouve la preuve la plus frappante de l'introduction du métal par les voies digestives. Nous verrons en outre, plus tard, que la muqueuse intestinale est l'un des points ou s'emmagasine très-fréquemment une quantité notable de plomb, dans l'intoxication chronique confirmée.
Absorbées par les radicules de la veine porte, les molécules métalliques traversent bientôt l'appareil hépatique. C'est aussi dans le foie que les composés plombiques introduits par les voies digestives se fixent en premier lieu-, et cet organe est l'un de ceux
dans lesquels l'analyse chimique a révélé la présence du plomb en plus grande abondance (1)»
L'expérimentation d'un côté, la clinique de l'autre, montrent donc d'une manière évidente que les voies digestives sont aussi le chemin principal suivi par le plomb dans un grand nombre de cas pour s'introduire dans l'économie. Je n'insisterai donc pas davantage sur ce sujet, pour le moment du moins. Il suffira d'ajouter que, d'après les recherches récentes de MM. Mayençon et Bergeret, l'introduction de doses répétées de composés plombiques dans le tube digestif crée des conditions éminemment favorables à la production de l'intoxication saturnine chronique, puisque d'une part les sels de plomb sont absorbés très4entement et en très-petite quantité par la muqueuse intestinale, et qu'au bout de quelque temps une accumulation considérable de ces composés métalliques s'est effectuée dans le foie et dans la rate, créant ainsi une première réserve de plomb.
L'intoxication saturnine chronique peut-elle maintenant régUÎ* ter de l'introduction du plomb dans les voies aériennes? Les composés plombiques peuvent-ils être absorbés et accumulés dans l'organisme en passant à travers la muqueuse qui tapisse ces mêmes voies ? C'est là une question infiniment plus discutable que celle qui vient de nous occuper. Un ouvrier vivant Continuellement dans une atmosphère saturée de poussières plombiques, deviendra souvent saturnin. Un priseur qui renferme son tabac dans des boîtes de plomb le deviendra rapidement aussi, un certain nombre d'observations le démontrent. Mais les poussières, dans tous les cas, ayant passé par le vestibule bucco-pharyngien n'y ont-elles pas été absorbées plutôt que dans les voies aériennes? C'est là une hypothèse que vient souvent corroborer l'apparition précoce dans ces circonstances du liséré gingival qui nous occupera bientôt. Cependant l'observation II, de Tanquerel, nous montre un peintre qui, depuis seize ans qu'il exerce son état, n'a jamais eu de coliques, mais qui entrant comme ouvrier
(1) Voy. à ce sujet le Mémoire de Mayençon et Ècrgeret, le Mémoire de Hitzig, et les divers traités classiques oii celte question est développée. Voy. aussi Cl, Bernardj Leç. sur les suhst. toxiques.
dans l'usine de Clichy pour y tamiser de la céruse est pris au bout de huit jours de coliques de plomb d'une intensité extrême. Or, chez cet homme plongé subitement dans une atmosphère chargée de particules plombiques, n'y aurait-il pas eu introduction rapide et massive de ces dernières par le poumon? 11 est difficile de se prononcer à cet égard. Les preuves tirées de l'expérimentation ont plus de valeur. Or, Tanquerel (p. 87) a déterminé des symptômes évidents d'intoxication plombique chez l'un des chiens enfermés dans une chambre nouvellement peinte à la céruse et dont ils ne pouvaient lécher les murs. Le môme auteur et le D' Stanski ont amené l'intoxication plombique chez des chiens trachéotomisés, en introduisant par la canule du carbonate de plomb et du minium. L'absorption lente du plomb par cette voie est donc moins discutable que le prétendent quelques auteurs, mais il est probable que dans le cas fréquent d'immersion des sujets dans une atmosphère saturée de poussières de plomb, l'introduction lente de ce métal se fait à la fois par les voies digestives et par les voies aériennes.
L'introduction du plomb dans l'économie par la voie des autres muqueuses a été constatée un certain nombre de fois. On connaît des exemples d'empoisonnement chronique ayant succédé à des injections vaginales répétées d'eau de Goulard, à l'instillation prolongée de collyres plombiques dans l'oeil^ etc. Dans tous ces cas, l'absorption se fait lentement, à petites doses, à cause de l'équivalent endosmotique très-faible des composés saturnins métalliques, et l'on comprend que c'est là une condition importante de la production d'une intoxication chronique et non d'un empoisonnement aigu.
rsous arrivons maintenant à une question importante et controversée, celle de l'absorption des composés plombiques par la peau. Un grand nombre d'auteurs, Tanquerel des Planches, MM. Mayençon et Bergeret, et bien d'autres (1), nient absolument
(1) Canuet est arrivé à empoisonner des animaux en les plongeant dans des bains d'acélato de plomb. (Tbèsede Paris, 182o.)
Bricheteau croit que l'absorption du plomb par la peau est considérable, tandis que pour Legroux elle serait minime. {Discussion de V Académie de médecine, fi juin 1848.)
que cette absorption puisse avoir lieu. Les expériences de Tanquerel, très-bien faites d'ailleurs, furent toutes négatives, et l'on considérait la question comme jugée, lorsque dernièrement M. Manouvriez est de nouveau venu affirmer que le plomb pouvait s'introduire dans l'économie par absorption locale et directe par la peau des extrémités par exemple.
Je ne reprendrai pas dans ses détails celte question de l'absorption des médicaments par la peau. Ce serait un hors-d'œuvre. On sait, en effet, que si cette membrane, revêtue de son épiderme corne, jouit de propriétés d'absorption, ce qui est encore douteuse ces propriétés seraient du moins très-rudimentaires. On sait, au contraire, que la peau dépouillée de ce même épiderme, absorbé les médicaments avec une extrême facilité. Or, pour l'intoxication plombique, on n'a jamais contesté l'absorption parles muqueuses buccale, conjonctivale, vaginale, et l'on sait que ces trois ordres de muqueuses ont identiquement la structure de la peau ; seulement à ce niveau, à cause de l'arrosement continu du tégument par des sécrétions particulières, à cause de la disposition des régions en cavités presque closes, l'épiderme corné ne peut se former, parce que l'évolution des cellules du tissu malpighien est trop rapide.
Or, on sait que si des parties de muqueuse buccale, par exemple, ou vaginale, viennent à être soumises d'une manière prolongée à l'action de l'air, elles prennent le caractère de la peau, et leurs propriétés absorbantes ne sont vraisemblablement pas supérieures à celles de cette dernière. Inversement la peau peut prendre les qualités absorbantes d'Une muqueuse quand on la maintient humide, quand par suite son épithélium ne peut plus devenir corné. Or, au niveau des plis des commissures digitales, sous les ongles, au niveau des replis qui forment leur sertissure, la peau est relativement à l'abri de l'air, humide, relativement mal défendue par l'épiderme corné, relativement enfin douée de qualités d'absorption. Ces derniers points sont aussi les lieux d'élection des maladies contagieuses, du tubercule anatomique, du chancre de la main et même de la gale, pour ne citer que des exemples tout à fait vulgaires.
C'est aussi la main, le pied(Obs. IX), selon que l'une ou l'autre de ces extrémités se trouve en contact avec le poison, que M. Manouvriez a vu devenir le siège des accidents saturnins chroniques qu'il appelle locaux. Les ouvriers qui travaillent le plomb, à moins de soins excessifs dont ils se préoccupent trop peu, voient s'accumuler les substances métalliques dans tous les plis cutanés de leurs mains calleuses, sous leurs ongles, à l'entour de ceux-ci, dans les interstices de leurs doigts, et en même temps qu'ils respirent un air saturé de poussières plombiques, et que les mêmes composés demeurent sur leur peau, ils portent à leur bouche leurs mains chargées de substance toxique. L'absorption du poison se fait alors par toutes les voies.
Ainsi donc, la question si controversée de l'absorption du plomb par la peau semble devoir se résoudre par un moyen terme, c'est-à-dire que certains districts de cette membrane peuvent devenir des lieux d'absorption. C'est aussi sur ces points, sans cesse en contact avec le plomb, que M. Manouvriez a vu se produire les accidents qu'il décrit dans sa thèse et sur lesquels il me paraît utile d'attirer un instant Tatlention.
Ils constituent, en effet, à peu près les seuls accidents chroniques positifs qui paraissent directement en rapport avec l'introduction du plomb dans l'économie, c'est-à-dire que détermine ce métal quand il est pour ainsi dire en cours d'absorption. Ils sont aussi une dépendance des accidents chroniques du saturnisme, car on les voit souvent se produire chez des individus imprégnés de plomb depuis longtemps. Ils sont enfin chroniques par eux-mêmes, puisque souvent ils consistent dans une anesthésie, une paralysie, ou d'autres accidents rebelles, persistant parfois longtemps après que la cause morbide qui les a produits a été écartée. (Obs. X^'II et XXI de la th. de M. Manouvriez.)
Dans des cas réunis par M. Manouvriez, et oii l'intoxication générale fait défaut, il est facile d'étudier dans toute leur pureté les symptômes saturnins locaux par absorption cutanée. Toujours dans ces cas, les accidents saturnins locaux ont prédominé aux points les plus en contact avec les préparations de plomb. Ils siégeaient, en effet, uniquement ou prédominaient seulement aux
avant-bras chez les peintres, atteignant touiours de préférence le côté droit chez les droitiers, le côté gauche chez les gauchers. (Voy. aux pièces justificatives, deux nouvelles observations de Manouvrie^ sur ce sujet). Un homme qui piétinait la céruse (Obs. IX) (i), est atteint surtout aux membres inférieurs, les gan^ chers professionnels étaient atteints à gauche, etc. Enfin les parties préservées par les vêtements étaient ou totalement, ou relativement épargnées.
Les symptômes d'intoxication locale consistent dans ces cas, en paralysies motrices, en paralysies de sensibilité^ à la douleur, au tact, à la température, au chatouillement. On observe aussi le tremblement, les crampes, les douleurs, les fourmillements (2).
Je n'insiste pas sur la description détaillée de tous ces accidents. On voit, en effet, qu'ils sont très-analogues à ceux qui se produisent dans le cours de l'intoxication saturnine chronique confirmée, et dont nous allons bientôt faire l'étude. Mais je ferai remarquer qu'il est extrêmement intéressant de voir les composés plombiques déterminer sur le lieu même oiî paraît se produire l'entrée du plomb, des troubles sinon identiques, du moins très-analogues à ceux qui vont se produire ultérieurement sous l'influence de la saturation de l'organisme par le poison métallique.
Il semble, en effet, que dans ce cas particulier le plomb, entraîné par un courant centripète d'absorption, et traversant les tissus pour entrer dans le sang, se dépose dans ces tissus euxmêmes, en y produisant des désordres analogues à ceux qu'il produirait plus tard du côté opposé, par exemple, quand il y aurait été apporté par le courant sanguin centrifuge après avoir été absorbé. En tout cas, ces accidents accompagnent l'entrée du plomb dans l'organisme, ils persistent, et à ce double titre ils devaient être signalés.
Il serait intéressant de savoir si le plomb introduit par les voies digestives, détermine au moment même de son entrée des phénomènes locaux plus ou moins analogues ; si le liséré saturnin,
(1) Observation de la thèse de Manouvriez.
(2) Manouvriez, loc. citât.
par exemple, n'est pas de même que les tatouages de la bouche indiqués par M. le professeur Gubler, un accident local produit au moment même ou le plomb s'absorbe par les voies digestives. Mais comme le liséré saturnin s'observe, à peu près, à toutes les périodes de l'intoxication chronique, et que son origine est discutée, je préfère en renvoyer l'étude au chapitre suivant.